AA/Sanaa/Mohamad al-Shabiri
L’intérêt porté par les pays du Golfe et particulièrement par l’Arabie Saoudite au dossier yéménite va, chaque jour, grandissant. Les pays du CCG (Conseil de Coopération du Golfe) sont aujourd’hui plus que jamais auparavant conscients de la situation précaire qui prévaut au Yémen et du danger véhiculé par le risque d’une guerre civile dans ce pays pauvre, voisin immédiat du royaume pétrolier des Al-Saoud. Un risque dont l’Arabie Saoudite sera la première à payer les frais.
Conscient de ce danger le royaume saoudien n’a pas caché, dans un récent communiqué de la cour royale, sa volonté de voir le dialogue yéménite se poursuivre à Riyad (capitale saoudienne) sous l’égide du CCG. Le communiqué rapporte que les pays du CCG sont fortement favorables à la tenue d’une réunion jeudi prochain à Riyad qui rassemblera toutes les parties yéménites et visera à faire sortir le pays de la crise.
Selon l’agence de presse saoudienne l’initiative saoudienne répond à une demande exprimée par le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi, dans une lettre envoyée au roi saoudien Salmane ibn Abdel Aziz. Le président yéménite appelle dans sa lettre les pays du CCG à continuer à jouer le rôle constructif qu’ils ont jusque là assuré en tenant une réunion à Riyad rassemblant "les parties yéménites soucieuses de sauver l'unité et la stabilté du pays".
Cependant et étant donnée la complexité du paysage politique au Yémen, l’appel lancé par Hadi et l’enthousiasme affiché par les pays du CCG ne signifient guère que le chemin vers la tenue d’un tel dialogue sera aisé. Des entraves aussi bien internes qu’externes se posent en effet à cette perspective.
Les Houthis qui sont à l’heure actuelle l’acteur le plus puissant sur la scène yéménite et qui entretiennent des relations envenimées avec l’Arabie Saoudite qu’ils accusent d’ingérence dans les affaires internes du Yémen s’opposent à cette perspective.
De son côté l’Arabie Saoudite considère les Houthis comme un «instrument iranien» dont l’objectif est de déstabiliser la région et d’y offrir un accès à Téhéran.
Parmi les autres entraves qui se posent face à la perspective de déplacer la dialogue yéménite à Riyad, il y a la position rigide du Congrès Général du peuple, parti de l’ancien président Ali Abdallah Salah, qui refuse tout déplacement des concertations en dehors de Sanaa même à l’intérieur du Yémen.
Une source de haut niveau ayant assisté, la semaine dernière, à une réunion entre le président Hadi et des chefs des tribus à Aden, a révélé sous couvert de l’anonymat que celui-ci a affirmé que l'ex-président «Salah a dépêché à Téhéran 13 députés de son parti» soulignant que ces députés ont planifié avec les Houthis et des parties iraniennes en vue de faire échouer le dialogue «étant donné que l’aboutissement du dialogue signifie un succès de l’initiative du Golfie et une confirmation du rôle central joué par l’Arabie Saoudite dans une dialogue national yéménite» a précisé Hadi.
Des observateurs estiment que l’Arabie Saoudite saura faire pression sur Salah pour le convaincre de déplacer les concertations yéménites à Riyad. Les observateurs doutent cependant que les Houthis se laisseraient convaincre «dans la mesure où les rebelles chiites se posent en ennemi au Royaume saoudien et ont, à plusieurs reprises, appelé les pays du CCG à ne plus s’immiscer dans les affaires du Yémen sauf, peut être, dans le cas où l’Iran serait lui aussi autorisé à participer au dialogue».
Yassine al-Tamimi auteur et analyste politique yéménite estime que «le déplacement du dialogue à Riyad est l’unique chance pour sauver la transition politique au Yémen», le spécialiste juge en outre, que les autres alternatives sont hautement dangereuses et risquent de faire basculer le pays dans une guerre civile.
Selon al-Tamimi «si les Houthis refusent aussi catégoriquement cette perspective c’est surtout par crainte de perdre leurs acquis sur le terrain» ajoutant que le déplacement, mardi à Riyad de Jamal Benomar, émissaire spécial de l’ONU au Yémen, est un bon signe qui démontre que «les choses commencent à aller de l’avant».
Al-Tamimi relève toutefois que «tant que les Houthis continuent à refuser cette alternative, les chances de voir le dialogue effectivement transféré à Riyad demeurent faibles».
Dheifallah al-Shammi membre du Conseil politique houthi avait réitéré le refus des Houthis de transférer le dialogue à Riyadh considérant que «ce serait comme revenir au point de départ et à l’avant 2011» (en référence à la révolution qui a écarté le régime de Abdallah Salah).
Al-Shammi a souligné dans une brève déclaration à Anadolu: « Le Yémen a franchi toutes les étapes et désormais c’est le peuple qui décide et il est inacceptable de se jeter de nouveau dans les bras des Etats Unis, de l’Arabie saoudite et de ceux qui gravitent autour ».