AA/Yaoundé/Anne Mireille Nzouankeu
Malgré la réduction continue de la prévalence du VIH/SIDA au Cameroun, la discrimination demeure, dans cette journée mondiale de lutte contre le Sida, l'un des défis auxquels font face les jeunes séropositifs et qui cause traumatismes parfois indélébiles.
Lucas D., élève dans un lycée de Yaoundé la capitale du Cameroun, est séropositif au Vih. Il a contracté le virus à sa naissance, par le biais de sa maman décédée quelques mois après sa naissance. « Aucun de mes camarades ne sait que je suis malade. Je me cache pour prendre les médicaments. J’ai peur des moqueries et du rejet des autres si je leur en parle », explique Lucas.
En fait, Lucas parle en connaissance de cause. « L’année dernière, j’ai confié mon secret à celui que je prenais pour mon meilleur. Il m’a tout de suite rejeté et a dit à tout le monde que j’ai le Sida. J’ai été marginalisé. Personne ne me parlait plus, ne me saluait plus. Même mon voisin de banc a fui », raconte-t-il tandis que des larmes perlent sur ses joues.
Le jeune homme de 14 ans a dû changer d’établissement scolaire pour avoir une scolarité et une vie sociale normales, « sans rejet et sans discrimination », précise-t-il.
Au Cameroun, le cas de Lucas D. n’est pas isolé. « La plupart des jeunes porteurs du VIH gardent secrètement cette information. Parfois même au sein de leur famille, il n’y a qu’une ou deux personnes qui sont informées de leur statut », révèle Marie Thérèse Tchoumi, la coordonnatrice du Cercle des jeunes engagés dans la lutte contre le Sida (Cejes), l’une des toutes premières associations de personnes vivant avec le VIH qui ait été créée au Cameroun.
« Depuis 2000 que nous existons, nous avons vu passer beaucoup de cas d’enfants traumatisés par la réaction de leur entourage après que leur statut sérologique ait été rendu public », ajoute Tchoumi. Au sein de cette association dont l’un des objectifs est d’assurer la prise en charge sociale et psychologique des jeunes élèves et étudiants vivant avec le virus du Sida, 90 pour cent des jeunes ayant rendu public leur statut sérologique sont suivis par un psychologue. « Ils sont suivis car ils ont été traumatisés à cause du rejet de ceux à qui ils ont confié leur secret. La conséquence de cette attitude est que les jeunes aujourd’hui préfèrent cacher leur statut sérologique », dit Tchoumi.
Pour Adonis Tchoudja, le président de Aids-Acodev, une autre association camerounaise de lutte contre le Sida, il faut mettre l’accent sur la sensibilisation des populations. « Si les populations savent comment se transmet le VIH, alors elles n’auront plus peur de saluer les porteurs du virus, de manger en leur compagnie et même de vivre au quotidien avec ces personnes », explique Tchoudja.
Au Cameroun, la prévalence du Vih/Sida est passée de 5,5 pour cent en 2004 à 4,3 pour cent en 2011, a révélé André Mama Fouda, le ministre de la Santé publique, au cours d’une conférence de presse à Yaoundé en mi-novembre. Pour ce qui est des malades sous traitement, leur nombre est passé de 17.156 en 2005 à 134.770 au 31 juillet 2014. D'après les statistiques de l'UNICEF en 2012, la prévalence du VIH chez les jeunes de 15 à 24 ans est 1,4 %.
Cette année comme depuis 2011, la journée internationale de lutte contre le Sida a pour thème : « Objectif zéro : zéro nouvelle infection à Vih, zéro discrimination, zéro décès lié au Sida ». Un thème qui donne beaucoup d’espoir aux jeunes du Cameroun. « Lorsqu’on atteindra réellement le cap de zéro discrimination, alors je pense qu’on aura fait un grand pas. A mon avis, on ne met pas assez l’accent sur l’élimination de la discrimination mais plutôt sur la réduction des nouvelles infections », conclut Lucas D.