AA/ Douala (Cameroun)/ Pado Chemie -
Boko Haram est l’outil de l’occident pour stopper la croissance d’un continent qui se veut l’avenir de l’économie mondiale, soutient Simon Tedga, le consultant camerounais en politique et stratégie de défense à Paris, dans un entretien avec Anadolu.
Le géostratège explique que l’émergence du Nigéria comme première puissance économique du continent et la croissance soutenue de l’Afrique ont suscité peu et crainte du côté des occidentaux "qui s’emploient à les freiner par tous les moyens. Boko Haram leur sera d’une grande utilité".
« Depuis quelques années, on parle d’une montée en puissance de l’Afrique sur le plan économique. Cette perspective ne peut pas réjouir des puissances qui ont intérêt à ce que l’Afrique soit toujours un réservoir de matières premières », note-t-il.
Afin de neutraliser le groupe armé nigérian, M.Tedga appelle les pays qui "se disent amis" du Cameroun, Nigéria, du Niger et du Tchad, à « cesser de financer et de fournir des armes à Boko Haram ».
« La colonne vertébrale de l’armée de Boko Haramtient uniquement grâce aux puissances militaires qui leur vendent des armes. Car le groupe de Abubakar Shekau ne peut pas faire la guerre sans soutien et sans alliés », explique l’expert, ancien professeur de politique dans les lycées de l'Ile de France.
Il ajoute dans la même perspective: « Boko Haram a d’abord été une secte, c’est ce qu’on nous a dit. Puis, une nébuleuse. Maintenant, c’est une force armée qui a conquis un territoire assez important au Nigéria. Avec une telle force, ce groupe a certainement des renforts qui viennent de puissances qui peuvent être financières ou militaires ».
De ce point de vue, il pointe du doigt des pays ou des parties au Moyen-Orient qui le font pour des raisons religieuses ». Cette thèse qu’il a, à plusieurs reprises, rendue publique n’a jamais été démentie, selon lui.
Sur le plan militaire, M. Simon Tedga, assure que les armes proviennent en majorité « des pays occidentaux » car, ceux du Moyen-Orient n’en « fabriquent pas ».
Il se réfère de ce fait à une récente déclaration du ministre camerounais de la Communication selon laquelle « 40% des armes saisies aux éléments deBoko Haram étaient de fabrication française ». Cette déclaration a néanmoins été officiellement démentie la semaine dernière par le gouvernement français.
Mais M Tedga tient toujours à sa thèse et l’argumente soigneusement : « Il n’est pas étonnant que La France- un des pays qui vend le plus d’armes au monde et compte tenu de la crise économique qu’elle traverse- ne boude pas la vente d’armes, indépendamment des lieux de provenance des commandes. Je pense qu’il y a une relation triangulaire. Les pays du Moyen-Orient qui soutiennent Boko Haram mettent de l’argent à disposition du pays producteur d'armes et ce dernier les livre naturellement à Boko Haram. »
A la question de savoir la stratégie à mettre en place par le Cameroun, le Tchad, le Nigéria et le Niger, pour faire face à la secte jihadiste, Simon Tedga préconise la mise sur pied d’un plan de renseignements.
« Ce groupe armé est un ennemi furtif qui apparaît et disparaît. Il faut donc des moyens de renseignements qui permettent de suivre ses déplacements et ses activités quasiment 24 h sur 24h sans qu’il ne s’en rende compte. Il faudra pour ce faire un système de renseignements fort et efficace», dit-il.
L’auteur de l’ouvrage « Le cinquantenaire français des indépendances africaines, Analyse d’une relation controversée » explique que ce service de renseignements doit être assuré par le Nigéria et les pays disposant d’une couverture satellitaire de la zone ».
Pour lui, la mise en place d’une force de 8700 hommes ne peut pas résoudre le problème. « Par rapport à quoi a-t-on choisi cet effectif de 8700 hommes puisque le dispositif primordial de l’armée devait correspondre à l’effectif qui est en face ? », s’interroge-t-il ajoutant : « En tant qu’expert, je pense que Boko Haram a un effectif que personne ne connaît. Il y en a qui disent 15 000, d’autres l’estiment à 6 000 ».
Le géostratège recommande, du reste, de tarir les sources de Boko Haram afin de l’affaiblir pour ensuite le neutraliser. Mais, tarir les sources passe selon lui par stopper tout financement.