AA/ Bamako/Moussa Bolly
Anéfis, ville du nord malien qui fait l’objet de duels perpétuels entre groupes armés de l’Azawad et mouvements pro-Bamako se veut au centre d’un enjeu stratégique.
Ce carrefour de tous les dangers, s’accordent à dire plus d’un observateur à Anadolu, constitue un obstacle à la paix au Mali. Ceci étant, La route de la drogue passe par Anéfis, Tabankort, Ménaka, Ansongo (Nord-Mali), selon plusieurs témoignages.
« D’une manière générale, le nord du Mali, à commencer par Anéfis, est un no man’s land. Les chefs de guerre, c’est connu, contrôlent tout ce qui est illicite pour financer et maintenir une troupe qui, en général, n’est porteuse d’aucun idéal, mais veut juste sa pitance quotidienne», affirme à Anadolu Alexis Kalambry, analyste géopolitique et spécialiste de la sécurité dans la bande Sahélo-saharienne,
Pour cet expert malien, «la drogue et le commerce illicite sont parmi les principales causes des récents combats survenus à Anéfis", car, explique-t-il "le Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés «Gatia» (pro gouvernemental, constitué des Imghad, originaires de Anéfis et constituant la majorité des touaregs) ne voulait pas céder le secteur à la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) qui s’adonnait à ce commerce au vu et au su de tous».
«Toute la zone des récents combats est utilisée comme zone de trafic, de transit. La preuve c’est Air Cocaïne (En référence au Boeing 727 qui avait été découvert calciné au Nord-est du Mali, près de Gao novembre 2009), qui est loin d’être un cas isolé», argumente Kalambry.
L'enquête avait établi qu'il s'agissait d'un appareil en provenance du Venezuela acheminant une dizaine de tonnes de cocaïne destinée au marché européen.
Abondant dans le même sens, le chef de la Mission onusienne pour la stabilisation au Mali (Minusma), Mongi Hamdi, a affirmé dans une récente déclaration, qu’il y a « au sein des groupes rebelles armés, certains éléments qui s’intéressent plus à sécuriser les routes de la drogue », d’où la prise « en otage du processus de paix». Un constat confirmé à Anadolu par l’attaché militaire d’une chancellerie occidentale, ayant requis l’anonymat pour des raisons diplomatiques. Ce dernier admet également que «l’un des principaux obstacles à surmonter sur le chemin de la paix au Mali c’est sans doute le trafic de drogue».
C’est que le trajet passant par le nord du Mali offre, dit-il, aux cartels sud-américains «le double avantage d’éviter les contrôles croissants des autorités américaines au large des Caraïbes et de tirer profit de l’instabilité politique et de la corruption qui règnent dans plusieurs États d’Afrique de l’Ouest» en passant par l'océan Atlantique vers le continent noir.
Il précise: « toutes les informations dont nous disposons donnent à lire que le contrôle des routes de la drogue est le principal enjeu de la reprise des hostilités entre la CMA et la Plateforme (mouvements pro-Bamako, ndlr)».
«En quelques années, le nord du Mali est ainsi devenu la nouvelle plaque tournante du trafic de cocaïne vers l’Europe… Sur les 200 à 250 tonnes de cocaïne produites en Colombie, au Pérou, en Bolivie…et destinées au marché européen, on estime aujourd’hui qu’entre 50 et 70 tonnes transitent par l’Afrique de l’ouest», souligne l’Agence française de développement (AFD) dans un récent rapport dont anadolu a pris connaissance
Si le rapport n'établit pas l'implication directes des groupes rebelles dans le transport de la drogue, il avance qu’il est «fort probable qu’ils apportent une complicité militaire au trafic en autorisant la traversée de leur territoire moyennant le prélèvement d’un impôt et en fournissant aux trafiquants une protection militaire monnayée».
«Un groupe armé touchait 300 000 dollars (270 000 euros) par mois, uniquement pour escorter des convois depuis le nord-est du pays jusqu'au Niger», puis vers l'Afrique du Nord et la Méditérrannée à destination de l'Europe, révèle le journal L'Express (France) citant «une source sécuritaire de premier plan».
Selon les dernières estimations de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime datant de mars 2015, au moins 18 tonnes de cocaïne transiteraient chaque année par la région. La valeur estimée de la marchandise écoulée au détail en Europe est de 1,25 milliard de dollars (1,1 milliard d'euros).
Même si les groupes armés en question le nient et se refusent à toute déclaration officielle à ce sujet, l’attaché militaire, interrogé par Anadolu, pense que leur implication est certaine: Le 24 décembre 2014, rappelle-t-il, une patrouille aérienne a repéré et détruit dans la région de Gao (nord) deux convois de drogue roulant à quelques kilomètres l'un de l'autre. Le premier était escorté par des 4x4 aux couleurs de la Coordination des mouvements de l'Azawad ; le second par des véhicules portant les couleurs du Gatia. «Ce jour-là, les deux mouvements ennemis avaient mieux à se taire que de se tirer dessus», ironise-t-il.
Quoi qu'elles n’indexent pas directement les groupes rebelles, les autorités maliennes prennent, plutôt, au sérieux cette menace. En juin dernier, Bamako avait sollicité les Nations unies pour «s’attaquer aux trafiquants de drogue». «Nous ne parviendrons jamais à un règlement définitif de cette crise sans régler le problème de trafic de drogue qui alimente ce conflit», avait, alors, déclaré le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop devant le Conseil de sécurité.
Des observateurs estiment toutefois que Bamako ne doit pas trop compter sur les parties etrangères pour combattre ce trafic.«Notre mission est avant tout de protéger les civils. Nous n'avons pas de mandat spécifique pour lutter contre les trafics»,avait souligné Radhia Achouri, porte-parole de la mission onusienne au Mali, lors d’un point de presse.