AA - Ankara - Tuncay Çakmak
Le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, a déclaré que le PYD (et sa milice le YPG) est désormais le «mercenaire» de la Russie en Syrie.
Davutoglu s’est exprimé, mardi, au sujet des tirs d’obus turcs contre le PYD en Syrie, devant les députés du Parti pour la Justice et le Développement (AK Parti) lors de la réunion de groupe à l’Assemblée nationale turque.
"Le PYD est devenu le mercenaire des plans régionaux de la Russie, depuis que notre pays a des relations tendues avec Moscou", a-t-il déclaré, ajoutant: "Le PYD et le YPG ne sont absolument pas les représentants des Kurdes ou des Syriens. Ils sont les mercenaires, les soldats payés de la Russie."
Le Premier ministre turc a affirmé que la situation en Syrie est une très grande tragédie humaine en même temps qu’elle est une menace pour la sécurité nationale de la Turquie.
Davutoglu a une nouvelle fois dénoncé l’intervention de la Russie en Syrie.
«Sous prétexte de lutter contre Daech, cette intervention ne vise que les opposants et les civils», a-t-il dit.
«Que voulez-vous à ces terres, vous êtes impitoyables. Pour quel plan obscure faites-vous cela ?», a-t-il lancé à l'adresse de la Russie.
Pour Davutoglu, la Russie se «débarrasse» de ses armes dont la date de préemption est proche, voulant limiter ainsi les effets écologiques et environnementaux dans son pays et préférant les «déverser sur la Syrie».
"Ils sont dans des calculs inhumains, odieux, a-t-il ajouté. D’un côté ils soutiennent le régime, de l’autre ils affaiblissent l’opposition, ils massacrent les civils et enfin, ils se débarrassent de leurs vieilles armes."
Davutoglu a également violemment dénoncé l’intensification des frappes russes au nord d’Alep, provoquant un nouveau flux migratoire vers la Turquie.
«La Russie et Bachar al-Assad coopèrent avec le PYD pour changer la composition ethnique dans le nord de la Syrie, et permettre aux pro-régime de prendre le contrôle d’Alep. Le seul but de Moscou est de renforcer le régime en Syrie» , a-t-il expliqué.
«Les vaillants opposants résistent et préservent leurs positions à Alep face aux armées les plus barbares, a-t-il encore dit. Au final, la victoire reviendra aux croyants.»
«Pour protéger les réfugiés qui se dirigent vers Azaz et pour répondre aux tirs du PYD, nous répondons depuis samedi, par des tirs d’obus contre les positions de ce groupe, a-t-il rappelé. Nous poursuivrons ces tirs tant que nécessaire.»
Le chef du gouvernement a accusé le régime syrien d’avoir appelé la Russie à l’aide quand il n’arrivait pas à gagner du terrain contre les groupes d’opposition.
«Après avoir invité l’Iran et les milices chiites de la région, Damas a invité son grand frère, la Russie, responsable de nombreux massacres contre les Musulmans, les Turcs et les Kurdes», a-t-il encore dit.
Le Premier ministre a aussi sévèrement condamné les frappes russes de lundi contre des hôpitaux et des écoles à Alep et Azaz.
«Les civils sont massacrés, les enfants meurent sous les bombes russes, a-t-il rappelé. Mais quand la Turquie défend ses frontières, la Russie se plaint auprès du Conseil de Sécurité de l’ONU. Quelle attitude effrontée !».
Selon Davutoglu, cet exemple est essentiel pour appuyer les critiques pertinentes de la Turquie contre le système actuel des Nations Unies et du Conseil de Sécurité, rappelant que «le monde est plus grand que cinq [Etats membres du Conseil de sécurité]».
Concernant le PYD, la branche syrienne du PKK, Ahmet Davutoglu a rejeté toute affirmation selon laquelle cette organisation représenterait les Kurdes de Syrie, critiquant de cette manière l’approche des Etats-Unis et de la communauté internationale sur le sujet.
«Que fait le PYD au nord D’Alep, s’est-il interrogé. Nous sommes conscients de ce jeu, mais nous ne laisserons pas faire. Nous nous positionnerons auprès du peuple syrien.»
"Au delà de la Syrie, au delà de l'Irak, je m'adresse ici à tout le monde: que personne n'essaie d'exploiter les Kurdes. La République de Turquie est aussi l'Etat des Kurdes et leur protecteur", a-t-il lancé.
«La Turquie va continuer à protéger ses frontières, à empêcher le nettoyage ethnique qui menace sa sécurité, à ne pas autoriser qu'un nouveau drame humain se produise à travers un nouvel exode massif et à poursuivre son soutien aux forces de l’opposition, qui est le seul réel espoir pour la Syrie», a-t-il ajouté.
Davutoglu a saisi l'occasion pour rappeler le soutien de la Chancelière allemande Angela Merkel qui a déclaré lundi être en faveur d’une zone de restriction aérienne dans le nord de la Syrie.
Il a affirmé que les frappes russes visent aussi à paralyser l’Union européenne devant un nouveau flux migratoire.
«Si la communauté internationale avait compris cette nécessité il y a trois ans, la situation en Syrie aurait été très différente. Des centaines de milliers de personnes auraient été toujours en vie», a-t-il estimé
Le chef du gouvernement est par ailleurs revenu sur les questions de politique intérieure, dénonçant d’abord la position «pas claire» du leader de l’opposition, Kemal Kilicdaroglu, face aux choix du gouvernement contre le PYD en Syrie, puis appelant les autres partis à œuvrer pour la rédaction d’une nouvelle constitution.