AA - Paris - Bilal Muftuoglu
Le triomphe de la droite, et de Nicolas Sarkozy, président de l'Union pour un mouvement populaire (UMP - opposition) aux élections départementales en France, est ''davantage une défaite de la gauche qu’une victoire de la droite'', ont estimé des experts ayant commenté les résultats des élections du 29 mars pour Anadolu.
''Après les élections municipales et les élections européennes, la gauche est lourdement sanctionnée par les urnes'', a relevé le directeur du Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF), Martial Foucault. D'après lui, ce vote sanction signifie donc qu'une partie des électeurs du président François Hollande, au pouvoir depuis mai 2012, sont ''insatisfaits et déçus par les choix et les orientations de politiques publiques''.
Changer de Premier ministre, comme cela a été le cas avec la démission de Jean-Marc Ayrault, au lendemain des élections municipales en mars 2014, ''serait une solution si le Président de la République décidait de changer de cap'', a par ailleurs souligné le chercheur. Il a pourtant rappelé à cet égard que pour Hollande, ''le courage politique impliquait de résister à la pression des urnes et donc de maintenir la politique poursuivie depuis janvier 2014''.
Affirmant que le gouvernement socialiste sort ''fragilisé'' de ces élections, Foucault a indiqué qu'il devra agir essentiellement ''sur le terrain de l’emploi, de la fiscalité, de la réduction des inégalités, du rôle et de l’efficacité de l’Etat à offrir des services publics'' pour regagner la confiance des Français. ''Ce sont précisément sur ces thèmes que le Front national a réussi à prospérer'', a ajouté le chercheur.
- Le succès de Sarkozy, ''une victoire en trompe-l’œil''
Le succès électoral de l'ancien président de la République, qui connaît sa première victoire politique, depuis son retour à la tête de l'UMP, ''reste malgré tout une victoire en trompe-l'œil'' et est ''davantage une défaite de la gauche qu’une victoire de la droite'', a soutenu Foucault. La confirmation de ce succès passera, pour le directeur du CEVIPOF, par ''l’adhésion de l’électorat aux nouvelles idées'' impulsées par Sarkozy.
D'autre part, à l'égard de l'extrême-droite, Foucault a mis en relief que le Front national (FN), ''déçu'' par les résultats au second tour, ''s'est heurté'' au mode de scrutin majoritaire à deux tours. Rappelant que le parti de Marine Le Pen n'est parvenu à faire élire que 108 conseillers départementaux avec 4 millions de voix (la coalition de droite UMP-UDI en obtient 2 520 avec seulement un million de voix supplémentaires), le chercheur a relancé une ''question légitime sur la représentation politique en France''.
Le FN pourrait tout de même passer au-delà de ces résultats et poursuivre sa stratégie d’implantation locale lors des élections régionales de décembre 2015, ''où le mode de scrutin proportionnel à deux tours avantagera cette fois-ci le parti frontiste'', a estimé Foucault.
- ''Le gouvernement s'est piégé''
D'après Bruno Cautrès, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), le gouvernement du Parti socialiste (PS), ''s'est piégé'', en annonçant avant les élections qu’il n’y aurait pas de changement de ligne. Le Congrès du PS en juin s'annonce donc ''difficile'' pour le Premier ministre français Manuel Valls, qui serait tenté de faire ''un mini-remaniement''.
Après les élections, le gouvernement, ''marqué par les divisions à gauche'', devra faire preuve d''une vraie amélioration concrète'' dans le domaine économique, a estimé Cautrès, notamment par une baisse du taux de chômage et des impôts, ainsi que par une augmentation des salaires.
Concernant le sort de Sarkozy, Cautrès estime que ''la route est encore longue pour lui''. Il a expliqué à cet égard que son image dans l’opinion qui ''est en reconstruction'' et son succès aux élections départementales ''ne lui donnent pas pour autant les clefs de la primaire de 2016''.
S'exprimant en outre sur la percée du FN, le chercheur CNRS a estimé que le parti frontiste se trouve dans une situation ''paradoxale'', dès lors qu'il ne cesse de progresser depuis 2012, sans pour autant l'emporter au second tour des élections, faute d'alliés politiques.
- ''Trop tôt'' pour juger la candidature de Sarkozy aux élections présidentielles
Les résultats des élections départementales montrent que toute la gauche a été sanctionnée, a indiqué Bruno Jérôme, économiste et co-fondateur du centre du site ElectionScope.fr. L'ensemble de la gauche a perdu sa crédibilité, les frondeurs et Valls compris, qui, lui, reste ''toujours dans les promesses'', a-t-ilinsisté.
Cette défaite aux élections, la quatrième pour Hollande, ne l'empêche pourtant pas de gouverner, a poursuivi Jérôme. Le problème est donc, non pas au sein du PS lui-même, mais avec les électeurs qui sont dans un état de défiance vis-à-vis des socialistes, a estimé le co-fondateur d'ElectionScope. Il a mis en relief à cet effet l'abstention ''massive'' observée dimanche dernier, dans les régions populaires avec un fort électorat de gauche.
Soulignant par ailleurs que Sarkozy est ''beaucoup mieux aujourd'hui qu'il l'a été au moment où il avait pris les rênes du parti'', Jérôme a tout de même précisé qu'il est ''trop tôt'' pour dire que sa victoire ouvre la voie aux élections présidentielles.
Sarkozy fait ''profil bas'' malgré sa victoire, a indiqué l'économiste, ajoutant que l'ancien président de la République pourrait adopter une ''position beaucoup plus mesurée'' au cours des prochains mois.
La droite l'a emporté dans 66 départements français et la gauche dans 34, d'après les résultats du second tour des élections départementales. Le FN n'est finalement pas parvenu aucun département, alors que 25 départements dirigés jusqu'ici par le PS ont basculé vers la droite.
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