AA/ Bujumbura/ Rénovat Ndabashinze
Des milliers de Burundais ont pris part, dimanche après-midi à Bujumbura, à l'enterrement de Zedi Feruzi, un des leaders du mouvement de contestation que connaît le pays, assassiné la veille devant son domicile, a constaté le correspondant d'Anadolu.
Plusieurs personnalités de la société civile et de l'opposition, dont des députés et des présidents de partis, sont venues rendre hommage à leur compagnon de lutte. Aucun représentant du gouvernement ni du parti au pouvoir n'a, par contre, marqué sa présence, a constaté le correspondant d'Anadolu.
A midi (heure locale), la prière musulmane du défunt a été accomplie en pleine rue, à Ngagara (Nord de la capitale) devant le domicile du seul président musulman d'un parti politique au Burundi, "Union pour la Paix et la Démocratie" (UPD-opposition). L'émotion était palpable, aussi bien chez la communauté musulmane minoritaire dans ce pays (moins de 3% selon des sources officielles), venue notamment de Buyenzi, commune musulmane de la capitale, que chez des figures de l'opposition burundaise.
"Nous condamnons fermement ce crime en pensant, sans doute, qu'il avait été préparé depuis longtemps parce que certains leaders de l’opposition ont déjà reçu des menaces de mort. Je regrette de voir que depuis hier soir, heure du crime, aucune autorité n’est encore arrivée à la maison [du défunt, ndlr]", a déclaré, les larmes aux yeux, Marina Barampana, secrétaire général de l'UPD, à Anadolu.
Le cortège de quelques milliers de personnes accompagnant la dépouille de Feruzi, couverte des drapeau burundais et de l'UPD, a ensuite parcouru trois kilomètres environ séparant sa maison du cimetière musulman jouxtant la mosquée du quartier 10 de Bujumbura. Ont émaillé la marche funèbre des slogans et banderoles hostiles au président de la République, Pierre Nkurunziza, visé, depuis un mois, par une vague de contestation sans précédent en raison d'une troisième candidature "inconstitutionnelle" à la présidentielle de juin prochain.
Quoiqu'elle s'en soit défendue, la veille, dans un communiqué transmis à Anadolu qui condamnait cet "assassinat ignoble", la présidence burundaise a été accusée, dans ces slogans, écrits pour la plupart en Kirundi (langue nationale), d'être "derrière" l'assassinat de l'opposant, abattu samedi soir devant son domicile par des individus qui n'ont pas encore été identifiés. "Nous refusons les crimes contre l’humanité au Burundi", "Nous disons 'non' à Nkurunziza et à son gouvernement criminel", disent, notamment, ces affiches.
Pour la responsable du parti de Feruzi, "cet assassinat démontre que le pouvoir ne respecte pas les engagements pris. Nous avons pris la décision d’arrêter la participation au dialogue, qui était par ailleurs au stade préliminaire, avec le Gouvernement. Cet assassinat ne fera qu'empirer la situation", a-t-elle prévenu.
A la suite de l'assassinat de Zedi Feruzi, la coordination du Mouvement "Halte au troisième mandat" a annoncé en effet, plus tôt ce dimanche, la suspension d'un dialogue, encore au stade embryonnaire, avec les autorités du pays, qui était destiné à résorber la crise qui a fait, depuis fin avril, 36 morts selon un décompte établi par Anadolu sur la base de sources humanitaires, policières et politiques.
Pour Frédéric Bamvuginyumvira, vice-président du parti Sahwanya Frodebu (opposition) "Cet assassinat montre que les escadrons de la mort, longtemps décriés par l’opposition, existent bel et bien au Burundi. C’est aussi une preuve que le pouvoir ne veut pas de contact avec nous", a-t-il confié à Anadolu, annonçant que "les manifestations vont reprendre de plus belle dès lundi, avec plus de rigueur et de force."