AA/ Kigali/ Fulgence Niyonagize
La Haute Cour de la République rwandaise a acquitté Anastase Nzirasanaho des charges de génocide pendant la guerre civile, renversant une décision d'un tribunal de première instance qui avait condamné l'ancien sénateur à perpétuité en mars dernier, a appris Anadolu de source judiciaire.
Le juge Charles Gasana a justifié sa décision, mardi soir, par "des incohérences dans les déclarations des témoins et la position du procureur sur ce qui s'est passé il y a 20 ans".
En effet, le procureur soutenait que Nzirasanaho a distribué en 1994 des armes qui ont été utilisées pour tuer des Tutsis dans son secteur natal de Mataba, au nord du Rwanda.
Lors du procès en appel, l’ancien parlementaire a cité six témoins qui ont affirmé que les armes en question avaient été distribuées par un militaire et non par l’homme politique.
"Ils [les témoins, ndlr] disent que l’arme a été prise de Kigali à Mataba (secteur natal de Nzirasanaho) mais les différentes versions d'histoires ne correspondent pas. Par exemple, ils ne disent pas qui a pris l’arme de sa voiture et l'a remise aux milices ", a expliqué le juge Gatwaza.
"Nous nous réjouissons de son acquittement. Il est parmi les rares personnes qui ont pu parler de ce qui s’est passé pendant le génocide. Dieu merci", s’exclame Musengamana Lambert, un rescapé du génocide.
Anastase Nzirasanaho, ingénieur agronome de formation, avait comparu, début 2008 devant une juridiction populaire gacaca (pononcer gatchatcha), des juridictions populaires mises en place pour accélérer le procès de quelques centaines de milliers de personnes accusées de participation au génocide rwandais de 1994.
Le tribunal gacaca l’avait alors classé dans la catégorie des « planificateurs» présumés du génocide. Son dossier avait été ainsi renvoyé devant un tribunal conventionnel car les gacacas n’étaient pas compétentes pour juger les suspects de cette catégorie. Jusqu’à son acquittement en appel par la Haute Cour, Nzirasanaho comparaissait libre depuis le début de son accusation.
D'avril à juillet 1994, une guerre civile opposant le gouvernement rwandais, constitué de Hutus, au Front patriotique rwandais (FPR), accusé par les autorités d'être essentiellement « tutsi » a débouché sur un génocide faisant quelque 800.000 morts et près de deux millions de réfugiés, selon l'ONU.