Nadia Chahed
15 Avril 2017•Mise à jour: 16 Avril 2017
AA/ Istanbul/ Cécile Durmaz
Dimanche 16 avril se tiendra le référendum constitutionnel turc qui déterminera si Oui ou Non la Turquie optera pour un régime présidentiel. Parmi les électeurs figurent de nombreux Français d’origine turque possédant la double nationalité et qui seront donc sollicités aussi bien pour ce référendum turc que pour la présidentielle française dont le premier tour se tiendra le 23 avril 2017.
Si les citoyens turcs qui résident à l’étranger ont eu l’occasion de voter pour le référendum jusqu’à dimanche dernier (09 avril), en Turquie les scrutins se dérouleront ce 16 avril.
Un calendrier électoral chargé pour les citoyens binationaux qui seront amenés à se déplacer trois fois aux urnes, puisque une fois le référendum passé ils devront voter pour la présidentielle française.
Certains Turcs nés et résidents en France, bien que titulaires de la nationalité turque, ont préféré s’abstenir de voter pour un référendum qu’ils reconnaissent néanmoins nécessaire pour l’avenir de la Turquie. L’éloignement et le peu d’implication dans le quotidien turc font qu’ils ne se sentent pas "légitimes" pour faire un choix d’une si grande importance.
Ainsi Sennur qui vit en France explique sa décision de ne pas avoir voté au référendum turc : "Voter est un droit, il faut voter, mais nous qui vivons toute l'année en France nous ne pouvons pas nous permettre de choisir le président ou le référendum pour la Turquie, ou pour un autre pays. Nos parents, qui eux, restent au moins 5 mois en Turquie, peuvent se permettre de voter et de juger la politique du pays. Pour ma part, et pour ceux qui n'y vont pas régulièrement ou seulement 3 à 5 semaines dans l'année ce n'est pas très juste".
"Mes parents ont grandi et travaillé en Turquie, eux c'est légitime qu'ils votent, mais moi, même si je soutiens le président actuel ce n'est pas vraiment mon devoir de citoyen. Personnellement je n'aimerais pas que les français qui sont nés en Turquie et qui vivent là-bas votent pour le futur président français. Qu'apporte-t-on à l'économie de la Turquie ? A part faire monter le tourisme ? Nous ne payons pas d'impôts, nous ne participons en rien à son évolution. Chaque citoyen a le devoir de voter dans le pays où il vit", poursuit encore Sennur.
D'autres aussi bien partisans du « OUI » que de l’opposition, estiment, au contraire, qu'ils se doivent de voter et de participer, ainsi, à un événement politique historique de la Turquie.
Comme pour Fatma qui expose sa vision : « Pour moi la bi-nationalité n'est pas un signe d'appartenance à l'un des pays aux dépends de l'autre. D'un côté on a notre pays d'origine et de l'autre notre pays tout simplement. On a des attachements aussi bien en Turquie qu'en France tant familiaux que culturels. Prendre part au destin des deux pays est important. Il ne faut pas négliger l'un aux dépends de l'autre. Pour moi c'est une marque de respect pour les deux pays ».
Inversement pour les franco-turcs établis en Turquie le point de vue diffère, déjà du fait qu’une majorité ont un statut d’expatrié, que cette immigration inversée, ce retour des turcs de l’Europe, est un phénomène récent.
Pour Mete par exemple, qui vit à Istanbul depuis moins de 2 ans, il est indiscutable qu’il participera aux deux élections. Témoin de la tentative de putsch raté du 15 juillet 2016, il reconnaît la nécessité pour la Turquie d’évoluer et d’apporter des changements à la constitution actuelle.
Pareillement pour la présidentielle française, « J’irai voter aux 2 tours, car même si je vis actuellement en Turquie, je m’intéresse de près à la vie politique française, mes enfants iront sans doute y étudier ou y vivre plus tard. J’ai un devoir en tant que binational et citoyen français vivant en Turquie de donner mon avis sur les conditions de vie en France, de choisir le président du prochain quinquennat. Je compte également voter aux législatives de juin prochain pour élire le député de la 8ème circonscription des Français établis hors de France »