Zuhal Demirci,Nazlı Yüzbaşıoğlu,Ayvaz Çolakoğlu
11 Janvier 2018•Mise à jour: 11 Janvier 2018
AA - Ankara - Ayvaz Colakoglu
Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu a déclaré, concernant les menaces américaines de couper l'aide financière aux Palestiniens, "Disons que les Américains ont coupé leurs aides. Et nous, nous ne comptons pas ? J'espère que les autres pays musulmans afficheront la même sensibilité. J'espère que les pays dont les ambassadeurs ont pris des congés pour fuir face à la pression lors du vote sur Jérusalem se montreront plus sensibles dorénavant en ce qui concerne le soutien à Jérusalem, à la Palestine et à Gaza".
Cavusoglu, invité à la table des éditeurs de l'Agence Anadolu (AA) à Ankara, a répondu aux questions sur l'actualité.
La Turquie a exprimé sa préoccupation face aux manifestations qui ont éclaté en Iran le 28 décembre et duré près d'une semaine, tout en mettant en garde contre toute ingérence extérieure.
Interrogé sur le fait de savoir si cette prise de position pouvait être interprétée comme un rapprochement entre les deux pays, Cavusolgu a apporté les précisions suivantes, "Entre la Turquie et l'Iran, il nous arrive par moment d'avoir des divergences de vues, mais il existe une coopération au sujet de la Syrie dans le cadre des processus d'Astana et de Moscou".
"L'Iran est notre voisin, mais il nous arrive de connaitre des difficultés dans certains domaines comme l'énergie et le commerce" a souligné Cavusoglu qui a rappelé le différend qui a opposé les deux pays au sujet du prix du gaz et qui s'est soldé par une victoire de la Turquie en justice.
Précisant que la stabilité de l'Iran était importante et que le pouvoir en place avait été élu démocratiquement, Cavusoglu a ajouté : "S'il y a un problème qui doit aboutir à une changement de régime ou de gouvernement, nous souhaiterions que cela vienne des urnes. C'est un principe qui ne concerne pas que l'Iran, c'est aussi valable pour la Turquie comme pour d'autres pays".
Le chef de la diplomatie turque a estimé que les déclarations et actions du président iranien Hassan Rohani, qui a ouvert la voie aux manifestations pacifistes et légitimes tout en engageant le dialogue afin de déterminer les revendications et tenter d'y apporter des solutions, étaient des avancées favorables, preuves de la maturité de la démocratie iranienne.
Tout en réaffirmant que la Turquie était contre toute tentative d'ingérence extérieure, Cavusoglu n'a pas manqué de souligner qu'Ankara n'a à aucun moment, pointé les Etats-Unis ou tout autre pays comme étant derrière les manifestations.
Sur la question palestinienne et les menaces américaines de couper les aides financières à la Palestine, Cavusoglu a lancé : "Si les menaces des Etats-Unis avaient fonctionné, il n'y aurait pas eu cette écrasante défaite lors du vote aux Nations Unies (ONU)".
Il a indiqué que les menaces américaines étaient de nature à réduire la respectabilité et la confiance éprouvé envers ce pays.
"Disons que les américains ont coupé leurs aides. Et nous, nous ne comptons pas ? J'espère que les autres pays musulmans afficheront la même sensibilité. J'espère que les pays dont les ambassadeurs ont pris des congés pour fuir face à la pression lors du vote sur Jérusalem se montreront plus sensibles dorénavant en ce qui concerne le soutien à Jérusalem, à la Palestine et à Gaza" a t-il dit avant de rappeler que la Turquie n'a jamais abandonné ses frères palestiniens.
"Nous n'abandonnerons pas la Palestine ni politiquement ni en matière d'aides humanitaires et de projets de développement"
Le ministre turc a affirmé qu'ils allaient continuer à défendre les droits et revendications des palestiniens.
"Nous allons redoubler d'efforts pour faire reconnaître la Palestine par les pays encore réticents. Nous l'avons abordé dernièrement en France. Nous allons continuer ainsi auprès de tous les pays qui ne l'ont pas reconnue."
Le Soudan a concédé la gestion de l'île de Suakin à la Turquie, cette situation a fait l'objet d'une importante campagne de désinformation dans les médias arabes a relevé le ministre Cavusoglu.
En outre, il a noté que les pays dérangés par l'initiative turque étaient nombreux à soutenir l'installation de bases occidentales dans la région.
"Lorsque la Turquie devient plus entreprenante dans la région, cela les déranges. Pour quelles raisons ? Êtes vous des ennemis de la Turquie ?" a réagi fermement Cavusoglu.
Interrogé sur le niveau des relations avec l'Egypte, Cavusoglu a souligné que la Turquie n'a aucun contentieux avec le peuple égyptien et qu'elle s'est positionnée contre le coup d'Etat.