AA/ Cotonou (Bénin)/ Serge David Zouémé
Ayant fait quelque temps miroité le spectre d'une cousine d'Ebola venue ravager un pays rescapé, le Bénin, les chiffres de la fièvre épidémique Lassa rassurent, aujourd'hui, après un sursaut d'inquiétude.
Selon les dernières données communiquées par les autorités, une baisse sensible a été enregistrée de l'occurrence de cette maladie qui sévit depuis janvier dernier au Bénin.
A l'origine de la bonne nouvelle, des mesures adéquates prises par les autorités pour endiguer la progression de la maladie, mais également des résultats qui se sont avérés négatifs d'échantillons effectués auprès de malades ou de personnes décédées.
Situé à environ 40 kilomètres à l'Est de Cotonou, le Centre hospitalier universitaire départemental Ouémé-Plateau (CHUD - OP) a enregistré le 21 février dernier, son premier cas de décès à virus Lassa dans cet hopital, indique le dernier Rapport du Ministère béninois de la Santé publique sur la fièvre Lassa.
Il s’agit d’une «gestante (femme enceinte) admise en travail d’accouchement. Elle a accouché d’un enfant vivant, de sexe féminin et pesant 2,400 kg actuellement mis sous surveillance médicale », rapporte le même document.
Outre ce seul cas de décès, l'hôpital a également reçu deux cas présentant un bon état clinique apparent, a confié à Anadolu, Dr Lucien Toko, directeur national adjoint de la santé publique au Bénin.
Selon le professeur Sagbo, chef service pédiatrie et président du comité de suivi des malades à virus lassa au CHUD-OP, les deux cas enregistrés ont aussitôt été mis sous traitement à base d’antiviral à la ribavirine, et d’autres produits thérapeutiques pour traiter les symptômes associés comme le vomissement et la diarrhée.
«Le gouvernement, à travers le ministère béninois de la Santé, a mis en place, dans les hôpitaux, des équipements de protection individuelle (EPI) pour le personnel de santé, thermomètres infrarouge, du matériel médical et des produits de décontamination pour la prise en charge des cas confirmés », a-t-il précisé à Anadolu.
D'après le directeur national adjoint de la santé publique, la plupart des cas confirmés au Bénin sont des cas importés.
«Les examens effectués à la suite des prélèvements ont prouvé que ce sont des personnes qui ont été en contact avec d’autres personnes venues du Nigéria où le virus sévissait déjà avec plusieurs cas de décès. Mais il n’est pas exclu qu’il y ait des cas qui soient développés sur place au Bénin », a-t-il précisé, soulignant que les enquêtes se poursuivent.
Le précédent bilan officiel, établi le 16 février, faisait état de 23 morts sur 67 cas enregistrés. La dernière occurrence de la fièvre de Lassa au Bénin remonte à 2014, quand elle a fait au moins 8 morts. Ce bilan a toutefois été revu à la baisse, selon Lucien Toko.
Les derniers chiffres compilés au plan national sont en baisse, avec le nombre de décès imputés à la maladie qui est redescendu à 21 contre 23 décès précédemment, selon la même source. , En outre, il a été enregistré, à ce jour, 49 cas (8 cas confirmés par les laboratoires, 13 cas probables [ceux qui sont décédés et chez qui on n’a pas pu faire le prélèvement pour confirmer la présence du virus] et 28 cas suspects [personnes chez qui des prélèvements sont faits et on attend les résultats pour confirmer ou infirmer]) contre 67 cas selon le précédent bilan.
Selon ses explications, la baisse des chiffres se justifie par le fait que certains résultats des examens effectués dans des laboratoires au Nigéria [le Bénin ne disposant pas de laboratoires permettant ces analyses] se sont révélés négatifs.
«C’est ainsi que sur les 23 cas de décès précédemment annoncés dans le rapport, deux se sont révélés négatifs à l’examen et ne présentent aucun signe du virus Lassa, ce qui porte alors à 21 le nombre réel des décès à virus Lassa », a clarifié Toko à Anadolu.
Quant aux personnes ayant eu un contact avec des malades, et devant rester sous surveillance, elles sont passées désormais à 40 contre environ 400 précédemment, a ajouté Toko qui précise, par ailleurs, qu’il y a eu des cas de guérison, notamment à l'Hôpital Saint-Martin de Papané, situé à environ 400 km au nord de Cotonou, où il y a eu deux guérisons.
Le virus a été identifié pour la première fois en 1969 dans la ville de Lassa, dans l'État de Borno au Nigeria où l’épidémie a déjà fait plus de 100 morts et des centaines de cas suspects depuis janvier dernier, selon un bilan établi le 6 février dernier par les autorités nigérianes.
La fièvre Lassa est une fièvre hémorragique souvent définie comme la "cousine" d'Ebola. La transmission se fait par les excrétions de rongeurs ou par contact direct avec des liquides biologiques d'une personne malade, selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS).
Les symptômes de cette fièvre sont pseudo-grippaux. "Le traitement antiviral à la ribavirine semble efficace s'il est administré au début de l'évolution clinique. Rien ne permet d'affirmer que ce médicament a une quelconque utilité en prophylaxie post-exposition", précise l’agence des Nations-Unies.