Mourad Belhaj
16 Août 2020•Mise à jour: 17 Août 2020
AA / Ankara
Plusieurs dirigeants de l'opposition turque se sont insurgés contre le candidat à la présidence des États-Unis, Joe Biden, qui, dans une vidéo récemment diffusée, appelle les États-Unis à tenter de s'immiscer dans la politique interne de la Turquie afin de renverser le président Recep Tayyip Erdogan lors des élections nationales prévues pour 2023.
Faik Oztrak, porte-parole du principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), a critiqué les propos de Biden, en déclarant "Notre démocratie et nos efforts pour la liberté n'ont pas besoin de faveurs impérialistes. L'indépendance est notre spécificité".
Il a assuré que l'opposition mènerait ses actions politiques dans l'intérêt de la nation turque, et non pas dans celui d'acteurs politiques étrangers.
Temel Karamollaoglu, leader du parti de la Félicité (opposition), a rejeté les propos de Biden dans un communiqué écrit et a déclaré que son parti ne laisserait aucun acteur étranger élaborer la politique intérieure de la Turquie.
"Nous avons les connaissances et l'expérience nécessaires pour traiter nous-mêmes les problèmes, quelle que soit leur ampleur", a-t-il déclaré. "La paix mondiale ne sera jamais atteinte si les Etats-Unis ne cessent pas de s'immiscer dans la politique nationale des autres pays", a-t-il déclaré, ajoutant que l'actuel favori dans la course à la présidence des Etats-Unis devrait se concentrer sur les problèmes de son propre pays.
Muharrem Ince, candidat du CHP à la présidentielle turque de 2018, a également critiqué les propos de Joe Biden.
"Comme l'a dit [le fondateur de la République turque Mustafa Kemal] Ataturk : L'INDÉPENDANCE est notre devise ! Changer le gouvernement turc est la responsabilité de la nation turque, pas la vôtre ! @JoeBiden", a-t-il déclaré sur Twitter.
Le leader du Parti de la Démocratie et du Progrès, Ali Babacan, a déclaré que la démocratie turque était portée par sa nation, et que les partis politiques n'avaient pas besoin de soutien extérieur pour remporter un succès électoral.
L'ancien Premier ministre Ahmet Davutoglu, leader du Parti du Futur, s'est également exprimé sur Twitter pour formuler ses critiques et a déclaré que la nation turque était le seul acteur à décider qui allait gouverner le pays et que son parti ne reconnaissait pas d'autre pouvoir que la volonté de la nation turque.
Dans la vidéo enregistrée en décembre dernier, Biden a déclaré au comité de rédaction du New York Times que les États-Unis pourraient soutenir des membres de l'opposition en Turquie afin de changer la tendance politique.
Biden a également laissé entendre qu'il impliquerait les États-Unis directement dans les affaires internes de la Turquie.
"Je suis toujours d'avis que si nous nous impliquions plus directement comme je le faisais avec eux, nous pourrions soutenir les composantes du leadership turc qui existent encore et nous pourrions les encourager à affronter et à vaincre Erdogan. Pas par un coup d'État, mais par le biais du processus électoral", a déclaré Joe Biden.
Ses propos, qui ont été repris dans les médias sociaux, ont suscité des critiques de la part de membres du gouvernement et de l'opposition, les experts politiques remettant en question sa connaissance de l'OTAN en général et de la politique turque en particulier.
*Traduit de l’Anglais par Mourad Belhaj