Hatem Kattou
10 Octobre 2017•Mise à jour: 11 Octobre 2017
AA / Paris / Patrick juillard
L’Egypte s’est qualifiée pour la Coupe du monde 2018, dimanche au bénéfice de sa victoire à Borg el Arab sur le Congo (2-1). Les Pharaons, septuples champions d’Afrique, n’avaient plus disputé de Mondial depuis 1990. Ils joueront l’an prochain en Russie la troisième phase finale de leur histoire, eux qui avaient été en 1934 la première équipe africaine à disputer un Mondial.
Espérée depuis près de trois décennies, cette qualification a été saluée par des effusions de joie à travers tout le pays. Une délivrance ressentie d’autant plus intensément que la victoire face au Congo fut longue à se dessiner, dimanche dans ce groupe E de la zone Afrique, qui comportait également l’Ouganda et le Ghana.
Après avoir ouvert le score peu après l’heure de jeu par Mohamed Salah (62eme), les Pharaons avaient vu leurs adversaires du soir égaliser à quelques minutes du terme par Arnold Bouka Moutou (87eme). Il fallut un penalty, obtenu à la toute fin du temps additionnel de la seconde période, pour voir le héros du soir, Mohamed Salah, marquer le but de qualification devant 86.000 personnes qui explosaient de joie.
Porté en triomphe, l’attaquant de Liverpool s’est montré digne de son rang de joueur vedette de la sélection. Il n’est pas le seul : le gardien vétéran Essam El Hadary (44 ans), le défenseurs Ahmed Hegazi (West Bromwich Albion) et le milieu de terrain Ahmed Elneny (Arsenal) constituent les autres cadres d’une équipe dont les joueurs, longtemps cantonnés principalement aux grands clubs cairotes (Al-Ahly et Zamalek), s’expatrient avec de plus en plus de bonheur.
Cette politique est nouvelle pour les clubs du pays, obligés de vendre leurs meilleurs éléments pour compenser l’assèchement des recettes publicitaires et celle des entrées aux stades.
Car le football égyptien sort à peine des turbulences postérieures à la révolution du 25 janvier 2011, qui déposa le "raïs" Hosny Mubarak après trois décennies au pouvoir. Déjà annulé la saison précédente, le championnat l’est encore en 2012-2013 à la suite au drame de Port-Saïd, le 2 février 2012.
Ce jour-là, le-match Al-Masry à Al-Ahly se termine dans le sang. 74 supporters des Diables Rouges trouvent la mort après un envahissement de terrain. Depuis cette tragédie, tous les matches du championnat se jouent à huis clos, de préférence dans des stades militaires, sous la protection conjointe de la police et de l’armée.
En février 2015, alors que les autorités avaient enfin décidé de lever le huis clos qui pèse sur les enceintes égyptiennes, 19 supporters du Zamalek trouvent la mort devant le stade militaire du 30 juin. Toutefois pour les matches continentaux et ceux de l’équipe nationale, les autorités accordent des dérogations et autorisent au compte-gouttes la présence de supporters dans les tribunes.
Cette instabilité n’a pas été sans effet sur l’équipe nationale égyptienne. Après avoir remporté trois Coupes d’Afrique (2006, 2008 et 2010), les Pharaons vont manquer les trois suivantes. Ils ne feront leur retour en phase finale que lors de l’édition 2017, disputée au Gabon, qui les voit atteindre la finale et s’incliner face au Cameroun (2-1), non sans avoir mené au score.
Un homme joue un rôle clé dans ce retour au premier plan : le technicien argentin Hector Cuper, sélectionneur depuis le mois de mars 2015. Sous sa houlette, les Pharaons ont évolué vers un jeu prudent et pragmatique. Une défense de fer, des contres rapides et une efficacité redoutable dans la zone de finition : le mix, s’il ne donne pas toujours lieu à des matchs spectaculaires, s’avère capable de faire déjouer et de battre n’importe quel adversaire sur le continent.
En tout, 15 nations ont déjà décroché leur qualification pour le Mondial 2018 : le pays-hôte russe, qualifié d'office, la Belgique, l'Angleterre, l'Allemagne, l'Espagne, la Pologne, le Costa Rica, le Mexique, le Brésil, l'Iran, la Corée du Sud, le Japon, l'Arabie Saoudite, le Nigeria et donc l'Egypte.