AA/Conakry/Boussouriou Bah
Face au danger véhiculé par Ebola, les Imams-laveurs de corps en Guinée, font primer le devoir religieux et assurent, généreusement, les rituels de lavage de corps, même ceux des victimes d’Ebola.
En effet, "dans chaque mosquée des zones épidémiologiques en Guinée, on trouve un homme et une femme qui se chargent de laver les corps des personnes décédées des suites d’Ebola’’, explique à Anadolu, Elhadj Camara Ibrahima Ham, lui-même Imam-laveur de corps à Conackry.
« Durant la première période du déclenchement de l’épidémie (en 2013), il y a eu beaucoup de rumeurs qui circulaient sur les corps des personnes décédées de la maladie et on racontait, même, que certains présentaient des mutilations. Il a fallu l’implication des notables des villages pour faire face à ces rumeurs. Nous, Imams, nous jouons un peu aux intermédiaires entre Croix Rouge et les populations", a-t-il ajouté.
Selon lui, il s'agit d'un devoir religieux et civique à accomplir tout en acceptant les risques qui s'y rattachent, "Nous agissons comme le recommande l’islam. S’il y a un mort et que son corps se décompose, on ne pourra pas le laver. Ceux qui sont morts et dont on retouve les corps après 5 jours, ne peuvent, certes, pas être lavés, dans de tels cas, on arrose le corps avec de l’eau sans le toucher. Etant donné que nous ne pouvons pas le faire sans risquer d'être contaminé", "on est, d'ailleurs, obligé de travailler avec la croix rouge", ajoute t-il, soulignant "que pour atténuer la douleur des proches les Imams lavent les corps en leur présence".
"Les agents de la Croix rouge se chargent du transport des corps mais au moment du lavage ils rejoignent les fidèles présents afin de les rassurer et d'atténuer leurs craintes ainsi que leur douleur ", ajoute Camara Ibrahima expliquant qu'"après le lavage du corps, on l’enveloppe méthodiquement, si c’est un musulman, on fait la prière avec la famille et les fidèles comme de coutume avant de l’enterrer’’.
Outre les rituels de lavage et d'enterremment, les imams guinéens jouent un rôle de sensibilisation: ‘’Nous allons dans les différentes zones épidémiologiques pour sensibiliser les gens et former des imams-laveurs sur les précautions à prendre et leur dire, notamment, qu'il suffit de mettre du chlore dans l’eau pour laver, en contournant les risques, les corps des victimes d’Ebola’’.
Le directeur général du Fond national de la Zakat (aumône), Mohamed Lamine Diallo, a, de son côté, confié à Anadolu qu’un comité vient d’être mis en place par le secrétariat général des Affaires religieuses pour aller à Forécariah (Basse-Guinée), un foyer d'Ebola, rencontrer plus de 484 imams, laveurs de corps dans le cadre d’une campagne de sensibilisation.