AA/Beni (RDC)/Fiston Mahamba Larousse
La RD Congo, plus grand pays d'Afrique subsaharienne, envisage de se doter très prochainement d’un satellite en vue d’affiner le rendement de divers secteurs, notamment sécuritaire.
Le vice-Premier ministre des Postes, de la télécommunication et des nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (Ptnic), Thomas Luhaka Losendjola, a indiqué à Anadolu que le Gouvernement de la RD Congo a signé un partenariat avec une entreprise Chinoise, spécialisée dans la construction satellitaire pour l’exécution des travaux de construction de ce satellite, dont le coût est estimé à 320 millions de dollars Usd.
D’après le ministère, plusieurs étapes ont été franchies par le Gouvernement congolais pour l’acquisition de cet outil technologique de pointe. Il permettra de révolutionner les services sécuritaires de la RDC, souvent qualifiés d’inefficaces, en raison d’équipements défectueux qui ne permettent pas aux responsables d'accéder à un rendu de qualité, en termes de renseignements.
«La surveillance des frontières Congolaises, souvent porte d’infiltrations sur le territoire national, sera gérée grâce aux données que fourniront les centres de surveillance du satellite Congo-Sat», a récemment déclaré à la presse, le ministre des Postes Thomas Luhaka.
La RD Congo est le pays africain à avoir le plus grand nombre d'Etats frontaliers (neuf, à savoir, Angola, Burundi, Centrafrique, Congo, Rwanda, Ouganda, Soudan du Sud, Tanzanie et Zambie). C'est également le 7ème pays, au niveau mondial, par la longueur de ses frontières, 10 730 kilomètres.
Parmi les plus problématiques de ces frontières, figure, vu la conjoncture sécuritaire actuelle, celle avec le Burundi (233 kilomètres), en proie à une crise politique depuis trois mois qui risque d'aboutir à une guerre civile, selon les observateurs.
Les frontières avec l'Ouganda (765 kilomètres) sont aussi problématiques depuis qu'évoluent en RDC, depuis de nombreuses années, des rebelles ougandais opposés au régime du président Yoweri Musevini. Dimanche, plus de 300 présumés soldats ougandais auraient fait irruption dans un village du Nord-est de la RD Congo, selon des sources locales à Anadolu.
Le Rwanda est coutumier pour sa part de ces incursions tout au long des 217 kilomètres que constitue la longueur de ses frontières avec la RDC pour lutter contre des rebelles Hutus, réfugiés dans la région orientale du Kivu depuis le génocide de 1994 commis contre les Tutsis.
La République Démocratique du Congo reste, ainsi, en proie à l’insécurité tout au long de sa partie orientale depuis plus de 20 ans. Cette situation sécuritaire déficitaire est caractérisée par l'activité de contrebandiers et de groupes rebelles pour le contrôle des minerais abondants dans cette région.
Pour Christophe Voghel, spécialiste de groupes armés au Nord-Kivu (est de la RDC) malgré les efforts mis en place par le gouvernement Congolais et ses partenaires nationaux et internationaux pour une traçabilité des minerais du Congo, la majeure partie de zones d’exploitation minière reste sous le contrôle d’une douzaine de mouvements rebelles évoluant dans la région du Kivu.
«Les groupes rebelles continuent à financer leurs activités par les revenus issus de l’exploitation minière des zones qu’ils contrôlent. Les efforts entrepris en amont pour la certification des minerais en provenance de zones de conflits devraient aussi
être renforcés en aval par des mesures contraignantes pour les multinationales qui continuent à acheter ces minerais dits de sang », plaide le spécialiste.
En revanche, si les parties occidentale et sud de ses frontières restent plutôt sécurisées (Congo-Brazzaville, Angola, Zambie, qui constituent plus de 50% des frontières), les démarcations avec la Centrafrique (1577 kilomètres) ainsi qu'avec le Soudan du Sud (628 kilomètes), restent problématiques en raison de l'instabilité qui caractérise ces deux pays.
Emettant des réserves quant à l’amélioration des services sécuritaires après l’acquisition du Congo-Sat, Fidèle Bafilemba, chercheur à l’ONG américaine « Enough Project », met l’accent sur l’importance qu’il y a à asseoir une prise de conscience chez les professionnels exerçant dans le secteur de la sécurité. Ces derniers ont été souvent « en mèche » avec certains « inciviques » à l’origine de l’insécurité dont souffre la région.
« Cette prise de conscience doit se faire à tous les niveaux et devra s’accompagner d’une réforme des services de défense, de la justice car ces institutions sont souvent accusées d’interférence dans des dossiers sécuritaires, privant le citoyen de protection et de sécurité garanties par la constitution », dit-il.
Joint par Anadolu, le colonel Flamand Ngoy Baliwa, commissaire de la police nationale congolaise à Béni (Nord-est) a rattaché certains dérapages aux multiples intégrations d'anciens rebelles au sein de l'armée Congolaise et de la police, dans le cadre des processus de démobilisation et réintégration.
«Toutefois, il y a des progrès. Il y a moins de deux ans, nos forces ne pouvaient pas engager d'offensives contre les groupes rebelles seules, mais actuellement cela est devenu possible. Tous les départements des services sécuritaires subissent des formations et font l'objet de réformes, en vue de remplir pleinement leur mission», a-t-il fait remarquer.