Bilal Müftüoğlu
18 Octobre 2016•Mise à jour: 19 Octobre 2016
AA - Cannes - Bilal Muftuoglu
Les séries télévisées turques sont depuis ces dernières années parmi les éléments incontournables du marché de l'audiovisuel international, qui se réunit chaque octobre à Cannes dans le cadre du Salon de MIPCOM. Qu'en est-il de "l'information en continu Made in Turkey" jusqu'ici réservée essentiellement aux turcophones? Les médias d'information originaires de Turquie ont-ils des chances de confirmer leur présence sur le plan international?
Les acteurs internationaux de l'audiovisuel s'intéressent de plus en plus au point de vue de turc, estiment les responsables commerciaux de TRT World, seule chaîne d'info anglophone de Turquie. Rencontrés à Cannes dans le cadre de la 32e édition de ce plus grand salon de la télévision au monde, Suheyla Van Taarling, Global Brand Manager, et Roch Pellerin, Directeur de la Distribution et du Marketing, s'expriment à Anadolu, sur le rayonnement de leur chaîne à l'échelle internationale.
Le MIPCOM est un lieu de rencontre particulièrement important pour la chaîne, qui au terme d'un peu plus d'un an d'existence, arrive à multiplier les réunions à Cannes. "C'est une bonne opportunité pour nous d'avoir de la visibilité et de rencontrer d'autres acteurs. Nous avons tenu 30 réunions avec des professionnels de différents pays en l'espace de trois jours. C'est la beauté de ce forum, il nous permet de gagner du temps", explique Pellerin.
La chaîne sponsorise cette année "Carriage Deal Forum", l'évènement B2B [Business to business, ndlr] du MIPCOM, organisé depuis 2014, une initiative qui contribue sans doute à sa visibilité devant 5 000 acheteurs réunis à Cannes jusqu'au 20 octobre.
Outre la question de la visibilité, TRT World cherche également à être accessible à un plus grand nombre de téléspectateurs dans le monde entier. La chaîne intensifie à cet égard ses échanges avec des plateformes satellitaires comme la Britannique Freesat ou encore l'opérateur Orange, en passant par des plateformes au Moyen-Orient, en France et en Allemagne.
Les échanges avec ces acteurs se sont déroulés "dans un esprit d'ouverture" dès lors qu'"ils apprécient la marque de la chaîne et son contenu", tient à souligner le responsable commercial. Et d'ajouter:
"Ces acteurs ne connaissaient pas tous forcément TRT World avant notre rencontre. Pourtant, ils ont apprécié le travail accompli par notre chaîne après avoir examiné nos émissions et notre contenu de marketing".
La chaîne pourrait donc "très rapidement atteindre des dizaines millions de téléspectateurs" par une couverture satellite, précise Pellerin, annonçant un objectif à long-terme d'accès à 300 millions de téléspectateurs. "Nous sommes une nouvelle marque, la reconnaissance prendra du temps", admet-il.
Le timing du lancement a pourtant été "idéal", se félicite le responsable, rappelant que la Turquie se trouve à proximité immédiate des évènements les plus marquants de l'actualité.
"Il y a un vrai intérêt pour le point de vue turc. Les acteurs sont curieux de savoir comment nous traitons l'information, note-t-il. "Qu'il s'agisse de la Syrie ou de la crise des réfugiés, ce sont des sujets qui touchent directement la Turquie. Il existe très peu de chaînes d'info internationales qui puissent suivre de si près ce type d'actualité".
La présence de TRT World pourrait aussi permettre davantage de diversité sur le marché de l'information, un argument qui attire les fournisseurs d'accès. "Ils veulent avoir le plus grand nombre de chaînes d'info possible pour proposer une couverture équilibrée et de qualité à leurs utilisateurs", affirme-t-il.
- "Le monde de l'information a besoin d'une nouvelle voix"
Pour Suheyla Van Teering, c'est surtout le manque de diversité sur le plan international qui nécessite davantage la présence de TRT World. "Le monde a besoin d'une nouvelle voix, surtout au vu de ce qui est en train de se passer dans notre voisinage. Notre média essaie de montrer l'aspect humain de ces problèmes régionaux, souvent laissés de côté par d'autres chaînes qui se limitent aux chiffres".
Le coup d'Etat raté du 15 juillet en Turquie a également été un point marquant pour l'importance des médias alternatifs, selon Van Teering. "Certains médias n'ont même pas su dire le nombre de civils morts durant le soulèvement militaire du 15 juillet, préférant voir les choses autrement. Cet exemple, comme plein d'autres met en exergue la nécessité de la diffusion de la perspective turque", ajoute-t-elle.
La chaîne ne se résigne pas et prévoit de maintenir, voire d'augmenter sa présence sur le plan international, notamment au MIPCOM. "Nous continuerons de sponsoriser des événements dans le futur et envisageons également d'organiser une rencontre annexe lors de la prochaine édition du MIPCOM, orientée vers l'actualité", conclut la responsable.