AA / Tunis / Yosra Ouanes
L'ancien chef du gouvernement tunisien, Ali Larayedh, a estimé que "l'inexistence de représentation permanente du continent africain au sein du Conseil de sécurité de l'ONU, qui lui confère le droit du veto, est une forme d'injustice et de marginalisation contre le continent".
Larayedh, également député et vice-président du mouvement d'obédience islamique Ennahdha (68 sièges sur 217), a déclaré dans une interview accordée à Anadolu que les pays africains devraient doubler d'efforts au niveau diplomatique afin d'obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies.
L'ex chef du gouvernement tunisien (de mars 2013 au 29 janvier 2014) a souligné la nécessité, pour l'Afrique, de "renforcer son intégration économique et de prouver sa détermination à résoudre les problèmes de ses pays, ce qui lui permettra d'obtenir un siège permanent au CS".
"Il est important que l'Afrique prouve sa capacité en termes de puissance et d'intégration, montre l'efficacité avec laquelle elle résout ses problèmes et renforce sa robustesse économique et militaire, facteurs importants pour prouver son aptitude à intervenir militairement en cas de besoin et à financer son action par un budget approprié", a-t-il ajouté.
"Il est également nécessaire de convaincre la communauté internationale et les dirigeants du monde de l'importance de la représentation de l'Afrique en expliquant que cela renforcera la paix, l'équité et la justice dans le monde. Cela ne perturbera pas le Conseil de Sécurité mais lui confèrera une meilleure gestion des questions de la paix et de la sécurité dans le monde", a-t-il poursuivi.
Le Conseil de Sécurité a été fondé en 1945, après la deuxième guerre mondiale. Il est composé de 5 membres permanents détenteurs du droit de veto et de 10 membres non permanents élus par l'Assemblée générale pour un mandat de deux ans. Les membres permanent sont : les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France, la Russie et la Chine. Chaque année, 5 nouveaux pays sont élus pour se relayer sur le reste des sièges.
L'un des objectifs déclarés du Conseil de sécurité est "de maintenir la paix et la sécurité internationales, de développer des relations amicales entre les nations et de coopérer pour résoudre les problèmes internationaux et promouvoir le respect des droits de l'Homme.
Le veto est le droit de s’opposer à toute résolution soumise au Conseil de sécurité (basé à New York) sans donner de raisons. Il est accordé exclusivement aux cinq membres permanents.
** "Le Monde est plus grand que cinq"
Larayedh a déclaré que le président turc, Recep Tayyip Erdogan, était l'un des présidents ayant attiré l'attention sur la nécessité de réformer les Nations Unies par sa célèbre phrase : "Le monde est plus grand que cinq", (en référence aux cinq membres permanents du CS).
Il a, par ailleurs, souligné qu'Erdogan, par sa défense de la justice et de l'égalité entre les nations, a attiré l'attention sur une crise d'éthique qui sévit dans le monde, ce qui nécessite plus d'équité, de justice et de démocratie.
Larayedh a estimé que "le slogan : [Le monde est plus grand que cinq], est une devise franche, dont même les quatre pays l'Allemagne, le Brésil, le Japon et l'Inde, conviennent que des petits pays ressentant aujourd'hui la marginalisation, pourraient un jour devenir de grandes puissances".
"[Le Monde n'est pas cinq], est un slogan qui incarne le désir d'équité, de justice et de réforme des institutions qui contrôlent le monde notamment les Nations Unies et le Conseil de sécurité", a-t-il ajouté.
**Réforme nécessaire
L'ancien chef du gouvernement tunisien a averti que l'absence de réforme du Conseil de sécurité et des institutions internationales sensées rendre le monde plus sûr pourrait amener des Etats à se soulever.
"Il y a plusieurs pays qui connaissent un progrès et un essor, jour après jour, pour devenir des puissances régionales, notamment la Turquie, l'Iran et d'autres pays, en plus des pays africains tels que le Nigeria, l'Afrique du Sud, l'Egypte, l'Algérie, etc.", a-t-il martelé.
**La lutte de l'Union africaine
Larayedh a affirmé que : "La prochaine réforme du Conseil de sécurité ne peut pas négliger l'Afrique. Il existe un consensus au sein de cette institution internationale sur le fait que le continent africain n'est pas représenté, contrairement à tous les continents du monde, qui comptent un ou deux membres".
Il a, par ailleurs, souligné que "la lutte de l'Union africaine dans ce domaine a été lancée, il y a plusieurs décennies, par le biais d'une prise de conscience et d'une revendication, par la formation d'un comité et par la soumission de propositions au Secrétaire général des Nations Unies pour réformer le Conseil".
Il a également noté que "l'accès à ce droit est principalement lié à l'Union africaine et aux chefs d'État et de gouvernement africains, grâce à leur capacité à persuader et à faire pression pour accélérer les réformes et la réhabilitation de nos pays en vue d'une intégration plus poussée".
"Des discussions récentes sur la possibilité de désigner l'un des quatre pays: le Nigeria, l'Afrique du Sud, l'Egypte et l'Algérie ont eu lieu. Et le débat peut être accompagné du choix de celui qui représentera l'Afrique. Mais les pays africains trouveront un moyen de choisir des représentants avec un ou deux sièges", a-t-il poursuivi.
**Un monde en mutation .. Un conseil international permanent
Larayedh a souligné que "lorsque le Conseil de sécurité a été créé fin 1945, presque tous les pays africains étaient soumis à la domination coloniale ou à une administration coloniale. Il était donc possible de comprendre la présence modeste au sein de cette institution internationale".
"Maintenant, l'Afrique compte 54 pays, soit plus du quart des pays représentés aux Nations Unies, et 73 ans se sont écoulés depuis la création du Conseil de sécurité. Les mêmes règles ne devraient pas être maintenues, notamment en privant les pays africains d'un impact économique important d'une forte représentation au Conseil avec un droit de veto", a-t-il signalé.
"Avec la fin de la deuxième guerre mondiale en 1945, l'ensemble des nations de l'époque ont échoué et cela est prouvé par le déclenchement de deux guerres mondiales et par la mort de millions de victimes, ce qui a amené les pacifistes à former une nouvelle organisation, à savoir les Nations Unies, et à mettre en place un organe pour la sécurité et la paix dans le monde à savoir le Conseil de sécurité", a expliqué Larayedh.
"La puissance étant la condition la plus importante pour devenir membre du Conseil à cette époque, seuls les "Big Five" ont pu imposer la paix dans le monde, appliquer des sanctions lorsque cela était nécessaire, menacer et mettre en œuvre", a-t-il expliqué.
Dans ce contexte, il a noté que "l'Afrique a reçu la plupart des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies impliquant une menace, une intervention et de l'influence sans avoir de représentation qui lui rend justice".
A noter que l'ancien chef du gouvernement tunisien et vice-président du mouvement d'Ennahdha, Ali Larayedh, a donné une conférence au siège des Nations Unies à New York, en février dernier, sur le droit du continent africain de devenir membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies avec un droit de veto.