Gülsüm İncekaya,Nur Asena GÜLSOY
13 Janvier 2017•Mise à jour: 14 Janvier 2017
AA – Istanbul
La Turquie a empêché un massacre à Alep, selon des experts de relations internationales.
Des experts ont commenté pour l'Agence Anadolu, l'accord conclu entre la Turquie, la Russie et l'Iran, les trois principaux acteurs de la question syrienne, après la normalisation des relations entre Ankara et Moscou.
Le professeur Mesut Hakki Casin, enseignant à l'Université d'Ozyegin (Istanbul), a déclaré que la Turquie et la Russie, avec le soutien de l'Iran, ont évité un massacre à Alep.
«On assistait une tragédie humanitaire en Syrie, a-t-il expliqué. La Turquie a rempli une mission très importante. Elle a empêché qu'un massacre similaire à ceux vécus en Bosnie et au Kosovo, ne survienne. C'est un succès très important en matière de droit humanitaire.»
Pour Casin, il n'y pas de paix bien que cela fait six ans que la crise a commencé, et les pourparlers de Genève ont été bloqués.
L'instabilité au Sud de la Turquie a provoqué l'émergence du terrorisme dans le pays, selon le professeur, et «cette instabilité aux frontières peut atteindre Istanbul même, donc la sécurité nationale de la Turquie dépend de la fin du conflit interne et de la stabilité en Irak et en Syrie».
Rappelant que le président turc, Recep Tayyip Erdogan avait déclaré que «la sécurité de la Turquie commence à Alep», Casin a estimé que les États-Unis d'Amérique ne sont pas encore écartés du processus, étant donné que la porte de Genève leur a été laissée ouverte.
«Mais cette instabilité et le manque du soutien aérien des forces de la coalition aux opérations turques à al-Bab, irritent la Turquie, a ajouté le professeur. La base aérienne d'Incirlik [Sud de la Turquie] est maintenant remise en cause. Même si la base ne peut actuellement pas être fermée en raison des accords bilatéraux et des intérêts de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), les relations turco-américaines seront largement affectées par l'instabilité.»
Pour sa part, le professeur Ibrahim Canbolat de l'Université d'Uludag a critiqué les grandes puissances pour ne pas avoir considéré les aspects humanitaires de la crise syrienne, et d'accorder la priorité à leurs propres intérêts.
Canbolat a ajouté que la Turquie a fourni des efforts importants pour résoudre le drame humanitaire à Alep: «Les acteurs politiques internationaux n'ont pas vu et ne voient pas la tragédie Alep. La Turquie cherche à assurer la sécurité des habitants de la région et ne se tait pas face aux dégâts historiques et culturels dans la région.»
Le rapprochement Ankara – Moscou a offert une base à la trêve en Syrie et les préparatifs ont pu ainsi être entamés, a fait remarquer Canbolat.
«Comme l'avait déclaré le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, la Turquie s'inquiète pour les réunions de Genève et d'Astana qui risquent de perdre leur sens à cause des violations de la trêve perpétrées par les forces du régime syrien et les organisations terroristes, a-t-il expliqué. Car le rétablissement de l'ordre en Syrie dépend de ces démarches. Or la Turquie est le pays le plus affecté par le désordre et les conflits.»
Le professeur de l'Université Kultur d'Istanbul, Hasan Koni a estimé, pour sa part, que la Turquie ne pourra pas rester à l'écart de la question syrienne, et que le consensus entre Ankara, Moscou et Téhéran apportera la paix dans la région.
«Les États-Unis et l'Arabie saoudite ont été également invités aux discussions à Genève, a-t-il dit. C'est très important. La participation de Riyad contribuera beaucoup à la résolution de la question. Les États-Unis et Israël sont contraints d'accepter le processus de paix qu'on voudrait initier en Syrie.»
Par ailleurs, Koni a noté que le calme ne régnera pas dans la région tant que la question palestinienne demeure irrésolue.
«La crise syrienne est en cours de résolution, a-t-il lancé. La question irakienne, également. Cela donne de l'espoir. La guerre Israël – Palestine qui a commencé en 1948 est à l'origine de tous les problèmes dans la région. La question syrienne est en cours de résolution mais la vraie question demeure.»
En outre, la professeur Beril Dedeoglu de l'Université de Galatasaray (Istanbul) a insisté sur la politique pragmatique suivie par la Turquie et son allié russe en Syrie.
Avec l'opération Bouclier de l'Euphrate, Ankara a lancé une politique plus active en Syrie, d'après Dedeoglu.
«La trêve se poursuit en Syrie, a-t-elle affirmé. Cela permet de renforcer la confiance à la table de discussion. Les conditions ont changé aujourd'hui: Il n'y aura pas de solution sans un consensus entre les deux grandes puissances de la région.»