AA/ Bujumbura/ Rénovat Ndabashinze/ Jean Bosco Nzosaba
Après la décision de la Cour constitutionnelle burundaise, mardi, déclarant conforme à la norme fondamentale une troisième candidature du président sortant Pierre Nkurunziza, Bujumbura a proposé le dialogue sous conditions à l'opposition politique laquelle se dit "déterminée" à poursuivre les manifestations.
« Pour créer un climat d’apaisement, le gouvernement est disposé à relâcher les jeunes gens arrêtés au cours des violences enregistrées dans les différents quartiers de la capitale, à condition qu’ils renoncent à la récidive», a annoncé le 1er vice-président de la République Prosper Bazombanza, alors que plus de 500 personnes ont été arrêtées depuis le début des manifestations, il y a une dizaine de jours, selon un bilan fourni par les organisateurs.
Le 1er vice-président de la République a également promis que les mandats d’arrêts émis contre certains organisateurs vont être suspendus si les personnes concernées s’engagent à "rentrer dans la légalité" soulignant qu’un dialogue avec les médias est déjà en cours.
« Il va se poursuivre afin de parvenir à une entente sur les modalités de diffusion des nouvelles et des émissions sans porter atteinte à la sécurité nationale », a-t-il promis, alors que nombre de mesures avaient été prises par le pouvoir contre des médias indépendants.
En revanche, Bujumbura "exige l’arrêt immédiat des manifestations et de mouvements d’insurrections dans la capitale et à l’intérieur du pays", a poursuivi Bazombanza à l’ouverture des travaux de la réunion des parties prenantes au processus électoral de 2015 « Une fois que cela sera réalisé par toutes les parties, le dialogue sera possible sur toute question, dans le respect de la loi, une impérative pour négocier ».
Du côté de l'opposition, on préfère maintenir la même position, en se disant "déterminés" à poursuivre les manifestations jusqu'au renoncement du président sortant à son mandat "inconstitutionnel", nonobstant la décision de la Cour, intervenue mardi.
Cette décision intervient au lendemain de l'évasion au Rwanda du vice-président de la Cour, Sylvère Nimpagaritse, seul membre réfractaire à cette décision favorable à Nkurunziza, après que "des pressions" ont été exercées sur 3 autres membres.
"Les manifestations vont continuer jusqu'à ce que Pierre Nkurunziza renonce à ce mandat de plus. Il est temps que les Burundais se réveillent et refusent toute violation des textes et lois du pays. Les dirigeants doivent apprendre qu'ils sont là pour l'intérêt du peuple'', a martelé Léonce Ngendakumana, président du parti Frodebu (Front pour la démocratie au Burundi-opposition).
Commentant la décision de la Cour, il a déclaré à Anadolu que "les juges ont voulu plaire au Magistrat suprême dont ils attendent encore beaucoup, c’est une décision qui n’étonne que ceux qui ne connaissent pas le degré d’indépendance de la justice burundaise, nous allons poursuivre les manifestations», a-t-il poursuivi alors que les autorités judiciaires n'ont pas réagi, jusqu'à 11HJ GMT. à ces accusations.
Pour le parti au pouvoir, le Conseil national de défense de la démocratie-forces de défense de la démocratie (Cndd-fdd), la décision favorable du Conseil constitutionnel devrait, au contraire, calmer les ardeurs de l'opposition.
«Je pense que cette décision devrait faire taire les manifestants qui contestent sa candidature depuis plus d’une semaine, nous avions toujours dit que le 3ème mandat de Pierre Nkurunziza ne viole aucune loi», a confié mardi à Anadolu, Pascal Nyabenda, Président du Cndd-Fdd.
Quoique fortement convaincue de l'inconstitutionnalité d'un troisième quinquennat de Pierre Nkurunziza, la société civile juge, quant à elle, qu'il s’agit avant tout d’un "problème politique qui doit trouver une solution ailleurs que dans la Cour constitutionnelle."
"Le contexte sociopolitique et sécuritaire actuel recommande aux acteurs politiques d’aujourd’hui une certaine ré-imprégnation du climat qui prévalait à Arusha en août 2000 [date de signature d'un accord de paix pour mettre fin à la guerre civile] et tout faire pour garantir la paix, la stabilité politique et le développement du pays." a déclaré à Anadolu Godefroid Manirambona, Président de l’Observatoire de l’Action Gouvernementale, OAG, une des organisations de la société civile burundaise.
"C’est ce dépassement de soi que les Burundais et le monde entier attendent aujourd’hui du Président de la République, Pierre Nkurunziza, en l’exhortant à renoncer à l’idée du 3ème mandat, même avec la bénédiction peu glorieuse de sa Cour constitutionnelle », conclut Manirambona.