Politique

Les tensions irano-israéliennes seront-elles incontrôlables ? (Analyse)

- Le conflit entre l'Iran et Israël va crescendo, avec toutefois un souci réciproque des deux parties de ne pas s'enliser dans un affrontement global ouvert à toutes les éventualités

Fatma Bendhaou   | 16.04.2021
Les tensions irano-israéliennes seront-elles incontrôlables ? (Analyse)

Istanbul


AA / Istanbul / Ihsen Fékih
L’aire géographique du conflit israélo-iranien est passée des raids aériens et des activités d’espionnage au sol à cibler mutuellement les navires commerciaux ou d’autres navires susceptibles d’assurer des missions sécuritaires ou militaires en Mer rouge et dans l’est de la Méditerranée.
Il se dégage de la majorité des déclarations faites par les responsables des deux pays que les dégâts générés par les attaques lancées contre les navires sont généralement limités et n’affectent pas les capacités iraniennes.

Attaques et accusations
Israël a attaqué, depuis 2019, des navires commerciaux iraniens qui transportaient généralement du pétrole à destination de la Syrie et du Venezuela, dans une tentative de Téhéran de contourner les sanctions imposées par l’Administration de l’ancien président américain Donald Trump en mai 2018.
Les deux pays s’accusent mutuellement de cibler les navires commerciaux par des charges explosives ou des mines sous-marines.
Téhéran avait officiellement démenti, en date du 26 février, les accusations adressées par Tel-Aviv aux unités marines relevant des Gardiens de la Révolution iranienne d’avoir perpétré une attaque contre un cargo israélien battant pavillon des Bahamas dans le Golfe d’Oman.
Un autre navire israélien a été la cible d’un raid par missiles dans le Golfe d’Oman, à la fin du mois de mars dernier. Cette attaque a causé des dégâts indéterminés et le navire a quitté la zone quelques heures seulement après le raid.
L’année 2019 a été émaillée par une série d’attaques contre les pétroliers dans le Golfe arabe et en Mer Rouge près du détroit de Bab el-Mandeb.
Des navires iraniens et d’autres israéliens ont été la cible d’attaques par missiles et d’explosions subies par des mines sous-marines ainsi que d’autres incidents au cours des années écoulées.
Une mine sous-marine a causé des dégâts dans un cargo israélien, au mois de février dernier, dans le Golfe d'Oman, qui a été le théâtre également d'une attaque par missiles, le 25 mars écoulé, lancée contre un deuxième cargo israélien.
En signe de représailles, Tel-Aviv a ciblé un cargo iranien qui transportait du pétrole vers la Syrie, au mois de mars, par une attaque par missiles au large de la Méditerranée.
Le journal américain « The Wall Street Journal » a indiqué que pas moins de 12 navires chargés de pétrole iranien, d’armes et de munitions qui étaient acheminés vers la Syrie ont été la cible d'attaques par missiles, par des mines sous-marines explosives ou encore d'attaques électroniques.
Au cours des trois dernières années, Israël a perpétré en Syrie des centaines de raids aériens et d'attaques par missiles contre des sites, des entrepôts d'armes sophistiquées et de munitions et des camps des Gardiens de la révolution iranienne, des forces du régime syrien et des groupes armés qui lui sont liés, en particulier le Hezbollah libanais.
L'Iran ou ses forces alliées n'ont pas réagi aux frappes israéliennes perpétrées à l'intérieur des Territoires occupés ou au niveau des frontières, à l'exception de quelques opérations limitées exécutées par le Mouvement Hamas et qui ont été suspendues, après l'assassinat du chef de la Force iranienne d’al-Qods, Qassem Soleimani, au début de l'année 2020, dans un raid aérien américain lancé à proximité de l'aéroport international de Bagdad.


Cibler les capacités nucléaires de l'Iran
Depuis l'arrivée de la nouvelle Administration américaine, présidée par Joe Biden, au mois de janvier dernier, les Etats-Unis d'Amérique ont adopté une politique de désescalade avec l'Iran, privilégiant d'œuvrer à réintégrer l'Accord nucléaire, conclu en 2015 avec Téhéran. Washington s’était retiré dudit Accord, en mai 2018, sur injonctions de l'ancien président Donald Trump.
Israël s’oppose au retour de Washington à l'Accord nucléaire, contrairement à l'Administration américaine qui aspire à élaborer une autre version de l'Accord qui se pencherait sur le développement par l'Iran de ses missiles.
L'Iran fait assumer à Israël la responsabilité des attaques que subissent ses navires, ses sites nucléaires ou encore la responsabilité de l'assassinat de ses scientifiques dans le domaine nucléaire, tel que Mohsen Fakhrizadeh, éliminé le 27 novembre 2020 par les services de renseignement israéliens (Le Mossad) sur le sol iranien.
Fakhrizadeh est considéré comme un des principaux fondateurs du programme nucléaire militaire iranien au cours des deux décennies écoulées.
Des médias iraniens ont rapporté que le pays a subi, au cours des 10 dernières années, des attaques contre des sites et des objectifs liés à son programme nucléaire, attaques que fait assumer Téhéran aux services de renseignement israéliens ou américains.
L'Iran avait accusé le 12 avril courant Israël d'actes de destruction contre le site nucléaire de Natanz qui avait subi auparavant "un incident", rendu public par l'Iran le 2 août 2020.
Le 11 avril courant, le site de Natanz a été le théâtre d'un nouvel incident, au lendemain de l'inauguration par le président iranien, Hassan Rohani, des installations des nouvelles centrifugeuses dans le site, au cours d'une cérémonie retransmise en direct.
Le porte-parole de l’Organisation iranienne de l’Energie nucléaire, Behrouz Kamalvandi, a qualifié l’accident de Natanz de « petite explosion » qui a provoqué des dégâts qui peuvent être réparés « rapidement ».
De son côté, le journal « The New York Times » a rapporté, citant des responsables des services de renseignement américains et israéliens, que Tel-Aviv a joué un rôle dans l'incident qui a ciblé l'installation nucléaire de Natanz.
« Une forte explosion aurait complètement détruit le système d’alimentation électrique qui assure l’approvisionnement des équipements des centrifugeuses pour enrichir l'uranium », a précisé le journal.
Pour sa part, le président de l'Organisation de l'Energie nucléaire iranienne, Ali Akbar Salehi, a indiqué que ce qui s'est passé relève du « terrorisme nucléaire », appelant l’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) à prendre les mesures appropriées, et affirmant que l'Iran s'arroge le droit de réagir.
En réaction à cet incident, Kamalvandi a affirmé que « l'opération d'enrichissement de l'uranium à hauteur de 60% commencera le 13 avril dans le complexe nucléaire de la ville de Natanz, dont les installations électriques ont subi l’avant-veille une destruction terroriste provoquant la panne de plusieurs centrifugeuses ».
Cet incident a été qualifié par le gouvernement français de « dangereux développement que nous condamnons et qui nécessite une réaction coordonnée » de la part de la France, de l’Allemagne, du Royaume-Uni avec les Etats-Unis, les Russes et les Américains, précisant que cette coordination « existe ».


Retour à l’Accord nucléaire
Une attaque imputée à Israël a endommagé un cargo iranien appelé « Saviz », qui œuvre comme une base flottante des forces navales des Gardiens de la Révolution au large des côtes yéménites.
L'attaque contre le navire est intervenue au moment où l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni, la Russie et la Chine négocient un retour à l'Accord nucléaire, en présence d'une délégation américaine que Téhéran n'a pas autorisée à prendre part aux négociations.
L’Iran a multiplié, depuis le début de l'année présente, ses activités nucléaires, notamment l'accroissement du taux de d'enrichissement de l'uranium au-delà de la proportion autorisée par l'Accord de 2015, tout en interdisant aux inspecteurs de l'Agence International de l’Energie Atomique d'accéder aux sites sensibles.
L'Administration américaine a annoncé sa disposition à se rétracter de la décision de la précédente Administration et de réintégrer l'Accord de 2015, signé par les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Russie, la Chine en plus de l'Allemagne, pour garantir le non-développement par l'Iran d'un programme nucléaire militaire.
Toutefois, l'Administration Biden exige de l'Iran, en premier lieu, de respecter l'Accord nucléaire, chose que rejette Téhéran qui réclame, au préalable, des Etats-Unis la levée totale des sanctions qui lui ont été infligées.
La dernière escalade entre l'Iran et Israël coïncide avec la visite, la première du genre, effectuée par le Secrétaire américain à la Défense Lloyd Austin, à Tel-Aviv, où il a rencontré les hauts dirigeants israéliens.
Sans évoquer de manière franche les menaces iraniennes qui pèsent sur la sécurité israélienne, Austin a affirmé à son homologue israélien, Benny Gantz, l'engagement de l'Administration américaine à continuer à œuvrer à garantir la supériorité militaire qualitative d'Israël dans la région et de renforcer sa sécurité et sa stabilité.
De nombreux pays du monde craignent un accroissement des tensions régionales au Moyen-Orient, à travers les attaques mutuelles entre l'Iran et Israël, et appréhendent que ces tensions ne redeviennent hors de tout contrôle.
Le conflit israélo-iranien va crescendo, à travers notamment les attaques mutuelles par missiles, par les mines sous-marines, et à travers les attaques électroniques, avec toutefois un souci réciproque des deux parties de ne pas s'enliser dans un affrontement global ouvert à toutes les éventualités.

*Traduit de l'arabe par Hatem Kattou

Seulement une partie des dépêches, que l'Agence Anadolu diffuse à ses abonnés via le Système de Diffusion interne (HAS), est diffusée sur le site de l'AA, de manière résumée. Contactez-nous s'il vous plaît pour vous abonner.
A Lire Aussi
Bu haberi paylaşın