Zuhal Demirci,Mehmet Kara,Tuncay Çakmak
26 Décembre 2017•Mise à jour: 27 Décembre 2017
AA/Ankara
Le soutien, à l’ONU, de certains pays à la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, et l’annonce, par le Guatemala, du transfert de son ambassade à la ville sainte occupée, ont relancé le débat sur les "Républiques bananières".
Depuis les années 1950, les Etats-Unis se servent de certains Etats insulaires d’abord comme bases militaires.
Faisant face à de grandes difficultés économiques et politiques, et souvent concernés par des coups d’état militaires, les pays comme le Guatemala ont souvent été qualifiés de "Républiques bananières".
Lors du vote de l’Assemblée Générale (AG) des Nations Unies d'une résolution s’opposant à la décision américaine de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, 7 pays, en plus d’Israël, ont apporté leur soutien à Washington et ont voté contre la résolution, à la suite de menaces américaines.
Cette situation a, une nouvelle fois, relancé le débat sur les "Républiques bananières".
Ce terme est apparu quand la société américaine "United Fruit Company" a été démasquée pour son rôle joué dans les différents coups d’Etat survenus dans les pays d’Amérique Centrale.
Les pays qui ont voté contre la résolution à l’ONU, le Guatemala, le Honduras, les Îles Marshall, la Micronésie, Nauru, le Togo et Palau, sont connus sur la scène internationale pour leur instabilité politique, leurs difficultés économiques et le caractère chronique des putschs militaires.
La majorité de ces pays sont de petits Etats-îles se trouvant dans le Pacifique, dont le principal partenaire sont les Etats-Unis.
En dehors des revenus du tourisme, ces pays sont totalement liés économiquement aux Etats-Unis, et c’est grâce aux investissements américains qu’ils tiennent debout.
- La majorité des migrants guatémaltèques travaillent aux Etats-Unis
Le Guatemala et le Honduras font partie des pays les plus pauvres d’Amérique Centrale et du Sud. La grande majorité des citoyens de ces pays ayant migré vivent et travaillent aux Etats-Unis.
Depuis l'obtention de son indépendance en 1821, le Guatemala, ancienne colonie espagnole, entretient des relations étroites avec les Etats-Unis tant au niveau commercial que militaire.
Plus de un million de Guatémaltèques ont émigré aux Etats-Unis, un autre facteur qui explique la proximité entre les deux pays.
Pays qui compte 16 millions d’habitants, le Guatemala est peu développé: plus de 12% de sa population vit dans la pauvreté. Les aides financières envoyées par les guatémaltèques qui vivent aux Etats-Unis sont, dans ce sens, une bouffée d’oxygène.
- L’influence politique américaine
L’influence dans ces pays des entreprises américaines qui font le commerce des bananes est encore très forte.
Les documents d’archives de la CIA ont mis en lumière le rôle de United Fruit Company dans le coup d’Etat de 1954 au Guatemala.
L’opération surnommée "PBSUCCESS" avait permis de renverser le Premier ministre de l’époque, Jacob Arbenz, qui avait entrepris une réforme agricole dans son pays. Arbenz avait été remplacé par le pro-américain, Carlos Castillo Armas, soutenu par Washington et la junte militaire.
-Le laboratoire des expériences biologiques des Etats-Unis
Plus de 1300 "femmes de joie", prisonniers et malades mentaux au Guatemala ont été secrètement utilisés par les Etats-Unis pour expérimenter des formules biologiques contre la syphilis.
En 2011, le président Obama avait appelé le président du Guatemala, Alvaro Colom, pour présenter des excuses officielles 70 ans après les faits.
Hilary Clinton, alors Secrétaire d’Etat, avait également fait part de "sa honte" face à ces essais secrets.
-La présence militaire américaine
Les Etats-Unis possèdent des bases militaires dans la majorité des pays qui ont voté contre la résolution sur Jérusalem à l’ONU : soit au Guatemala, au Honduras, sur les Îles Marshall et à Nauru.
Ces pays bénéficient aussi du soutien financier américain dans le domaine militaire.
Avant le vote à l’AG, Donald Trump avait menacé les pays qui voteraient en faveur de la résolution "de couper les aides financières américaines".
Malgré ces menaces, 128 pays ont voté en faveur de la résolution préparée et présentée à l’initiative de la Turquie, alors que seuls 9 pays ont voté contre et 35 se sont abstenus.