AA/Bujumbura/Yvan Rukundo
Au Burundi, la pauvreté n'a d'égal que la richesse des sols. Alors que le sous-sol regorge de minerais dont l'or et le coltan, la corruption et les problèmes d'exploitations empêchent la population d'en profiter.
Pour remédier à ce problème, le président de la République, Pierre Nkurunziza, a lancé, il y a une semaine, les travaux d’extraction des terres rares, à Gakara, commune Muhuta, province dite rurale, située sur la crête Congo-Nil, à l’Est de Bujumbura.
Les activités ont été confiées à une société mixte (partenariat privé-public) Rainbow Burundi Mining (RBM), qui a d’ailleurs piloté les travaux d’explorations, pendant cinq ans.
Ce site de 30 km2 est exploitable durant 25 ans, avec une production annuelle de cinq mille tonnes, a confié Gilbert Midende, représentant légal de RBM, approché par Anadolu.
Selon lui, ces minerais sont stratégiques et sont utilisées entre-autres dans des industries de défense de très haute technologie, pour la fabrication de capteurs de radars et sonars ou de systèmes d'armes et de ciblage, dans la fabrication des batteries de voitures électriques, des puces de smartphones, des écrans d’ordinateurs portables, etc.
- Quand la population dort sur l'or :
D'après les données du ministère de l’énergie et des mines, le sous-sol burundais regorge de minerais, dont l’or dans les provinces de Cibitoke, Bubanza, Kayanza et Muyinga (Ouest, une partie du nord et nord-Est), du nickel à Musongati, province Rutana, sur la colline Muremere, commune et province Ruyigi ( Est), ainsi que dans la commune Nyabikere, province Karusi et dans le bassin de la rivière Waga, province Gitega ( centre), du coltan dans la commune Kabarore, province Kayanza, au nord, etc.
Malgré cela, dans ce petit pays d’Afrique centrale, en crise politico-sécuritaire, il y a plus de deux ans, la misère marque toujours le vécu quotidien. « Cela n’empêchera pas que nous restons croupis dans la misère, alors que les riches continuent de s’enrichir, construire des villas, s’acheter des belles voitures, etc », commente un paysan de Mutambu, approché par Anadolu.
En raison des "tricheries", et de la corruption qui gangrènent ce secteur, les paysans ne se font pas d’illusions. Simon, un enseignant de la localité, donne l’exemple de la République démocratique du Congo (RDC), où les richesses minières attirent plusieurs groupes rebelles et où la population en paye les frais.
Des critiques que partagent aussi l’Observatoire de la lutte contre les malversations économiques et la corruption (Olucome). Approché par Anadolu, Gabriel Rufyiri, son président, s’appuie sur les données de World Happiness Report, rendues publiques le 20 mars 2017, à l’occasion de la journée du bonheur : «Sur 155 pays concernés, le Burundi occupe le 154 ème place.»
En mai 2016, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) avait indiqué que l’espérance de vie au Burundi est de 59,6 ans. «Le PIB par habitant est inférieur à 300 dollars, selon le Fonds Monétaire International (FMI)», détaille-t-il, déplorant que la part des minerais dans le budget de l’Etat reste insignifiante et va decrescendo. En 2014, elles étaient d’environ 257 mille dollars, en 2015 : 154.545 dollars; en 2016 : 154.545 dollars et les prévisions de 2017 sont de 128.484,84 dollars.
Selon lui, le secteur minier connaît une contribution nationale très minime de moins de 1% du PIB, alors que dans le cadre stratégique de la croissance et de la lutte contre la pauvreté, 2ème génération (CSLPII) pour la période de 2012-2020, le gouvernement avait projeté une contribution de 30% du PIB en provenance du secteur des ressources naturelles.
Conséquence de l’opacité entourant ce secteur. En effet, explique-t-il, un rapport des experts onusiens a révélé qu’il y a au moins 5 tonnes d’or qui transitent, par an, par l’aéroport International de Bujumbura, alors qu’officiellement, en 2015, le bilan est de 411 kg d’or seulement qui a été exporté vers Dubaï à partir du Burundi.
Pour que ce secteur soit bénéfique, Rufyiri exhorte le gouvernement à adhérer et à mettre en œuvre l’ITIE (Initiative pour la transparence dans les industries extractives).
Interrogé par Anadolu, Côme Manirakiza, ministre burundais des Mines reconnaît quelques-unes de ces critiques et affirme que le Burundi n’est pas outillé et ne dispose pas des moyens humains, techniques et financiers suffisants pour l’exploitation de ces minerais susceptibles de contribuer au décollage économique du pays.
«Les quelques exploitations restent artisanales et la production n’est pas bien connue», indique-t-il, précisant qu’il est très difficile de connaître la quantité d’or ou de coltan exploité artisanalement.
Car, justifie-t-il, il est difficile d’empêcher les gens d’exploiter des minerais à leur portée, annonçant que des efforts sont en cours pour moderniser ce secteur et le rendre très bénéfique pour le pays, dont l’adhésion à l’ITIE (une norme avec l’objectif de permettre la bonne gouvernance et la traçabilité des minerais dans le monde).
D’après lui, Bujumbura a décidé d’adhérer à l’ITIE lors du conseil des ministres lors du 12-13 novembre 2014. «Il ne reste que la mise en place des structures chargées de la mise en œuvre de cette norme», se résume-t-il.
Il est à rappeler que la population totale du Burundi s'élève à 10.4 millions, son PIB n'est que de 3.38 milliards de dollars et que la principale activité demeure l'agriculture à hauteur de 90% de l'activité économique. Le taux d'inflation est, quant à lui, de 12.4%.