AA - Ankara - Ayvaz Colakoglu
Le porte-parole de la présidence turque, Ibrahim Kalin, a indiqué, mardi, qu'il n'était pas du tout opportun de rompre les relations historiques unissant la Turquie à l'Allemagne.
C'est ce qui ressort d'une tribune rédigée par Kalin, intitulée "Où se dirigent la Turquie, l'Allemagne et l'Union Européenne (UE)", et qui a été publiée, mardi, par l’hebdomadaire turc d'expression anglaise "Daily Sabah".
Il a rappelé les entretiens réalisés par le président turc, Recep Tayyip Erdogan au cours du dernier sommet du G20, avec la chancelière allemande, Angéla Merkel et les autres dirigeants afin de conférer une nouvelle impulsion aux relations bilatérales malmenées par le processus référendaire du 16 avril en Turquie.
Kalin s'est également interrogé sur les raisons qui ont poussé le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, à déclarer que de sérieuses modifications seraient apportées dans les politiques de Berlin concernant la Turquie.
"En premier lieu, l'interpellation d'un citoyen allemand en Turquie, suspecté de commettre des actions hors la loi et puis les affirmations selon lesquelles des entreprises allemandes ayant des connexions avec l'organisation terroriste FETO seraient visées par des enquêtes, a poussé le gouvernement allemand à affirmer que les citoyens et les entreprises allemands ne sont plus en sécurité en Turquie. Mais ces deux affirmations sont sans fondement" a-t-il insisté.
Le porte-parole a souligné qu'aucune menace ne pèse sur les résidents allemands ou en provenance d'autres pays qui font des affaires ou bien du tourisme en Turquie.
Au sujet du citoyen allemand interpellé, il a précisé qu'il s'agit dorénavant d'une affaire qui concerne la justice, seule habilitée à rendre une décision, ajoutant qu'il n'y a aucune liste noire incluant les entreprises allemandes.
Kalin a poursuivi dans ce cadre qu'"Aujourd'hui, plus de 7 000 entreprises allemandes sont implantés en Turquie et pour certains depuis près d'un siècle. Après le 15 juillet, aucune entreprise étrangère n'a été fermée ou bien visée par une enquête. Les entreprises fermées ou saisies se limite aux seules entreprises appartenant à FETO".
"Il n'est pas du tout opportun de rompre les relations historiques qui existent entre la Turquie et l'Allemagne" a lancé Kalin indiquant que des centaines de milliers de citoyens et hommes d'affaires allemands visitent chaque année la Turquie sans rencontrer le moindre problème.
Kalin a attiré l'attention sur la présence de près de 3,5 millions de citoyens turcs en Allemagne, dont de nombreux parmi eux possèdent un passeport allemand, affirmant qu'il n'y a aucune raison de considérer ces derniers comme dangereux ou représentant une menace.
Il a ajouté que la Turquie a toujours veillé à entretenir un bon niveau de coopération avec l'Allemagne alors même que cette dernière s'es toujours opposée ouvertement à l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne (UE).
D'ailleurs, d'autre sujets de discorde existent entre les deux pays, comme la question de "l'intégration ou de l'assimilation", "du multiculturalisme et de la guerre civile en Syrie" a encore rappelé le haut responsable turc.
"Mais malgré nos différences, l'accord Turquie-UE sur les réfugiés a permis, grâce au leadership de l'Allemagne, de stopper le flux migratoire en direction de l'Europe, de plus, nos relations économiques ont, malgré toutes les difficultés, évolué dans la bonne direction" a-t-il fait remarquer.
Kalin a spécifié que la réaction de l'Allemagne, qui s'est opposée à la tenue de réunions entre les hommes politiques du parti au pouvoir en Turquie, l'AK parti (parti de la Justice et du Développement) avec des citoyens turcs vivants en Allemagne, dans le cadre du référendum du 16 avril, a été des plus surprenante et totalement inexplicable, alors que beaucoup de groupes ou d'organisations militants pour le "non" ont eu le champ libre.
"Les autorités allemandes qui aujourd'hui se plaignent du non-respect de la liberté de réunion en Turquie sont les mêmes qui ont totalement bafoué cette liberté en interdisant des réunions pacifiques entre le président Erdogan et les citoyens turcs d'Allemagne" a-t-il relevé.
Pendant cette même période référendum, l'organisation terroriste PKK avait, sans être inquiétée, organisé des meetings et des réunions en Allemagne, en faveur du non et dans le but de promouvoir et légitimer ses attaques terroristes et de plus, les membres de l'organisation FETO (auteurs de la tentative de coup d'état du 15 juillet) ont été acceptés en Allemagne alors même qu'ils faisaient l'objet de mandats d'arrêt émis par la Turquie, a fait savoir le porte-parole Kalin.
Kalin a également insisté sur la fixation faite par les médias allemands au sujet du président Recep Tayyip Erdogan, "fixation qui dépasse tout entendement et pose la question de l'état de santé mentale de ceux qui écrivent ces articles dénués de toutes analyses politiques sérieuses".
"Maintenant, le gouvernement allemand déclare vouloir porter l'affaire au niveau de toute l'Europe et, en usant de sa force et de son influence, inciter les autres pays européens à agir contre la Turquie. Sérieusement, s'agit-il d'une approche raisonnable ? Pensent t-ils vraiment que cette approche irrationnelle va seulement nuire à la Turquie ? Encore combien de temps, l'Allemagne va t-elle faire la sourde oreille aux craintes sécuritaires de la Turquie vis à vis du PKK, du FETO et des autres groupes qui profèrent des menaces contre sa sécurité ? Comment aurait réagi l'Allemagne, si la Turquie avait donné les moyens aux personnes et organisations qui lui sont hostiles pour l'attaquer ?" s'est-il interrogé.
Et Kalin de conclure : "Nous observons que les élections prévues au mois de septembre en Allemagne jouent un rôle dans ce à quoi nous assistons maintenant. Les positions populistes anti-Turquie des politiciens leur permettent d'engranger en retour des applaudissements, de l'intérêt et des voix".