AA/ Tunis/Esma Ben Said
Ils ont dû fuir la guerre, les exactions, et conflits en tous genres. Ils sont Syriens, Congolais, Soudanais, Ethiopiens…ont trouvé refuge en Belgique, en Allemagne, au Luxembourg, au Kenya ou encore au Brésil.
Ils ont pour point en commun: avoir pu garder l’envie de vivre. C'est «la flamme», qui les mène aujourd’hui à Rio, où pour la première fois dans l’histoire des Jeux Olympiques, une équipe constituée de dix athlètes réfugiés, concourt sous la bannière olympique, représentant ainsi les quelques 59.5 millions d’exilés du monde, selon les chiffres de l’ONU.
Deux nageurs syriens, deux judokas de la République démocratique du Congo, cinq coureurs du Soudan du Sud et un autre de l’Ethiopie participeront donc aux Jeux de Rio (5-21 août 2016).
Une équipe olympique à forte connotation africaine, la première du genre depuis le début des jeux modernes (1896) qui a vu plus de 200 équipes nationales rivaliser pour la gloire en une seule session, rappelle le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCNR) sur son site internet.
Voici une présentation des athlètes (source: le site du HCNR):
Paulo Amotun Lokoro, 24 ans, Soudan du Sud, 1500 mètres
Cet ancien jeune berger des plaines du Soudan du Sud n’a connu que la guerre. Les conséquences de celle-ci le poussent à fuir au Kenya, où, dans un camp de réfugiés, il apprend la course, «sans chaussure». Aujourd'hui, il excelle, et est fier de courir «au nom de tous les réfugiés».
«Si j’obtiens un bon résultat, cela m'aiderait à soutenir ma famille et mon peuple», dit-il.
Yiech Pur Biel, 21 ans, Soudan du Sud, 800 mètres
Yiech Pur Biel, forcé de fuir les combats dans le sud du Soudan en 2005, s’est retrouvé seul dans un camp de réfugiés au nord du Kenya, où il s’entraîne sans relâche. Désormais il ambitionne de gagner et devenir «ambassadeur pour les réfugiés à travers le monde».
Rose Nathike Lokonyen, 23 ans, Soudan du Sud, 800 mètres
Elle fuit le Soudan du Sud à l’âge de 10 ans vers le Kenya où elle découvre la course, elle aussi dans un camp de réfugiés. Elle rejoint ensuite un camp d’entraînement près de la capitale kenyane, Nairobi, où elle se prépare aujourd’hui en vue de l’épreuve du 800 mètres aux Jeux Olympiques.
«Je représenterai mon peuple à Rio et peut-être que si j’atteins mon but, je pourrai revenir et organiser une course pour promouvoir la paix et rassembler les gens», espère-t-elle.
Anjelina Nadai Lohalith, 21 ans, Soudan du Sud, 1500 mètres
Quand les combats ont atteint son village, Anjelina avait à peine 6 ans. Elle se réfugie, seule, au Nord du Kenya, et ne revoit jamais sa famille. Aujourd’hui, elle rêve de gagner l’épreuve d’athlétisme du 1500 mètres à Rio «pour ses parents».
James Nyang Chiengjiek, 28 ans, Soudan du Sud, 800 mètres
James échappe à 13 ans au destin des enfants soldats. Originaire du sud du Soudan, il se réfugie au Kenya voisin dans un village réputé pour abriter des coureurs. «Si Dieu vous a donné un talent, vous devez l’utiliser», dit-il, déterminé lui aussi à remporter la victoire.
Rami Anis, 25 ans, Syrie, 100 m papillon
Rami Anis a entamé une formation régulière en natation à l’âge de 14 ans quand il vivait à Alep. Mais en raison de la situation chaotique de la ville, il a été envoyé à Istanbul où vit son frère. Durant quelques années, il parfait sa technique de natation au prestigieux Club des Sports de Galatasaray, avant de rejoindre la Belgique. Il se présente aujourd’hui sous le drapeau olympique.
Yolande Mabika, 28 ans, République démocratique du Congo, judo
Yolande Mabika a fui très jeune les combats dans l’est de la RDC et grandit dans un centre pour enfants déplacés à Kinshasa où elle découvre le judo. En 2013, elle participe au Championnat du monde de judo à Rio. Elle en profite pour échapper à son entraineur qui lui avait confisqué son passeport et lui infligeait de mauvais traitement des années durant. Elle vit, depuis au Brésil.
Même histoire pour Popole Misenga, 24 ans, République démocratique du Congo, judo
A neuf ans il fuit lui aussi les combats à Kisangani, pour être conduit, seul, à Kinshasa où il découvre le judo, «le sport qui lui a tout apporté». Lui aussi souffrait de maltraitance infligé par son entraîneur (privé de nourriture et enfermé dans une cage durant plusieurs jours) et a profité des championnats du monde 2013 à Rio pour déposer une demande d’asile. «Je vais gagner une médaille et je vais la dédier à tous les réfugiés», dit-il aujourd'hui.
Yusra Mardini, 18, Syrie, 200 mètres nage libre
Yusra originaire de Damas a fui la Syrie en direction de la Grèce au prix d’une traversée particulièrement difficile. Celle qui avait représenté la Syrie lors des Championnats du monde de natation de la FINA en 2012, poursuit son voyage en ayant recours à des passeurs et arrive en Allemagne en septembre 2015 où elle commence une formation dans un club à Berlin. Aujourd’hui, à 18 ans, elle se prépare à participer aux 200 mètres nage libre féminin aux JO.
Yonas Kinde, 36 ans, Ethiopie, marathonien
Yonas, a fui les violences en Ethiopie pour se réfugier au Luxembourg où il est depuis cinq ans chauffeur de taxi, et «marathonien». Pour Yonas, la chance de courir aux côtés des meilleurs compétiteurs du monde à Rio de Janeiro est plus qu’une simple course. «Je pense que ce sera un message clé sur le fait que les réfugiés, en tant que jeunes athlètes, peuvent obtenir d’excellents résultats», indique-t-il.
Le milieu sportif a largement salué cette initiative particulière. Pour Alain Dayashili, secrétaire du comité olympique congolais, "cela prouve que le problème des réfugiés est réellement pris au sérieux".
"Nos frères congolais qui participent aux J.O ont dépassé leur statut prouvant que l'on peut s'intégrer d'une manière ou d'une autre. Il y a de quoi être fier", a-t-il dit à Anadolu.