Hatem Kattou
24 Mars 2017•Mise à jour: 25 Mars 2017
AA / Paris / Souhir Bousbih
Sale temps pour Benoît Hamon, le candidat socialiste à la Présidentielle française du 23 avril. L’ancien ministre de l’Education fait face à de nombreuses déconvenues depuis lundi, la dernière en date étant l’annonce jeudi du ralliement du ministre de la défense Jean-Yves Le Drian à la candidature d’Emmanuel Macron, un mois jour pour jour avant le premier tour.
La rumeur d’une éventuelle adhésion du ministre de la Défense au camp Macron courait quelques temps dans les couloirs de l’Elysée. C’est donc sans surprise que Benoît Hamon a appris la nouvelle, même s’il n’a pas caché son amertume vendredi au micro de la radio locale « Europe 1 », où il était invité: « Je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait autant de trahisons (…) J’observe qu’aujourd’hui, beaucoup oublient les principes les plus élémentaires ».
« Dans une élection, on respecte le verdict d’une élection, on respecte la parole donnée » a-t-il regretté.
S’il a assuré « ne pas en vouloir à Jean-Yves Le Drian », dont il n’attendait « rien », ce départ est un mauvais signal pour Hamon, qui a déjà du faire face cette semaine aux défections des secrétaires d’Etat Barbara Pompili et Thierry Braillard. La semaine dernière, c’est Manuel Valls, rejoint par de nombreux députés, qui annonçait qu’il ne soutiendrait pas le candidat socialiste, qu’il juge « trop sectaire».
Les choses avaient pourtant bien commencé dimanche dernier. Le candidat socialiste avait réussi son rassemblement de Bercy (Paris), où 20000 militants s’étaient déplacés pour venir l’applaudir. Son discours, très à gauche, avait galvanisé la foule, tant et si bien qu’on aurait pu croire sa campane relancée.
Mais ça, c’était dimanche. Lundi, sa prestation face aux quatre principaux candidats lors du débat télévisé sur la chaîne de télévision TF1 a reçu un accueil plus mitigé.
En effet, jugé trop éteint, face à un Jean-Luc Mélenchon très en verve, Benoît Hamon a été jugé le moins convaincant des cinq par les téléspectateurs. Un recul confirmé dans un sondage publié par l’institut Elabe après le débat. Benoît Hamon perd 2,5 points et décroche à peine 11, 5% des intentions de vote, cédant sa quatrième place à Jean-Luc Mélenchon, qui lui progresse de 0,5 points avec 13,5% des intentions de vote exprimés.
Hamon a bien essayé de reprendre la main lors de son déplacement à Bruxelles, mardi et mercredi, mais il a dû faire face à deux mauvaises nouvelles. La première, c’est le décès d’Henri Emmanuelli, mardi, des suites d’une longue maladie, un homme dont il était très proche et qu’il considérait, selon ses propres mots, comme « son frère, son âme sœur ».
La seconde, c’est la démission le même jour du ministre de l’intérieur Bruno Le Roux, au lendemain des révélations de l’émission « Quotidien » sur les emplois de ses deux filles mineures à l’Assemblée Nationale comme assistantes parlementaires, alors qu’il était député.
Une histoire qui n’est pas sans rappeler l’enquête sur l’affaire des emplois présumés fictifs de l’épouse et des enfants du candidat LR, François Fillon. Un parallèle qui ne fait pas les affaires de Benoît Hamon, comme il l’a confié en marge de son déplacement dans la capitale belge: « Ce n’est pas bon pour moi, puisqu’il est socialiste, et que ça créé une symétrie avec l’affaire Fillon », rapporte le quotidien français Le Figaro.
Si Benoît Hamon a souvent dit qu’il ne croyait pas en « l’homme providentiel », il aurait bien besoin de la providence, justement, pour relancer la machine.