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05 Juin 2018•Mise à jour: 05 Juin 2018
AA / Tunis / Slah Grichi
L'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT) régionale de Sfax tient, mardi, une conférence de presse «relative à l'affaire Tabuk et à l'entrée des médicaments en Tunisie», a-t-on appris d'une correspondance parvenue à Anadolu.
Cherchant à mieux comprendre cette affaire, Anadolu a appris que Moëz Sediri est représentant en Tunisie du laboratoire saoudien Tabuk Pharmaceuticals qui produit et commercialise plusieurs médicaments génériques dont le Pedovex prescrit en cas d'accidents vasculo-cérébraux et d'infarctus.
La dernière semaine de février 2018, il a été informé par un cardiologue avec qui il est en relation, qu'un de ses patients se trouvait à la Mecque et qu'à court de Pedovex, les pharmaciens lui répétaient invariablement que ce médicament était désormais interdit.
Moez Sediri qui est médecin n'a pas besoin d'un dessin pour comprendre...
Tout de suite, soit le 24 février, il contacte sa supérieure à Casablanca où l'antenne Maghreb de Tabuk est basée. Cette dernière confirme le fait en précisant que cela remonte au 29 décembre précédent.
S'ensuit une altercation, d'autant qu'on lui demande de ne pas en tenir compte, avec la menace de licenciement s'il prend une quelconque initiative, sans en informer la hiérarchie qui, le cas échéant, informerait les autorités tunisiennes.
Un courrier électronique lui est immédiatement envoyé, dans ce sens.
Mais si telle était l'intention du laboratoire, pourquoi avoir attendu jusque-là pour transmettre la décision de la «Saudi food and drugs Authority», qui avait décidé de l'inefficacité de ce médicament et de son retrait du marché?
Outré et révolté, le médecin commence à dévoiler le pot de roses sur les réseaux sociaux et directement à ses relations médecins et pharmaciens.
Deux jours plus tard, c'est à dire le 27, Tabuk fait parvenir au ministère tunisien de la Santé publique la fameuse décision des autorités médicinales saoudiennes.
La première responsable de la direction de la pharmacie et du médicament relevant du ministère de la santé, nous confiera que si l'alerte a fini par arriver à Tunis, c'est parce que le laboratoire a vu que le médecin-délégué n'allait pas se taire.
En tout cas, dès le lendemain, le Pedovex n'était plus dans les pharmacies et son AMM (autorisation de mise sur le marché) retirée. L'après-midi du même jour, le licenciement de Sédiri lui est notifié.
- Que veut l'UGTT?
Certes, ce médecin qui a préféré respecter son Serment d'Hippocrate à appliquer la clause du «secret professionnel» qui aurait mis en danger la vie des gens. Cela est à son honneur et il peut gagner un procès pour licenciement abusif devant n'importe quel tribunal.
Mais ce qui est moins clair, c'est l'initiative de l'UGTT régionale de Sfax de remettre à jour une affaire qui remonte à plus de trois mois.
Anadolu a posé la question à Maher Kacem, le Secrétaire général adjoint, signataire de l'invitation à la conférence de presse de demain :
«Nous considérons que l'affaire est toujours d'actualité et qu'elle est liée aux problèmes qui minent le secteur des médicaments : leur entrée, leur fabrication et leur distribution. À propos de ce dernier point, nous déplorons que des intrus y aient accès».
À ces griefs Inès Fradi, directrice de la direction de la pharmacie et des médicaments, répond que pour le Pedovex, «nous avons réagi avec la célérité requise puisqu'en moins de 24 heures il a été retiré. Et notre service juridique suit l'affaire, puisque le laboratoire concerné ne nous a pas informés à temps. Je tiens à préciser, ici, que les médicaments sont suivis tout au long de leur vie et qu'il arrive souvent qu'un produit soit retiré pour un motif ou pour un autre après sa mise en exploitation».
Pour le reste, elle affirme que le secteur est bien structuré en Tunisie et les circuits maîtrisés.
«C'est la Pharmacie centrale qui a le monopole de l'import des médicaments et qui approvisionne les établissements publics, les grossistes et les pharmacies, du moins celles qui la préfèrent à ces derniers.
Alors pourquoi cette conférence de presse aujourd'hui? Y a-t-il anguille sous roche?
Cela entrerait-il dans une stratégie de déstabilisation de Youssef Chahed et de son Gouvernement qui n'ont plus les faveurs de l'UGTT.
Noureddine Taboubi, le patron de la Centrale syndicale n'a-t-il pas clairement lié la prolongation de son adhésion au Pacte de Carthage à l'éviction de Chahed.
Demain, nous y verrons plus clair.