Bilal Müftüoğlu
08 Février 2017•Mise à jour: 09 Février 2017
AA - Paris - Bilal Muftuoglu
La Turquie reste ancrée à l'Union européenne (UE) et "ne change pas d'alliance", malgré son rapprochement avec la Russie sur le dossier syrien, a déclaré, mercredi, Ismail Hakki Musa, ambassadeur de Turquie en France.
Invité de la Commission des Affaires étrangères du Sénat, l'ambassadeur turc est revenu sur la politique étrangère turque ainsi que la situation sécuritaire et politique dans son pays depuis la tentative du coup d'Etat du 15 juillet mais aussi de la coopération entre la Turquie et la Russie sur la résolution du conflit syrien.
Cette rencontre avec les sénateurs, première depuis l'entrée en fonction de l'ambassadeur à Paris, part d'un constat "très simple", a relevé Musa, notamment celui du "malentendu dû pour une large part à un manque d'information" en France sur la Turquie. Un malentendu qui ne serait pas "conforme à l'acquis historique" au vu des relations entre les deux pays, a-t-il renchéri.
Interrogé très particulièrement sur la politique étrangère de la Turquie, l'ambassadeur a refusé les allégations d'une "volte-face", soulignant que le pays n'a aucune intention de changer d'axe.
"La démarche européenne de notre pays reste et restera une priorité stratégique de notre pays quelles que soient les difficultés conjoncturelles", a ainsi martelé Musa.
S'agissant plus particulièrement des relations avec la Russie, l'ambassadeur a précisé qu'il ne s'agit pas d'une "nouvelle alliance" au détriment des relations entre la Turquie et l'Occident. "Nous sommes dans cette région avec les Russes, c'est un pays important de la région", a-t-il ainsi noté, évoquant les relations entre les deux pays qui remontent à plusieurs siècles et l'important volume commercial bilatéral.
La Turquie reste par ailleurs "membre à part entière de l'OTAN" et engage depuis la début de la crise, comme un bon nombre des pays occidentaux, des pourparlers avec la Russie et l'Iran, a tenu à rappeler Musa.
"Ce n'est pas une nouveauté de lancer des pourparlers avec ces pays", a-t-il poursuivi.
- Le contexte post-15 juillet en Turquie
Décrivant en outre l'atmosphère qui règne en Turquie depuis la tentative de coup d'Etat, Musa a fait part du "traumatisme" que cela a engendré non seulement au sein de la population, mais aussi dans les instances étatiques.
"Une partie de nos forces armées s'est accaparé d'une bonne partie de la logistique qui devait être au service de la Nation pour attaquer le Parlement du pays, les enceintes du palais présidentiel et les quartiers généraux des forces de sécurité", a rappelé le diplomate, évoquant encore 248 citoyens assassinés et 2200 blessés la nuit même du 15 juillet.
L'Etat turc a dû par la suite prendre des mesures "qui peuvent paraître dures, difficiles à comprendre", tout en écartant les personnes impliquées dans le coup d'Etat, par le biais de l'organisation terroriste FETO.
"Les mécanismes de l'Etat surveillaient ces gens avec précaution mais il n'y avait pas de preuve pour les qualifier de terroriste, mais dans la nuit du 15 juillet cela est devenu clair", a-t-il poursuivi.