AA - Istanbul
L’ancien diplomate et écrivain turc, Akin Ozcer, estime que la stratégie de l’organisation terroriste PKK ne peut s’expliquer que par l'alliance qu'elle a avec le régime de Bachar al-Assad et l’Iran.
Le retraité des Affaires Etrangères de Turquie, qui a été en mission en Espagne pendant quatre années, où il a pu étudier de près l’organisation terroriste séparatiste basque ETA, a analysé, pour l’Agence Anadolu, la politique menée par le PKK.
«Les documents publiés par Wikileaks relatifs à une alliance secrète entre le PKK et les régimes iranien et syrien contre la Turquie, sont corroborés par la politique suivie par le PKK et le Parti Démocratique des Peuples (HDP). L’opposition violente du PKK au Parti pour la Justice et le Développement (AK Parti), malgré le processus de résolution que celui-ci a initié, ne peut s’expliquer que par une alliance avec al-Assad», a expliqué Ozcer.
Pour l’ancien diplomate, le processus de résolution, voulu et lancé par le Président de la République, Recep Tayyip Erdogan, est un projet extrêmement important pour la Turquie. Il a permis de nombreuses avancées démocratiques et culturelles dans le pays.
«C’est pourquoi les affirmations du PKK et du HDP, selon lesquelles la Turquie serait retournée aux années 90 sont fausses, a-t-il dit. Si les réformes concernant l’usage de langues minoritaires, ou l’abandon des zones de sécurité extraordinaire n’avaient pas été réalisées, on aurait pu dire autant. Mais la Turquie est très loin de tout ça. Les réclamations démocratiques des années 90 ne sont plus valables.»
D’après Ozcer, le PKK affiche de sérieuses différences avec les organisations terroristes bien connues en Europe, comme l’IRA en Irlande et l’ETA en Espagne.
La période durant laquelle les affrontements ont cessés grâce au processus de résolution démontre que le PKK ne poursuit pas la même stratégie que l’ETA.
L'organisation basque n’aurait pas perpétré des actes de violence ou des attentats dans un tel processus, estime Akin Ozcer.
«Malgré une absence de constitution réellement démocratique en Turquie, de sérieuses réformes démocratiques ont été réalisées, a-t-il affirmé. Le PKK a, à plusieurs reprises, renversé la table des discussions en effectuant des attaques terroristes. Il est incontestable que l’auteur du processus de résolution est l’AK Parti, avec ses atouts et ses erreurs. Or le PKK voit l’AK Parti comme son ennemi.»
Pour l’écrivain, il est «intéressant» de constater que le PKK, qui prétend ne pas vouloir créer un Etat autonome, n’abandonne pas les armes, alors que l’ETA qui affichait sa volonté d’indépendance a été capable d’abandonner la lutte armée.
«Je pense que les documents dévoilés par Wikileaks reflètent la réalité de la situation actuelle, a-t-il poursuivi. Il n’est pas sensé que le PKK reprenne la lutte armée alors que le processus de résolution allait dans la bonne direction. Seule, une alliance contre la Turquie avec le régime syrien et son soutien le plus fort, l’Iran, peut expliquer cette politique. Pour moi, la violence de ces derniers jours est le reflet d’une guerre entre la Turquie et la Syrie. Ainsi, le régime d'al-Assad cherche à faire changer la politique de la Turquie contre la Syrie en usant de la carte du PKK. Damas veut qu’Ankara la soutienne aux côtés de la Russie et de l’Iran.»
Selon Ozcer, à la différence de l’ETA, le PKK impose ses stratégies au parti qui le soutient le HDP. Les responsables du HDP ne sont pas en mesure d’influencer réellement les positions du PKK. Les leaders du parti kurde changent régulièrement, alors que pour l’IRA et l’ETA, la situation est différente. Ceci expliquerait la mainmise du PKK sur le parti.
Pour l’ancien diplomate, il est totalement normal aussi que les mesures de sécurité soient resserrées dans des situations de multiplication des attaques terroristes.
Pour que le processus reprenne, le PKK doit se retirer du territoire et abandonner les armes, conclut Ozcer.