Esma Ben Said
08 Septembre 2017•Mise à jour: 09 Septembre 2017
AA/Bujulbura/Yvan Rukundo
Du haut de son mètre 70 et de ses 54 kilos, Asha Jaffar nous accueille avec un large sourire, et par quelques dribbles, devant des supporters réunis spontanément sur un terrain vague de Bujumbura.
Cette jeune burundaise de 19 ans, a déjà un solide public qui la soutient. Native de Buyenzi, commune, se trouvant dans la province de Bujumbura, qui a vu naître et grandir de grands footballeurs burundais comme Saido Ntibazonkiza, Asha a commencé à s’intéresser dès son plus jeune âge au ballon rond.
« C’est à 5 ans que j’ai commencé à m’exercer au football dans les rues pierreuses de mon quartier », se souvient-elle, précisant qu’elle n’avait, à l'époque, pas peur de jouer avec ses frères et d’autres garçons du quartier parfois bien plus âgés qu’elle.
A huit ans, se remémore la milieu de terrain, elle intègre un club féminin de la deuxième division : Imiravyo (Les Eclairs).
« C'est alors que la machine s'est mise en marche. Je me suis dès lors fixée pour objectif d'intégrer d'abord un club de première division, puis, de devenir par la suite, une star féminine du football», raconte-t-elle, les yeux plein de malice.
Ce qui semble se réaliser pour elle dès la saison 2012-2013. Alors très sollicitée par de nombreux clubs, la jeune fille choisit le club "La Colombe", avec lequel elle remportera trois titres successifs.
La suite, n'est que davantage spectaculaire. Grâce à ses nombreuses passes décisives, elle est sacrée meilleure joueuse au niveau national, pour trois saisons successives (2014-2015; 2015-2016; 2016-2017).
« Pour la saison 2015-2016, j'ai rejoint le club Wana Inchi de Bubanza, dans l'ouest du pays où j’ai vraiment pu multiplier les victoires avec mon équipe et m'y sentir pleinement à ma place », raconte la jeune prodige.
Dans ce pays où certains jeux semblent être l’apanage des hommes, Asha, estime qu'il faut tordre le cou aux préjugés. «Nous pouvons jouer au football aussi bien que nous pouvons travailler, conduire des voitures, des vélos, etc », dit-elle avec assurance.
« Ce qui m'ennuie, poursuit-elle, c'est que certaines filles, surtout celles qui vivent dans les milieux ruraux, se laissent vite décourager par les dires de leur entourage. J'espère que cela changera un jour », ajoute-t-elle, confiant qu'elle a dû, elle même faire face au fait que de certaines personnes estiment que sa passion fait d'elle quelqu'un «d'indisciplinée».
Toutefois, se réjouit cette cadette d'une famille de cinq enfants, dans les milieux urbains ces préjugés existent moins, et nombreux même sont les burundais à encourager les jeunes filles sportives ou entrepreneuses.
Désormais Asha Jaffar voit encore plus grand. Déjà approchée par le club Evergreen de la Tanzanie, après sa participation avec l’équipe nationale féminine, en Ouganda, lors de la Cecafa Cup (Conseil des associations de football d’Afrique de l’est et centrale), en 2016, où elle s'est faite remarquée, elle ambitionne désormais d'intégrer, dans les années à venir, un club européen.