AA/Berlin/ Correspondants
Les combattants étrangers qui intègrent les rangs des organisations extrémistes au Moyen-Orient se font de plus en plus nombreux. Le phénomène a pris une dimension internationale et devient au centre du débat dans plusieurs pays. L’intérêt qu’on lui porte a encore grandi depuis que l’organisation de l’Etat Islamique en Irak et au Levant (EIIL) devenu « Etat Islamique » (EI) a gagné en pouvoir et a élargi ses zones de contrôle aussi bien en Irak qu’en Syrie.
Les correspondants de l’Agence Anadolu( AA) présentent ce document qui s’intéresse à l’origine des «combattants étrangers» du Moyen-Orient , à leurs motivations mais aussi aux différentes politiques mises en place par les pays concernés pour contrecarrer ce phénomène et faire face à ses impacts potentiels sur la sécurité .
* Les chrétiens aussi partent combattre au Moyen Orient
«Les combattants étrangers» au Moyen-Orient ont retenu, davantage, l’attention de la communauté internationale depuis qu’ils ont offert au monde entier des scènes d’une violence rare où ils sont les acteurs d’assassinats et d’exactions de toutes sortes qu’ils commettent au nom de l’EIIL.
Au même moment où des étrangers combattent aux côtés des organisations extrémistes islamiques, d’autres éléments armés occidentaux ont rejoint le camp opposé pour combattre ces organisations.
Certains spécialistes du Moyen-Orient affirment en effet que des dizaines de chrétiens ont quitté l’Europe vers la Syrie et l’Irak pour y combattre l’Organisation de l’EIIL.
Selon un rapport réalisé par le centre de recherche «Again for Media», installé en Italie et bénéficiant de l’appui de l’UE, le nombre de chrétiens européens partis combattre aux côté de groupes extrémistes non islamiques dans la région du Moyen-Orient est en hausse.
Le rapport qui emploie l’appellation «combattants étrangers» note que c’est une aberration que de mettre tous les combattants européens sous la bannière des islamistes et des «djihadistes».
Le rapport cite, à ce propos, Johan Kosar, ressortissant de la communauté syriaque chrétienne d’Europe qui veille à l’entrainement des forces syriaques bénévoles en Syrie appelées Sotoro. Le rapport relève que ces forces agissent aux côtés des forces de la protection populaire (Kurdes) relevant du parti l’Union démocratique.
Il souligne, par ailleurs, que des Européens se sont dirigés vers le nord de l’Irak depuis quelques années, pour rejoindre des milices syriaques et leur offrir un entrainement militaire. Parmi eux le rapport cite le policier néerlandais Judy Mikael.
Le journal Suisse “ Sonntag Zeitung” souligne que d’après des sources chrétiennes en Syrie, dix Suisses au moins, ont rejoint durant la dernière période, les rangs du conseil militaire syriaque dans le nord de la Syrie.
Le journal relève, par ailleurs, qu’un citoyen suisse nommé Johan Kosar offrait un entrainement militaire à des milices du conseil militaire syriaque. Kosar a 31 ans et qu’il a fait partie de l’armée Suisse pendant cinq ans. Le journal publie, en outre, une déclaration de Kosar où il affirme qu’il compte protéger la communauté chrétienne dans la région et qu’il était prêt à mourir pour cet objectif.
Gerges Hanna, 42 ans, déclare au même journal qu’il a combattu en Irak l’année passée ajoutant : «Nous devons protéger la région des assauts et de la menace de l’EI et appuyer le nouveau gouvernement ». le conseil militaire syriaque a collecté, durant les deux dernières années, des dons d’environ 165 milles euros,toujour selon le journal suisse.
Le nombre de combattants chrétiens en Irak et en Syrie avoisine, d’après « Krone », un autre journal autrichien.
Dans un entretien avec le correspondant de l’Agence Anadolu ( AA) , Sergio Bianchi, expert spécialiste du Moyen-Orient et président de l’ONG «Again for center » déclare que certains Européens partent pour l’Irak et la Syrie convaincus que les minorités religieuses et ethniques de la région sont persécutées. Bianchi note que plusieurs chrétiens des pays d’Europe de l’ouest, principalement, la Suède, l’Allemagne, la Hollande et la Suisse ont rejoint les zones de conflit en Irak et en Syrie pour le combat.
Bianchi relève, en outre, que la majorité des combattants qui vont en Syrie sont des chrétiens syriaques ou des kurdes ajoutant que « prendre la décision de quitter le confort de l’Occident pour une zone de conflit n’est pas une affaire facile ».
S’attardant sur le cas du suisse Johan Kosar, l’expert note qu’il s’agit d’un ancien militaire qui parti dans le nord de la Syrie le 6 juin dernier pour y entrainer des ressortissants européens aux règles du combat. Il précise que Johan n’est autre que le fils de Said Kosar, responsable des relations extérieures chez les Syriaques d’Europe.
« Au début l’objectif de Kosar consistait à distribuer des publications, sur place et vue sa qualité d’ancien militaire il a pris part à la guerre et est devenu l’un des chefs du conseil militaire syriaque » précise Bianchi.
Il ajoute que Kosar vit, actuellement, dans la ville de Qamishli située au nord -ouest de la Syrie pas loin des frontières turques. Kosar est accompagné d’un groupe d’environ 30 à 40 personnes de différents pays qui sillonnent la région sans se fixer.
L’expert italien note que le renforcement de la sécurité dans certaines régions du nord de la Syrie est l’œuvre de forces de sécurité qui se font appeler « Sotoro » composées par des kurdes et des chrétiens. Il précise « ces forces ont tissé des relations avec certaines forces de l’opposition syrienne et ont participé au combat contre l’organisation de l’Etat Islamique».
Bianchi relève, en outre, que les combattants européens qui partent dans la région de conflit au Moyen-Orient font, pour la plupart, partie des communautés syriaques en Europe et ont, de ce fait, un réseau solide de relations qui facilitent leur départ. Les associations syriaques d’Europe s’opposent totalement à ces départs, ajoute-t-il encore.
Sergio Bianchi souligne que des Européens de différentes nationalités rejoignaient les zones de conflit au Moyen-Orient et surtout en Syrie. Face çà cette tendance, ajoute l’expert, les pays européens ont de grandes appréhensions notamment par rapport au retour éventuel des combattants et des dangers qu’ils peuvent véhiculer.
Bianchi pense que la politique européenne vis-à-vis des combattants européens au Moyen-Orient peut constituer un danger éventuel pour la sécurité européenne d’autant que les motivations des combattants sont diverses.
Il rappelle, dans ce même ordre d’idées, que contrairement à la position dénonciatrice qu’ils observent, aujourd’hui, vis-à-vis du départ de combattants européens vers le Moyen-Orient, les pays européens n’ont vu aucune menace lorsque des centaines de juifs européens sont partis combattre dans les rangs de l’armée israélienne dans la région du Moyen-Orient.
Il ajoute qu’il est injuste d’incriminer une génération entière de jeunes en les considérant comme des terroristes potentiels notant qu’il a discuté avec un grand nombre de ces jeunes qui ont participé aux combats en Syrie et ne pense guère qu’ils véhiculent un danger qui menace la sécurité européenne.