Ayvaz Çolakoğlu
05 Octobre 2021•Mise à jour: 05 Octobre 2021
AA / Ankara - Alex Sinhan Bogmis
"La mentalité selon laquelle l'Occident est supérieur, est arrivée à terme", a déclaré le Président de la République de Turquie, Recep Tayyip Erdogan.
Le Chef de l'État turc a accordé une interview à la revue Kriter, sur son ouvrage "Un monde plus juste est possible", qui contient ses reproches au Conseil de sécurité des Nations Unies (ONU), ses propositions, la situation en Syrie et l'Accord de Paris sur le climat.
"Nous sommes arrivés à la fin de la mentalité selon laquelle l'Occident est supérieur, a-t-il affirmé. Tout le monde le remet en question et l'admet, même l'Occident. L'hégémonie occidentale de plusieurs siècles est terminée. Un nouveau système international émerge."
Le Président a rappelé que la Seconde Guerre mondiale s'est terminée par la victoire des États-Unis et qu'une politique mondiale centrée sur les États-Unis a été mise en place.
"Les États-Unis ont essayé de contrôler le système international entier mais ont échoué'', a-t-il poursuivi. Ils se sont retirés d'Irak, d'Afghanistan. La politique visant à renforcer la démocratie a engendré des faillites beaucoup plus graves. L'Occident a adopté une position hypocrite face aux étapes importantes. Les démocraties occidentales se sont laissées faire par les extrémismes et le populisme."
Erdogan a ajouté que les puissances émergentes ont commencé à occuper davantage de place dans le commerce et l'économie mondiaux, une ascension que les pays qui avaient créé l'ordre économique libéral veulent maintenant empêcher.
"Ces pays ont commencé à piétiner les règles du système qu'ils avaient eux-mêmes créé, a-t-il indiqué. […] Nous ne vivons plus dans un monde où on écoute seulement les grandes puissances. Prenons l'exemple de la Turquie. Elle est devenue un pays qui peut mener des opérations militaires toute seule, avec ses propres moyens. Elle peut développer sa propre structure d'industrie de défense."
Dans ce contexte, le Président a mis en garde contre les risques du maintien du système international tel qu'il est actuellement.
"Le Conseil de sécurité a adopté des dizaines de résolutions sur la question palestinienne, a-t-il rappelé. Pourquoi ne sont-elles pas appliquées? Israël et les États-Unis ne sont-ils pas contraints de les respecter? La Turquie exprime sa position de manière claire et nette depuis des années quant au terrorisme. Elle en a beaucoup souffert. Elle a appelé à ne pas faire de distinction entre les organisations terroristes. Personne ne nous a écouté. Regardez en Syrie maintenant. Ceux qui appellent à la démocratie coopèrent avec des organisations terroristes et les arment."
Ainsi, il a rappelé que son pays est le pionnier de la demande de transformation du système depuis le début.
"Le monde traverse une crise, a-t-il poursuivi. La pandémie de Covid-19 a approfondi cette crise et a montré que nous devons résoudre les problèmes le plus rapidement possible. Sinon, les problèmes vont empirer. Aucun mécanisme ne fonctionnera. […] Nous constatons un problème de gouvernance. La justice est piétinée. L'ONU est désormais incapable de trouver des solutions."
Le Chef de l'État turc a expliqué que les crises actuelles ne sont pas seulement économiques, mais aussi politiques et sécuritaires.
"Les crises ne se limitent pas à ces sujets, a-t-il dit. Le changement climatique doit être un des sujets principaux de l'agenda de la communauté internationale. Nous devons assurer le fonctionnement efficace des mécanismes de gouvernance mondiale sur le changement climatique. L'ordre éco-politique actuel n'est pas parvenu à assurer la prospérité mondiale et a aggravé les inégalités."
Le Président a souligné qu'un monde plus juste sera possible en réformant l'ONU.
"Nous voulons que les problèmes réels du monde soient abordés, a-t-il noté. […] Il y a un grand problème de consensus. Comment allons-nous régler tout cela? Quand est-ce que nous adopterons une position commune face au terrorisme? Quand est-ce que nous considérerons l'islamophobie comme un crime contre l'Humanité?"
Erdogan a interpellé la communauté internationale, réclamant davantage d'efforts pour trouver une solution à la crise syrienne.
"La communauté internationale ne peut pas laisser la crise syrienne se poursuivre pendant encore 10 ans, a-t-il déclaré. Une volonté plus forte doit être mise en avant pour trouver une solution politique au problème sur la base de la Résolution 2254 du Conseil de sécurité des Nations Unies afin de répondre aux attentes du peuple syrien. Notre autre priorité en Syrie, bien sûr, est la lutte contre le terrorisme et le nettoyage complet de la région des organisations terroristes. Cependant, nous constatons que pendant que nous menons le combat contre le terrorisme, d'autres font la distinction entre les organisations terroristes. Cette situation est inacceptable. Notre lutte contre toutes les tentatives visant à perturber l'intégrité territoriale de la Syrie et à mettre fin au terrorisme se poursuivra avec détermination."