AA/ Tunis/ Safwene Grira/ Pascal Mulegwa
Un an après le début de la crise politico-sécuritaire qui a embrasé le Burundi, trois scénarios de sortie de crise se profilent, au commencement de l'An II de la crise, selon des experts approchés par Anadolu.
Il s'agit, selon ces observateurs, soit de l'option d'un coup d'Etat fomenté de l'intérieur du régime, soit de l'engagement du Gouvernement dans les négociations avec l'opposition "radicale" sous la pression des sanctions économiques internationales, soit de la situation du "chaos qui dure", qui déterminera, au bout d'un moment, la Communauté internationale à intervenir directement au Burundi.
La crise étant née de "l'entêtement" du Président Pierre Nkurunziza à briguer un mandat "anticonstitutionnel" en avril 2015, un coup d'Etat fomenté par un de ses proches "pourrait mettre fin à cette situation de blocage politique", analyse Arona Ndiaye, enseignant de droit public à l'Université de Dakar, dans une déclaration à Anadolu.
Un scénario a déjà été expérimenté, au mois de mai dernier, avec le putsch raté des officiers alors que le Président burundais se trouvait dans un sommet régional dédié à la crise dans son pays. "Le rétablissement de l'ordre constitutionnel" qui s'en était suivi a d'ailleurs précipité la crise dans une nouvelle phase, marquée par des assassinats quotidiens, jamais revendiqués.
"Le coup d'Etat de mai dernier a permis une épuration dans l'armée burundaise. Aujourd'hui, elle est tout à fait acquise à Nkurunziza. La gravité de la situation pourrait toutefois favoriser un changement du régime de l'intérieur. Je crois, sinon, que celui-ci est immunisé, pour l'instant, contre un coup d'Etat réalisé par une rébellion", tempère Ndiaye.
Les violences armées imputées aux quatre groupes rebelles qui se sont jusque-là déclarés, présentent, ainsi, "un caractère aléatoire avec une force de frappe limitée", si l'on exclut l'attaque contre deux camps militaires en décembre dernier. Par ailleurs, l'hypothétique soutien rwandais à ces groupes - toujours nié par Kigali, et affirmé par Bujumbura- semble s'être effrité. Dès lors, un coup d'Etat de l'extérieur du système demeure "peu plausible", conclut l'analyse sénégalais.
"L'intérêt d'un coup d'Etat de l'intérieur du système est que son détenteur pourra garantir les intérêts de l'élite au pouvoir, en même temps qu'amorcer le déblocage qui perdure en ce moment", a déclaré à Anadolu Blaise Muderwa, enseignant de sciences politiques à l'Université de Bukavu, en République Démocratique du Congo (RCD).
Toutefois, les sanctions économiques internationales qui pèsent sur ce pays, lanterne rouge du développement selon le dernier classement du Fond Monétaire International (FMI), en octobre dernier, pourrait bien constituer le facteur déclencheur d'un autre plan de sortie de crise.
"Le régime de Pierre Nkurunzinza dépend à hauteur de 50% des aides internationales, commente Blaise Muderwa. Leur suspension récente va accélérer son ralliement aux propositions de sortie de crise de la communauté internationale"
Début avril, l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) suspendait sa coopération avec le Burundi. Mi-mars, c'était l'Union Européenne (UE) qui bloquait « les appuis financiers directs fournis à l’administration burundaise, y compris les appuis budgétaires ». Ces anciens partenaires du Burundi espèrent, ainsi, le ramener à une position favorable à la résorption de la crise: à travers l'arrêt des violences et la négociation avec l'opposition.
Ces solutions, également proposées par une médiation africaine, rencontrent encore le rejet de Bujumbura. Celle-ci accuse arguait, jusque-là, du caractère "radical" de cette opposition qui aurait soutenu le putsch de mai 2015, pour refuser tout dialogue avec elle. Elle l'accuse également d'être responsable dans le cycle de violence toujours en cours.
En février dernier, cinq chefs d'Etat, représentant différentes sous-régions africaines, se sont rendus à Bujumbura avec deux priorités. Rétablir "le dialogue inclusif" entre les différentes parties burundaises et faire cesser les violences qui écument ce pays depuis le printemps dernier. Ces deux exigences constituent des priorités pour la communauté internationale dont le ballet diplomatique s'est intensifié ces derniers mois.
"Aucun pays des Grands Lacs n'a pu résister aux sanctions économiques de la communauté internationale", renseigne dans une déclaration à Anadolu, le Congolais Telesphore N'landu, consultant en relations internationales auprès de la Communauté Economiques des Pays des Grands Lacs (CEPGL). "Dans cette perspective, le Burundi se dirige droit vers le partage du pouvoir à travers un retour au dialogue", espère-t-il.
Le cas échéant, le pays connaîtra la situation du "chaos qui dure", ce qui détermina la communauté internationale, l'ONU ou l'Union Africaine (UA) à intervenir manu militari, pour endiguer le cercle de violence et engager le pays vers la voie de la stabilité.
Alors que le Conseil de paix et de sécurité de l'UA avait approuvé l'envoi d'une force africaine d'interposition de 5000 hommes, même sans le consentement de Bujumbura, le 26e sommet africain, tenu en janvier dernier, n'a pas validé cette proposition. Plusieurs chefs d'Etat et de gouvernement de l'UA s'étaient montrés hostiles à ce projet.
Le recours à des mécanismes coercitifs demeure, néanmoins, "possible", selon le chef de la diplomatie tchadienne, le pays qui préside actuellement l'UA, récemment interviewé par Anadolu.
"Nous ne souhaitons pas arriver à la prise de sanctions, mais il y a des mécanismes qui sont prévus (..) en cas de menaces graves, notamment de violences massives, comme l'intervention de forces africaines pour faire rétablir l'ordre", a rajouté le ministre tchadien en reconnaissant que l'UA a "fait marche arrière" au dernier sommet d'Addis Abeba.