AA/Congo Brazzaville/Marien Nzikou-Massala
Si la communauté musulmane du Congo Brazzaville a accepté la décision gouvernementale d’interdire le Niqab dans les milieux publics «c’est parce qu’elle tient avant tout à la sécurité du peuple», a expliqué le président du Conseil Supérieur Islamique du Congo, El Hadj Djibril Habdoulaye Bopaka dans un entretien avec Anadolu.
« Quand nous avons été reçus par le ministre de l’intérieur, Zéphirin Mboulou, le 23 avril dernier, pour échanger sur des questions de sécurité, ce dernier nous a justifié les raisons de la mesure gouvernementale par le fait que dans les milieux publics, certains malfrats se faisaient passer pour des musulmanes en Niqab afin de commettre leurs méfaits en toute discrétion», a indiqué le président.
« Nous avons donc accepté cette mesure parce que nous aussi nous tenons à la sécurité de notre pays et de nos concitoyens. Si on avait interdit aux musulmans d’aller prier dans les mosquées, de construire des mosquées, de lire le coran ou encore la formation des jeunes musulmans, nous n’aurions évidemment pas réagit de la même manière », a-t-il assuré.
Pour le président du Conseil Islamique, « lorsqu’on est dans un pays laïc il y’a des moments où il faut savoir faire la part des choses et cela, en toute responsabilité. »
« Le Congo est un pays indépendant où l’islam existe depuis des siècles. Il n y a aucun problème entre les musulmans et le reste de la population. Mais pour éviter que notre communauté soit salie par le comportement de non-musulmans qui se font passer pour tels afin de nuir aux autres nous avons fait le choix de la transparence et de la collaboration »,a-t-il justifié estimant par la même qu’ « accepter cette décision, ne signifier pas marcher contre le Coran ».
"En prenant cette mesure, le gouvernement congolais n’a pas porté atteinte aux musulmans" a-t-il d'ailleurs assuré.
"Il n’a pas interdit le port du voile à visage découvert mais uniquement le port du Niqab dans les milieux publics tel que les marchés, les rues, parce que c’est là où il y a des risques que des membres de Boko Haram par exemple s'infiltrent », rappelle-t-il.
Pour faire adopter cette nouvelle mesure auprès des musulmans, le Président a demandé un délai de 15 jours au ministre de l'intérieur afin que l'information circule et soit acceptée à travers tout le pays.
"Après l'audience avec le ministre, j'ai réuni tous les imams de Brazzaville afin de leur relayer les informations en ma possession. Ils ont eu pour mission de faire de même au sein de leurs mosquées respectives. D'expliquer l'importance de cette mesure, de sensibiliser la communauté et de relever les comportements positifs, comme négatifs, qui découlent de cette annonce".
Mais si la communauté musulmane congolaise a décidé de collaborer sans rechigner, elle attend dans le même temps que les autorités évitent tout dérapages liés à cette situation, alerte le président.
« Nous avons lancé un appel aux services de sécurité du pays pour éviter des dérapages car nous étions clairs avec le ministre de l’intérieur. Il ne s'agit pas de faire une chasse aux sorcières et d'arrêter des femmes musulmanes dès lors qu'elles portent un voile même à visage découvert. D'ailleurs toutes les musulmanes sont appelées à nous informer au cas où elles constateraient ce genre de dérapages et nous saisirons automatiquement les autorités policières» a-t-il assuré.
Au Congo Brazzaville, les musulmans sont environ 800 mille (soit 5,8% de la population totale), et il existe 237 mosquées à travers le pays.