AA/Tunis/Houcine Ben Achour
La France va-t-elle radicalement sa stratégie de coopération avec le continent africain, sous le mandat du nouveau président français Emmanuel Macron ?
La création d’un Conseil présidentiel pour l’Afrique, annoncée lors de la conférence annuelle des ambassadeurs, au mois d’août 2017, par le président français, annonce-t-elle un renouvellement réel du partenariat entre la France et l’Afrique ?
De par sa composition, ce Conseil traduit une nouvelle démarche, celle de ne plus se contenter de rencontre officielle entre gouvernants, mais de prêter une oreille attentive à ceux qui ont l’expérience du terrain africain, politique, économique et socioculturel et retrouver des canaux de discussion avec cette réalité africaine perdue de vue depuis de très longues années.
Les rencontres Africa 2017 qui se déroulent simultanément à Tunis et Naïrobi, les 5 et 6 octobre 2017, donneront-elles l’occasion de réaffirmer l’engagement d’un nouveau partenariat entre la France et l’Afrique ?
Dans sa deuxième édition, après celle organisée à Paris l’année dernière, cette manifestation s’est décentralisée. Maintenant, la France va vers l’Afrique. Ce qui n’était pas forcément le cas auparavant.
Une attitude qui, d’ailleurs, a fini par lui faire perdre son influence politique et sa présence économique sur le continent. Africa 2017 traduit en fait la volonté française de rattraper le terrain perdu.
Classe Export, maître d’œuvre d’Africa 2017, indique que « 1500 entreprises africaines et 250 entreprises françaises, de toutes tailles, sont d’ores-et-déjà inscrites à la manifestation ; 3000 sont attendues sur l’ensemble des séquences régionales ».
Pour la rencontre de Tunis, « 300 entreprises tunisiennes, 200 entreprises africaines et 200 entreprises françaises seront sélectionnées selon leur projet pour participer à cet événement majeur », a précisé Classe Export, lors d’une présentation de l’événement tenu en juillet dernier.
Il est clair qu’on veut donner le meilleur éclat à la rencontre et espérer des retombées majeures, particulièrement pour les entreprises françaises.C’est qu’en quinze ans, elles ont perdu 50% de leurs parts de marché sur le continent africain. C’est qu’en quinze ans, les règles ont changé.
La notion de pré carré n’existe plus. Un marché au Bénin ou au Burkina Faso autrefois « réservé » à une société française ne l’est plus forcément aujourd’hui.
Les BRICS et la Turquie
Entre temps, le volume des échanges de la Chine avec l’Afrique a été multiplié par vingt. Selon un récent rapport publié par le think-tank American Enterprise Institute et la Heritage Foundation, l’empire du Milieu a investi 150,4 milliards de dollars en Afrique subsaharienne entre janvier 2006 et juillet 2014.
Il est devenu en 2009 le premier partenaire commercial de l’Afrique. Les échanges commerciaux sino-africains ont augmenté de 16,8% entre le premier trimestre 2017 et celui de 2016, s’établissant à 38,8 milliards de dollars. Une augmentation inédite depuis 2015.
Les IDE chinois non financiers ont, eux, bondi de 64% entre les premiers trimestres 2016 et 2017. Certains pays comme Djibouti, le Sénégal et l’Afrique du Sud ont particulièrement bénéficié de cette manne. Plus encore, la Chine détient 55% des créances souveraines de l’Afrique.
La Russie, l’Inde et le Brésil ne sont pas en reste. La Turquie aussi. En 1998, déjà, la Turquie a élaboré un Plan d’action Afrique, sous la férule du premier ministre Mesut Yilmaz. Le pays reprenait ainsi la fameuse route du Sud chère à l’ancien empire turc.
Une dizaine d’années plus tard, Ankara organise le 1er Sommet Turquie-Afrique auquel participe plus de 50 Etats africains. Depuis, la Turquie a renforcé sa présence diplomatique sur le continent.
De 12 en 2008 sur le continent, le pays dispose désormais de 39 missions. Le mouvement vaut dans les deux sens : 32 ambassades africaines sont installées aujourd’hui en Turquie.
Autant dire, la diplomatie économique a fonctionné à plein régime. Résultats : entre 2003 et 2014, le volume des échanges entre la Turquie et le continent a plus que quadruplé, passant de 5,3 milliards à 23,4 milliards de dollars.
Ce ne sera pas facile pour la France de regagner autant de terrain, même si Africa 2017 pourrait l’y aider.