AA/Nice/Feïza Ben Mohamed
Les élections législatives qui se sont tenues les 12 et 19 juin courant placent la France dans une situation inédite mais surtout inquiétante pour l’Exécutif.
Après avoir échoué à obtenir une majorité absolue à l’Assemblée nationale, le Président Emmanuel Macron est désormais confronté à une configuration particulièrement inconfortable.
Lui qui se voulait être le président des réformes, pourrait ainsi rencontrer les plus grandes difficultés à faire adopter les textes de lois qu’il souhaite mettre en application pour le pays.
C’est la première fois, depuis François Mitterrand en 1988, que la France est confrontée à une telle architecture en matière législative. Le président avait à l’époque été forcé de nouer des alliances de circonstance avec communistes et centristes pour réussir à gouverner.
- Vers des alliances d’opportunité
L’option la moins contraignante choisie par Emmanuel Macron est naturellement celle de la mise en œuvre d’une « majorité d’action » largement évoquée par plusieurs figures du gouvernement depuis dimanche.
Et pour cause, le chef de l’Etat mène, depuis mardi, des consultations auprès de tous les chefs de partis pour tenter de trouver une issue à l’impasse politique dans laquelle il se trouve.
Ces discussions avec l’opposition visent principalement à nouer des alliances d’opportunité, afin de faire adopter les textes proposés par la majorité présidentielle.
« Nous travaillerons dès demain à construire une majorité d’action, il n’y a pas d’alternative à ce rassemblement pour garantir à notre pays la stabilité et continuer les réformes nécessaires », plaidait dès dimanche soir la Première ministre, Elisabeth Borne, en conférence de presse depuis Matignon.
Concédant que « jamais l’Assemblée nationale n’a connu une telle configuration sous la Ve République », elle a par ailleurs estimé que « les sensibilités multiples devront être associées et les bons compromis bâtis afin d’agir au service de la France ».
L’ancien ministre de la Santé et actuel ministre en charge des Relations avec le Parlement, Olivier Véran, s’est quant à lui avancé, en affirmant que « d’autres groupes (…) permettront d’obtenir le quota de voix suffisant pour présenter les réformes et faire adopter les textes ».
Il admet néanmoins que « la tâche sera plus difficile qu’avec 350 députés » dont disposait le parti présidentiel durant la précédente mandature.
- La dissolution de l’Assemblée nationale pour rabattre les cartes ?
Au-delà des alliances qui pourraient être nouées avec l’opposition de manière ponctuelle pour faire passer les principaux textes voulus par l’Exécutif, une autre option s’offre au chef de l’Etat : celle de la dissolution de l’Assemblée nationale.
Selon un proche conseiller d’Emmanuel Macron, cité par le journal Le Monde, ce dernier n’aurait d’autre choix que de « dissoudre l’Assemblée nationale dans un an » face à « un Parlement inutile et ingouvernable ».
Pour Emmanuelle Mignon, ancienne directrice de cabinet de Nicolas Sarkozy, la menace d’une dissolution « joue dans le rapport de force en faveur d’Emmanuel Macron » en exerçant « un chantage » dans la mesure où « aucun parlementaire n’a envie d’être dissous ».
À l’antenne de BFMTV, elle expliquait mardi que « cet instrument va lui permettre de gouverner » malgré « des conditions difficiles ».
« Constitutionnellement, il pourrait dissoudre dans les jours qui viennent, mais politiquement, ce serait très dangereux », estime pour sa part Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel à l’université Panthéon-Sorbonne cité par le quotidien Sud-Ouest.
Une position partagée par le politologue Pascal Perrineau, dont le propos est relayé par la même source, et qui considère, que le déclenchement de l’article 12 de la constitution qui permet la dissolution du Parlement « serait même un suicide politique compte tenu de l’antimacronisme qu’il y a dans le pays ».
- Les précédents historiques
Si la volonté d’Emmanuel Macron, d’exercer un pouvoir jupitérien est ébranlée par les résultats de ces élections législatives, des précédents ont déjà marqué l’histoire de la Vème République.
En 1988, le Président François Mitterrand s’était retrouvé dans une situation similaire mais avec 275 sièges, soit seulement 14 de moins que la majorité absolue, ce qui lui a permis, de lier des alliances pour faire passer ses textes de lois.
Cette situation a duré jusqu’en 1991 et le Premier ministre de l’époque, Michel Rocard, avait dû user de l’article 49-3 à 28 reprises pour faire adopter certains textes et réformes.
Mais la France a connu un autre événement marquant en 1997, avec la dissolution par Jacques Chirac, de l’Assemblée nationale, pour renforcer son pouvoir alors-même qu’il disposait déjà de la majorité au Palais Bourbon.
Mais le plan du chef de l’Etat ne s’est pas déroulé comme il l’avait imaginé, le conduisant à une cohabitation après un plébiscite de la gauche dans les urnes.
Reste désormais à savoir l’option qui sera choisie par Emmanuel Macron pour aborder cette nouvelle configuration parlementaire dans les meilleures conditions.
Le chef de l’Etat est pleinement mobilisé pour tenter de trouver une sortie de crise et a entamé des consultations nourries, auprès de l’opposition mais également avec ses principaux soutiens dont son ancien Premier ministre Édouard Philippe, qu’il a reçu mercredi à l’Élysée.
Dans une allocution télévision au terme de cette séquence de négociations, il a donc fini par concéder que « la plupart des dirigeants » qu’il a reçu « ont exclu l’hypothèse d’un gouvernement d'union nationale » et s’est dit prêt à « gouverner autrement ».
Emmanuel Macron a également estimé que « les législatives ont fait de la majorité présidentielle la première force politique » tout en concluant qu’aucune « force ne peut aujourd'hui faire les lois seule ».
« Je ne peux pas davantage ignorer les fractures, les divisions profondes dans notre pays, et qui s’expriment dans notre Assemblée », a-t-il notamment déclaré.
Une semaine avant, il exhortait les Français, depuis l’aéroport d’Orly en partance pour la Moldavie, à lui donner une majorité solide pour gouverner.
Son message n’aura donc pas été entendu par les électeurs, dont plus de 52% se sont abstenus, le conduisant droit dans une impasse politique sans précédent.
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