AA/Bujumbura/Rénovat Ndabashinze-Jean Bosco
Au lendemain du Sommet de l'Union Africaine (UA) en Afrqiue du Sud, qui s'est notamment penché sur la crise au Burundi, l'opposition burundaise se dit, majoritairement, déçue par les recommandations du Sommet qui serait "passé outre la principale cause de la crise à savoir le troisième mandat".
A l’issue de sa réunion, dimanche à Johannesburg, le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine (UA) a fermement recommandé l’envoi d'experts militaires et en droits de l’Homme au Burundi sans évoquer la question de la candidature à un "troisième mandat" de Pierre Nkurunziza pour la présidentielle du 29 juin courant.
Position d'autant plus surprenante, jugent certaines parties de l'opposition burundaises contactées par Anadolu, que la Charte africaine de la démocratie établie en 2007 consacre le principe de limitation des mandats présidentiels.
Joint par Anadolu, François Nyamoya, secrétaire général du parti de l'opposition Mouvement pour la solidarité et le développement (MSD) a déclaré: "Bien que nous soyons satisfaits des recommandations du Sommet de l’UA sur la crise burundaise, nous regrettons qu'il ne se soit pas prononcé sur la question du troisième mandat" ajoutant: " Je crois, toutefois, que la Communauté tant nationale qu'internationale se sont déjà déclarées contre ce mandat anticonstitutionnel".
Toujours selon Nyamoya, "l'institution d'un dialogue transparent et sincère est incontournable pour asseoir les conditions favorables à la tenue d'élections libres, inclusives, apaisées et démocratiques".
Pacifique Nininahazwe, président de l'ONG Forum pour la conscience et le développement (Focode) et membre de la campagne ‘’Halte au 3è mandat’’ dit, dans une déclaration à Anadolu, ne pas être surpris par les recommandations du Sommet de l’UA, sur la crise burundaise. "Nous ne nous attendions pas à grand-chose. Ils ne veulent pas évoquer la question essentielle, celle du 3è mandat de Nkurunziza, qui est à la base de la crise" relève-t-il ajoutant qu’"aucun président africain ne dira jamais à son homologue que l’heure du départ a sonné".
Nininahazwe affirme, par ailleurs, que les organisations mobilisées dans la campagne "Halte au 3è mandat" demeurent déterminées à aller jusqu’au bout et que les manifestations continueront sous plusieurs formes.
Joint par Anadolu, Jean de Dieu Mutabazi, président de la Coalition des partis pour une opposition participative (Copa) -proche du pouvoir- a pour sa part relevé qu’aucun pays ne peut et n'a le droit de s’ingérer dans la Constitution d’un autre pays rappelant que "le Burundi est un pays indépendant, souverain " et que "la question du 3è mandat du président Nkurunziza n’est plus un problème pour être évoqué à l'occasion du Sommet de l’Union Africaine (UA)".
Jérémie Minani,un des leaders de l’opposition burundaise engagé dans la dénonciation du 3ème mandat a cependant déclaré à Anadolu: "Nous nous félicitons de la résolution que vient de prendre le Conseil de Paix et de Sécurité de l'Union Africaine. Car avec cette résolution, le Conseil vient d'envoyer un message fort à Pierre Nkurunziza signifiant que le forcing électoral, le massacre des manifestants et la terreur des Imbonerakure (jeunes partisans du pouvoir) sont inacceptables».
Le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine a, en effet, exprimé dans un communiqué diffusé sur son site web et dont Anadolu a pris connaissance "sa profonde préoccupation face à l’impasse persistante au Burundi, malgré les efforts soutenus déployés par la CAE (Communauté d’Afrique de l’Est), la CIRGL (Conférence internationale pour la région des grands lacs), l’UA (l’Union Africaine) et les Nations unies, avec le soutien des partenaires bilatéraux et multilatéraux".
D'après le même communiqué "la présente situation au Burundi pourrait remettre en cause les acquis importants enregistrés à la suite de la signature de l’Accord d’Arusha (2000) pour la paix et la réconciliation au Burundi et de l’Accord global de cessez-le-feu de 2003 et affecter la stabilité de la région".
Le Conseil de sécurité de l'UA réitère, en outre, la ferme condamnation par l’UA de tous les actes de violence et autres atteintes aux droits humains.
Le Conseil a en outre ecommandé " le déploiement d’experts militaires de l’UA, provenant tant de la région que d’autres régions du continent, pour vérifier, en collaboration avec le gouvernement et les autres acteurs concernés, le processus de désarmement des milices et autres groupes armés. Ce groupe d’experts, dont l’effectif sera déterminé par la Présidente de la Commission, en consultation avec la région, soumettra des rapports réguliers sur la mise en œuvre du processus de désarmement" précise le communiqué.
Il insiste aussi sur le fait que «la date des élections devra être fixée par consensus entre les parties burundaises, dans l’esprit du communiqué de la CAE du 31 mai 2015 demandant un report des élections sur la base d’une évaluation technique conduite par les Nations unies».