AA/ Tunis/ Libreville/ Mohamed Abdellaoui-Jean-Yves Ntoutoume - M. Ag Ahmadou
La baisse continue du prix du baril ne serait pas sans conséquences "néfastes" sur la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2017, qui aura lieu du 14 janvier au 5 février, au Gabon.
Le constat est d’autant plus alarmant qu’il laisse planer le doute sur la tenue de la compétition au Gabon, sinon, qu'il laisse penser que les 16 équipes africaines ne joueraient pas toutes dans les mêmes conditions, de l'avis de l'ancien entraîneur de l'équipe nationale du Cameroun, Thierry Elvis.
Si à Libreville et à Franceville, les stades devant accueillir le grand événement sportif du continent, sont prêts, vu qu’ils ont déjà accueilli la CAN 2012 co-organisée par le Gabon et la Guinée-équatoriale, les travaux des deux stades de Port-Gentil et d'Oyem, trébuchent encore, à moins de trois mois du match d'ouverture qui opposera le Gabon à la Guinée-Bissau, a constaté le correspondant d’Anadolu.
Selon certains observateurs, la quatrième ville du pays d'Oyem manque même d’infrastructures hôtelières dignes de l’événement continental. Le Premier ministre, Emmanuelle Issozet Ngond, a promis d’y remédier. Mais, il semble que les difficultés économiques et financières que vit le pays, surtout depuis la crise politique qui a éclaté à la veille de la Présidentielle du 27 août dernier, rendent la tâche encore plus difficile.
Mettant en gade contre ces conditions précaires qui entacheraient le spectacle africain, l'ancien coach camerounais et actuel moniteur au centre Moulay Rachid au Maroc, affirme :" Quand la politique se mêle gauchement du sport, le spectacle est gâché et on peut essuyer des revers".
De ce point de vue, le technicien camerounais, contacté par Anadolu, se demande pourquoi "n'a-t-on pas désigné un pays prêt pour accueillir la plus grande manifestation sportive africaine, au lieu d'un pays où les signes avant-coureurs de la crise étaient visibles il y a plus d'une année".
Pour Elvis, la CAN 2017 décevra des milliers si ce n'est des millions d'Africains, une fois disputée au Gabon. "La plus grande consolation de ces Africains sombrant dans la panade était de tout temps le football. Aujourd'hui qu'on leur gâche le dernier remède, il faudrait s'attendre à des jours encore plus difficiles pour ceux qui gouvernent", fait-il observer.
Face au marasme économique, les autorités gabonaises ne cachent plus leur gêne. «Nous sommes dans un contexte très difficile, les ressources se sont raréfiées avec la chute du prix du baril du pétrole. Dans ce contexte marqué de nombreuses incertitudes, il faudrait qu'on puisse être inventif», a déclaré à la presse, le 17 octobre dernier, le ministre de l'Economie, de la Prospective et de la Programmation du développement, Regis Immongault, lors de sa première réunion avec les différentes directions de son département ministériel.
Les ressources budgétaires de l'Etat pour 2017 sont évaluées à 2477,5 milliards de francs CFA (près de 4,1 milliards USD) contre 2626 milliards (4,3 milliards USD) prévues dans la loi de finances 2016, soit une baisse de 148,5 milliards Fcfa (247,5 millions USD). C’est la conséquence directe de la chute du prix du baril du pétrole passant d’un peu plus de 110 USD en 2014 à un peu plus de 50 USD samedi (22 octobre 2016).
Les recettes pétrolières arrêtées à un peu plus de 600 milliards de Fcfa (environ 1000 million USD) en 2016, ont été revues à la baisse, pour s’installer à 478,6 milliards de Fcfa (797 millions USD), soit une baisse de 122, 1 milliards de Fcfa (203 millions USD), selon le ministère de l’Economie.
Confronté à une telle conjoncture, l'Etat gabonais, par le biais de la Direction générale de la Comptabilité publique et du Trésor, vient d’émettre un bon du trésor de l’ordre de 7 milliards de Fcfa (11 millions USD), échéance du 20 janvier 2017, selon le quotidien pro-gouvernemental « L'Union », dans sa publication du 19 octobre. Le journal cite un communiqué de la Banque des Etats de l'Afrique centrale (Beac).
Le 12 octobre dernier, la même direction générale de la comptabilité publique et du trésor, avait procédé à une précédente émission également à hauteur de 7 milliards de Fcfa. Le montant total des soumissions étant de 20,5 milliards de Fcfa (34 millions USD), d’après la même source.
Confirmant les difficultés économiques auxquelles fait face le pays, l'agence de notation financière internationale «Fitch Rating», a récemment crédité le Gabon de la note B+, classant ainsi ce petit pays d’Afrique centrale, riche en matières premières, dans la catégorie des pays «où il n'est pas conseillé d'investir »
Les inquiétudes de l'agence américaine se fondent surtout sur la baisse des recettes budgétaires, une baisse consécutive à la chute du prix du baril du pétrole.
Fitch Rating prévoit aussi un déficit budgétaire de 2,5 % du PIB en 2016 et note que les réserves fiscales du Gabon sont épuisées et que les options de financement sont réduites.
Tirant la sonnette d’alarme, l’agence dévoile que la dette publique du Gabon va atteindre 48% du PIB en 2016 pour culminer les 50% en 2018, juste en dessous des pays notés « B », dont la dette publique est à hauteur de 50% du PIB. L'enquête de l'agence, rendue publique le 14 octobre, révèle que la dette publique gabonaise a explosé pour atteindre 32,2% à la fin 2014.
Les perspectives économiques s’annoncent, à bien des égards, sombres dans un pays toujours englué dans une crise politique provoquée par la réélection très contestée du président Ali Bongo.
De l’avis de certains observateurs, ce marasme économique influera sur la CAN 2017. Les groupes « C » et « D », en sont les plus concernés, puis qu’ils devraient jouer à Oyem et à Port gentil, dont les stades ne sont pas encore prêts. Dans le groupe C, il y a la Côte d'Ivoire, la RDC, le Maroc et le Togo. Alors que le groupe « D » regroupe le Ghana, le Mali, l'Égypte et l'Ouganda.
Le groupe «A» constitué du Gabon, du Burkina Faso, du Cameroun et de la Guinée-Bissau, jouera à Libreville, la capitale. Et le groupe « B », où figurent l'Algérie, la Tunisie, le Sénégal et le Zimbabwe évoluera à Franceville.