AA - Ankara - Bilal Muftuoglu/ Nur Gulsoy
Plus de 53 millions de citoyens turcs se rendent, dimanche 7 juin, aux urnes pour élire les 550 députés de la 25ème législature.
Vingt partis et 165 candidats indépendants se disputent les 550 sièges du Parlement, à travers les 81 provinces turques, pour un mandat de quatre ans.
Les voix exprimées pour un parti, qui échoue à dépasser ce seuil, seront comptablisées par la suite au profit des partis qui franchiraient ce seuil, dans les circonscriptions du parti battu.
Cela signifie qu'un parti est en mesure de recueillir un grand nombre de voix dans une province, mais peut ne pas obtenir de sièges au Parlement, à cause de son échec dans les autres régions.
Introduit à la suite du coup d'Etat de 1980, ce système favorise les grands partis et défavorise les petites formations, raison pour laquelle ces dernières préfèrent que leurs candidats se présentent sous l'étiquette d'indépendants, et rejoignent le parti, une fois élus au Parlement.
Cette année, le Parti démocratique des peuples (HDP, opposition, pro-kurde), fort d'une confiance en ses moyens, a décidé de participer aux élections comme parti uni, pour la première fois de son histoire, ce qui a suscité de vives débats autour de sa capacité à dépasser ou non le seuil des 10%.
Si le HDP échoue dans sa quête, ce qui équivaudra à l'obtention de 50 ou 60 sièges, les voix qui auront été exprimées en sa faveur seront comptabilisées pour les autres partis.
Le Parti pour la Justice et le Développement (AK Parti, au pouvoir), formation qui devrait recevoir le plus grand nombre de voix, et qui est, par ailleurs, le seul parti présent dans les régions de l'Est te du Sud-est du pays, où se trouvent le plus grand nombre d'électeurs du HDP, en recevra ainsi une grande part.
Les voix supplémentaires ne renforceront pas uniquement la chance pour l'AK Parti d'obtenir la majorité des sièges au Parlement (soit 276 sièges), mais lui accordera la possibilité de mettre en œuvre les changements constitutionnels qu'il envisage, à savoir le changement du régime parlementaire en un régime présidentiel.
Pour pouvoir engager ces changements sans pour autant devoir recourir à un référendum, le parti a besoin d'obtenir 367 sièges. S'il obtient 330 sièges seulement, il devra passer par un référendum pour parvenir à soes fins.
- Le processus de vote
Selon le Haut Conseil électoral (YSK), un total de 53 714 838 électeurs sont appelés à voter, dont près de 27,5 millions de femmes et 26,5 millions d’hommes, pour élire les membres du parlement de la 25ème législature.
Les 174 240 bureaux de vote sont ouverts entre 08h00 (06h00 GMT) et 17h00 (15h00 GMT). Près d'un million de Turcs résidant à l'étranger ont déjà voté jusqu'au 31 mai, dans les sièges de 122 ambassades et consulats.
Les votes exprimés dans les 33 bureaux de vote installés au niveau des aéroports et des postes de douane seront recueillis après la clôture du scrutin, dimanche dans l'après-midi.
L'électorat turc est tenu de voter pour un parti, et non pas pour un candidat, dans 85 circonscriptions électorales du pays, dans le cadre d'un scrutin proportionnel à listes bloquées.
Les élections seront par ailleurs supervisées par les observateurs des organisations de la société civile et les partis politiques, ainsi que par des institutions internationales, dont l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et le Conseil de l'Europe.
Parmi les 81 villes turques, Istanbul est celle qui pourvoit le plus grand nombre de députés au Parlement, à savoir, 88 députés répartis sur ses trois circonscriptions, étant donné le nombre de ses habitants. Or, Konya, dont la densité en termes d'habitants est peu élevée, bien qu'elle soit la plus vaste province de Turquie, n’en fournit que 14.
- Enjeux des partis politiques
L’AK Parti, présidé par le Premier ministre Ahmet Davutoglu, s'emploie à préserver sa majorité au Parlement et à dépasser le nombre des sièges obtenus en 2011.
Le parti avait remporté 49% des voix lors des dernières élections législatives, et son candidat au poste de président de la République, Erdogan, a recueilli, quant à lui, 52% des votes à la Présidentielle du mois d'août dernier.
Principal parti d'opposition, le Parti Républicain du Peuple (CHP), fondé par Mustafa Kemal Ataturk, s'emploiera à recueillir 35% des voix, synonyme pour lui d'une avance considérable depuis les dernières élections où il n'en avait obtenu que 25,9%.
Le parti d’Action nationaliste (MHP), présidé par Devlet Bahceli, obtiendrait, de son côté, un pourcentage variant entre 14 et 16%, selon les sondages réalisés lors de la campagne électorale.
Ces deux partis de l'opposition avaient présenté un candidat commun à l'élection présidentielle d'août 2014, candidat classé deuxième avec 38% des voix.
Le Parti Démocratique des peuples (HDP), dont les députés s'étaient présentés sous l'étiquette d'indépendants en 2011, participe pour la première fois au scrutin en tant que parti politique.
L’objectif de ce parti, co-présidé par Selahattin Demirtas, qui consiste à atteindre le seuil électoral de 10%, a été parmi les enjeux saillants de la campagne électorale. Candidat à la Présidentielle en 2014, Demirtas avait obtenu un nombre de voix légèrement en dessous de 10%.