AA / Ankara
La présidente du jury du concours Istanbul Photo Awards, conceptrice d'histoires visuelles, Marion Mertens a commenté les lauréats de l'édition 2021.
Les gagnants du concours organisé pour la septième fois par l'Agence Anadolu (AA), ont été annoncés le 11 mai.
Dans une interview qu'elle a accordée à l'AA, Mertens a déclaré que "le meilleur aspect d'Istanbul Photo Awards, c'est d'arrêter le temps et de revenir sur ce qui s'est passé pendant les 12 derniers mois".
Faisant partie du jury depuis cinq ans, Mertens a souligné que ce concours se distingue de ses semblables organisés partout dans le monde.
"Ce qui est intéressant, c'est ce que nous recevons davantage de candidatures chaque année, de provenances de plus en plus variées", a-t-elle insisté.
Mertens a commenté la "Photo de l'Année" sélectionnée par le jury, prise par le photographe bangladais, Mohamed Shajahan, intitulée "Mom love".
"C'est une photo très forte, parce que d'un côté il s'agit d'une news, et de l'autre, comporte des qualités humaines", a-t-elle dit, notant que la photo rappelle aux gens "les moments volés à leurs proches" durant l'année 2020 marquée par la pandémie de Covid-19.
Selon Mertens, la photo plaît ainsi au public : "Nombreuses personnes, comme moi, ont dû penser beaucoup à nos parents, nous ne pouvions pas les voir ou devrions nous organiser pour y pouvoir."
Évoquant la beauté de cette photo en noir et blanc, Mertens a ajouté que la technique utilisée la rend davantage forte.
"C'est une photo de plan rapproché, a-t-elle précisé. Ce qui la rend intéressante, c'est que nous ne voyons pas grand-chose, c'est très rapproché. Donc nous ne savons pas de quel pays il s'agit. C'est là une question de s'identifier davantage à la photo; ce n'est pas très loin. Une mère, un cœur et des fleurs, c'est universel, non?"
Mertens a aussi commenté la photo de Yuri Cortez qui a remporté le deuxième prix dans la catégorie "News individuel", avec son reportage sur les détenus de la prison de Quezaltepeque au Salvador.
Dans ce contexte, Mertens a souligné qu'il est important pour le photojournalisme, de pouvoir "accéder".
"Un photographe a ses talents, mais l'un des principes, c'est d'être au bon endroit, a-t-elle fait remarquer. Nous étions tous d'accord que la photo Yuri Cortez était une bonne photo, mais son accès à la prison était magnifique. Quand vous harmonisez l'accès avec une bonne photo, c'est excellent."
Dans la catégorie "Sport", la photo gagnante des supporters qui n'ont pas pu entrer dans le stade en Tchéquie à cause des restrictions anti-Covid, est une photo "humaine" aussi, pour Mertens, alors que la deuxième photo est d'accident de moto est une photo d'action, et la troisième est une photo visuelle.
-La force du jury d'Istanbul Photo Awards
Marion Mertens a noté que le jury du concours puise sa force dans sa variété, du fait que les membres du jury proviennent de différents pays et de différentes branches d'expertise.
"Ce que le jury prend en compte, c'est l'histoire de la photo, ce qu'elle raconte, et ce qu'elle fait ressentir", a-t-elle expliqué.
Elle s'est félicitée du nombre élevé de candidatures malgré la pandémie de Covid-19.
"Par ailleurs, bien que la Covid-19 soit le thème commun dans les photos, aucune photo n'était identique à une autre, a-t-elle dit. […] Des photos de différents groupes sociaux... Ces photos nous ont permis de faire le tour du monde. Et elles ne sont pas identiques. Jamais."
Mertens a mis l'accent sur l'évolution du secteur, notant que les agences de presse paient moins pour les photos.
"J'estime que ce secteur est en train de souffrir, a-t-elle affirmé. […] J'aime la photographie, je pense que tout le monde doit continuer à prendre des photos et montrer ce qu'est le monde, sans avoir peur de montrer les faits. La photographie est le meilleur langage au monde, c'est universel."
Félicitant tous les candidats, Mertens a appelé tous les photojournalistes à participer à ce concours.
Les lauréats et les prix de l'édition 2021 sont disponibles sur le site http://istanbulphotoawards.com.