AA / Rabat / Mohamed Tahiri
A l’approche de la date des élections municipales au Maroc, le Parti Justice et Développement (PJD) au pouvoir a dit craindre l’utilisation de l’argent de la drogue et l’instrumentalisation des revendications des cultivateurs de cannabis dans le nord du pays pour influencer les électeurs.
Le PJD met en garde, dans un communiqué, contre «l’utilisation de l’argent du trafic de drogue en politique, et pour acheter les voix des électeurs», soulignant que cela «menace l’intégrité et la crédibilité de l’opération électorale».
Le parti d'obédience islamique prévient que «l’argent de la drogue ne peut être utilisé sous aucun prétexte» et dénonce «l’exploitation de l’inégalité des chances et du développement dans les zones rurales du pays, notamment les régions du Rif [nord]».
Il considère que cette question «entrave les efforts de l’Etat pour développer ces régions» et «menace l’avenir politique du Maroc».
Il appelle, dans ce sens, tous les acteurs politiques à «se conformer aux règles de saine émulation politique» et à «faire prévaloir l’intérêt suprême de la Nation».
Selon plusieurs observateurs, cette position du PJD vise les partis de l’opposition al-Istiqlal (nationaliste conservateur) et Authenticité et Modernité (social-démocrate) qui avaient présenté, en décembre 2013, un projet de loi réglementant la culture du cannabis, pour son utilisation à des fins médicinales et empêcher totalement sa transformation à usage stupéfiant et sa vente en tant que drogue». Al-Istiqlal avait également demandé l’amnistie de 40 mille Marocains poursuivis pour culture du cannabis.
Le porte-parole d’al-Istiqlal, Adel Benhamza, a fustigé la position du PJD, estimant qu’il s’agit d’une «manipulation de l’opinion publique».
«Ceux qui refusent de réglementer la culture du cannabis soutiennent, de manière directe ou indirecte, les trafiquants de drogues», a-t-il accusé.
Il a dans ce sens expliqué que «la réglementation de la culture du cannabis portera un coup aux lobbies de la drogue puisqu’elle rendra toute activité de fabrication du cannabis illégale, et barrera ainsi la route à toute instrumentalisation du dossier de la drogue et de l’argent de la drogue à des fins électorales et politiques».
Et de poursuivre : «La culture du cannabis n’est pas nouvelle au Maroc, c’est un phénomène socio-économique ancien et bien ancré, et nous devons admettre que les initiatives lancées par l’Etat dans les régions où se cultive le cannabis n’ont pas donné de résultats, et que l’Etat n’était pas sérieux sur ce dossier ».
Pour le chercheur politique Mohamed Chekir, la relation politique-drogue «n’est pas nouvelle» et son retour au devant de la scène politique est «lié aux échéances électorales» et à la concurrence entre les principaux rivaux politiques.
Les élections municipales marocaines auront lieu le 4 septembre prochain.
Selon le bureau des Nations unies contre la drogue et le crime, le Maroc, l’Espagne et les Pays-Bas ont constitué les principaux points de départ et de transition du cannabis dans le monde au cours de la dernière décennie.
Le bureau indique que le Maroc est le premier pays de la région en termes de surfaces cultivées de cannabis, avec plus de 47 mille hectares cultivés en 2013.
Le ministre de l’Intérieur marocain, Mohamed Hassad, a récemment déclaré que son gouvernement allait réduire de plus d’un tiers les plantations de cannabis, pour passer de 47 mille hectares actuellement à moins de 30 mille hectares dans les plus brefs délais (sans donner de dates).
Des statistiques publiées par le ministère de l’Intérieur révèlent que 90 mille familles marocaines vivent de la culture de cannabis, principalement dans le nord du pays.
Aucunes statistiques officielles ne sont disponibles sur les cas d’addiction à la drogue au Maroc, mais la société civile fait état de plus de 15 mille cas de dépendants aux injections de produits stupéfiants, sur une population totale de 33 millions d’habitants (en 2013).