AA / Alger / Abderrazak Ben Abdallah
Le président algérien, Abdelmajid Tebboune, est apparu, samedi soir, pour la première fois depuis près de deux mois, soit depuis le début de de son séjour médical en Algérie et en Allemagne, durant lequel une polémique a été soulevée sur la réalité de son état de santé et le sort des projets politiques qui étaient inscrits dans son agenda.
Tebboune a posté sur son compte Twitter une vidéo d’environ cinq minutes, depuis son lieu de résidence en Allemagne où il observe une période de convalescence.
La dernière activité que Tebboune devait assurer était prévue pour le 18 octobre dernier, lorsqu'il devait présider une réunion du Conseil des ministres. Cependant, la Présidence avait annoncé, à la dernière minute, le report du Conseil « pour des raisons techniques et compte tenu de la densité de l’agenda du président ».
Le 24 du même mois, Tebboune a annoncé observer un « confinement volontaire » sur la base de recommandations de ses médecins, après avoir enregistré des cas d'atteinte à la Covid-19 parmi des fonctionnaires de la Présidence. Il avait écrit sur son compte Twitter : « Je poursuivrai mon travail à distance jusqu’à la fin du confinement ».
Trois jours plus tard, la Présidence a annoncé le transfert de Tebboune à l'hôpital militaire de la capitale Alger, pour recevoir des soins. Le lendemain, soit le 28 octobre, Tebboune s’envole vers l’Allemagne après avoir été atteint de la Covid-19.
Parmi les principaux points traités dans l'allocution de Tebboune figurent son affirmation de son rétablissement et le report de sa date de retour au pays, à une période pouvant atteindre les trois semaines.
Le président algérien a montré, dans son intervention, qu’il est au courant de la situation intérieure et extérieure qui concerne son pays, affirmant qu'il « suit les événements, heure par heure, et qu’il donne ses instructions aux autorités ».
Ces déclarations viennent répondre à une polémique soulevée dans le pays, durant la période d’absence de Tebboune. Des rumeurs circulaient sur son état de santé, considéré comme délicat et d'autres rumeurs évoquaient le lancement prochain des préparatifs pour l'élection de son successeur, dans la mesure où il est dans une « incapacité totale » d'exercer son mandat.
La principale la décision contenue dans l'allocution du président algérien est celle de demander au comité d'experts en droit de la Présidence d'élaborer un nouveau projet de loi électorale, dans un délai de deux semaines, pour organiser des élections législatives et locales dans les plus brefs délais.
Après l'allocution de Tebboune, les réactions de la classe politiques et sur les réseaux sociaux se sont multipliées. Certaines réactions exprimaient leur satisfaction, voire leur soulagement, quant au rétablissement du président et d'autres s'interrogeaient sur les causes du report de son retour au pays, tandis que d'autres commentateurs ont donné libre cours à leurs prévisions s’agissant des décisions que prendra le président immédiatement après son retour.
Abdelkader Bougrina, candidat et rival de Tebboune à l'élection présidentielle de 2019, a publié un communiqué dans lequel il est écrit : « Nous exprimons notre grand soulagement au sein du Mouvement de l’Edification nationale (parti qu'il dirige) après l'allocution adressée par le président de la République, Abdelmajid Tebboune, au peuple algérien à la suite de son rétablissement ».
« Son apparition a mis un terme aux supputations des sceptiques qui se sont habitués à mettre en doute toute entreprise nationale, et son apparition était un besoin national au moment où l'Algérie subit une grande menace à ses frontières, et une compagne étrangères virulente et probablement inédite », a-t-il ajouté sans livrer de détails quant à la nature de cette menace.
Quant à Abou el-Fadl Baadji, Secrétaire général du « Front de libération nationale » (FLN, pro-pouvoir), a, dans un communiqué posté sur son compte Facebook relevé que « le président a parlé et il a rassuré son peuple. Il a prouvé également qu'il suit de près la situation dans les pays, en particulier, en ces circonstances délicates. Que Dieu préserve l'Algérie de tout malheur ».
Pour sa part, Mohcine Belabbas, président du « Rassemblement pour la Culture et la Démocratie » (RCD, opposition), a critiqué l'annonce faite par Tebboune et son « intention d'amender la loi électorale et d'organiser de nouvelles élections législatives et municipales ».
Belabbas a écrit sur son compte Facebook : « N'existe-il pas quelqu'un dans son entourage direct pour l'avertir que son obstination représente un danger mortel pour le pays, le temps n'est-il pas venu pour retourner au droit chemin ».
Le RCD réclame depuis plusieurs mois la mise en place d'une phase transitoire avec la dissolution de toutes les institutions élues.
De son côté, Soufiane Djilali, président du parti « Jil jadid » (opposition), a, dans une interview accordée, lundi, à la Radio publique, salué la décision portant « élaboration d’un nouveau projet de loi, dans les meilleurs délais ».
Djilali a prévu que « le président de la République signera un décret de convocation du corps électoral pour des élections parlementaires et locales avant la fin de l'année en cours », sachant que le décret détermine, selon le droit algérien, la date des élections dans un délai ne dépassant pas trois mois.
Le mandat de l'actuel parlement et des conseils municipaux prendra fin en 2022 ; les derniers scrutins législatif et local se sont tenus en 2017.
*Traduit de l’Arabe par Hatem Kattou