AA/ Alger/ Khedidja Baba Ahmed
Plus de deux semaines après les élections législatives du 4 mai dernier, rien ne bouge, ou peut-être seulement un semblant d’affairement dans le bureau du Premier ministre, chargé par le chef de l’Etat, de consultations en vue de former le nouveau gouvernement.
De ces consultations, aucune information officielle, ni de la présidence de la République ni de la chefferie du gouvernement qui n’affirment ni n’infirment les rencontres. Les bavards sont ceux qui sont reçus par Abdelmalek Sellal, l’actuel Premier ministre, qui parlent de l’invitation qui leur a été faite pour figurer au nouvel exécutif.
Les tractations en cours engagées par le chef du gouvernement se font dans l’opacité totale mais aussi dans la quasi indifférence générale, la même ayant caractérisé le déroulement des élections législatives du 4 mai dernier et qui a été soldée par un taux de participation historiquement bas (35,37%) soit seuls 8 millions qui ont voté sur un total de 23 millions d’électeurs.
Voir aussi peu d’engouement des citoyens à ce scrutin était un cauchemar pour le pouvoir qui se voit ainsi essuyer un échec réel, un rejet et une assemblée future très peu légitime. Le président Bouteflika s’était pourtant très largement investi pour amener les citoyens aux urnes.
Aujourd’hui, ce qui n’a pas été réussi lors du scrutin du 4 mai dernier, le Chef de l’Etat tente de l’obtenir dans la préparation du futur gouvernement. Si la Constitution dispose que le gouvernement qui doit être formé à l’issue des législatives devra être majoritairement formé et dirigé par la majorité sortante des urnes législatives, le chef de l’Etat ne semble pas se suffire de ces dispositions. Il s’en suffira d’autant moins que les deux partis arrivés premier et deuxième (Front de Libération Nationale-FLN et Rassemblement National Démocratique-RND) aux législatives ont engrangé respectivement de si bas scores qu’ils ne peuvent exiger un nombre important de ministres de leurs formations au sein du nouveau gouvernement.
En confiant à Sellal les manettes des négociations, il devient clair que le premier ministre, membre du FLN, s’inscrit dans ces dispositions, même si sa gouvernance est bien loin d’avoir réussi.
- Bouteflika commande, Sellal exécute
Au-delà de l’appartenance de Abdelmalek Sellal au parti FLN (même s’il y est arrivé très tardivement , en toute discrétion et dans une adhésion formelle) en lui renouvelant très certainement son mandat ce qui semble plausible puisqu’il lui a confié la consultation pour le nouveau gouvernement, le président poursuit plusieurs objectifs : il déclare sa confiance en une personne qui ne l’a jamais trahi et qui n’a jamais ménagé ses efforts pour défendre le « programme du président et ses sacrifices pour redonner à l’Algérie la sécurité et la sérénité ».
Sellal , Un parfait défenseur du quatrième mandat (il était le directeur de campagne de Bouteflika) et qui continue à mettre à l’actif de Bouteflika les réalisations –logements notamment- acquises même s’il s’abstient de dire que prés de 800 milliard de dollars des hydrocarbures ont été dépensés en dix ans, sans que le peuple sache comment et dans quoi cet argent a été utilisé.
En choisissant l’actuel Premier ministre, le président sait donc qu’il va exécuter, sans trahison, ses directives. A travers son fidèle Premier ministre, c’est en tout état de cause le président qui reste aux manettes. Le chef de l’Etat contraint pour sauver sa vitrine externe, de supporter la présence de l’opposition qui a pris part au scrutin –Parti des Travailleurs PT ; Front des Forces Socialistes FFS et Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD)-il a très habilement manœuvré pour l’affaiblir.
En encourageant la création de nombreuses petites formations telles que le Mouvement Populaire Algérien MPA ou le Tadjamoue djzairie (dirigés tous deux par deux anciens ministres du précédent gouvernement) il a participé à affaiblir l’opposition, qui n’avait, il est vrai, pas particulièrement besoin d’un coup de pouce pour découvrir que les opposants, comme les partis au pouvoir, ont perdu toute crédibilité auprès de la population.
- La mouvance islamique décline l'invitation mais reste partagée encore
Tenter d’amener tous ces partis et particulièrement ceux de la mouvance islamique à figurer dans le futur exécutif pour donner à ce nouveau gouvernement l’illusion d’un gouvernement d’Union Nationale semble aujourd’hui l’objectif recherché par le négociateur Sellal.
S’il a réussi à se faire entendre par les petits partis crées qui n’attendaient que cela pour figurer dans le nouveau gouvernement, pour l’heure, Abderrezak Mokri, le patron du Mouvement de la Société Pour la Paix (MSP), une formation d’obédience islamique, est loin d’avoir eu une réponse constante depuis que l’offre d’intégrer le gouvernement lui a été faite.
Le MSP a été la première formation invitée par Sellal à rejoindre le futur gouvernement. A vrai dire à un « retour » puisque le MSP a eu, par le passé à prendre part au gouvernement. La proposition, a eu comme un effet de séisme dont les répliques se font encore sentir.
Dés la proposition du pouvoir exprimée à cette formation, réunifié avec le Front du changement FC, le patron de ce dernier, Abdelmadjid Menasria, s’est empressé de déclarer qu’il répondait favorablement à cette offre, lui qui a d’ailleurs, en tout temps, milité pour agir de l’intérieur du pouvoir.
Il semble ne pas être le seul dans cette formation unifiée à vouloir prendre part au gouvernement. Mokri, le président du MSP, n’est évidemment pas du tout du même avis, même s’il a eu au départ quelques tergiversations. C’est justement pour expliquer sa position définitive, qu’il ne cesse d’occuper les espaces et de clarifier sa démarche. Dans unes de ses dernières interventions, il explique que « le MSP n’a pas du tout été crée pour servir de caution à un pouvoir dépourvu de toute légitimité ».
Il considère que sans la fraude, le MSP serait la première force politique du pays. Pour le patron du MSP, le pouvoir sait que l’Algérie va entrer dans une crise économique et sociale qui va générer d’énormes troubles sociaux et « il est connu que ceux qui paient la facture dans des situations de crise sont naturellement les partis qui représentent la façade du pouvoir ». Son refus à Sellal se justifie donc parce qu’il ne veut pas être justement cette simple façade et non le pouvoir réel.
Mokri a assuré que si "le majless Echoura" de son mouvement (sorte d'organe parlementaire du parti) qui se réunira dés que le Conseil constitutionnel aura proclamé les résultats définitifs, venait à approuver la participation au nouveau gouvernement, il quitterait la présidence du MSP.
Décidément, le pouvoir qui a toujours réussi à faire éclater beaucoup de formations politiques continue dans ses pratiques. Le gouvernement non encore formé le sera dans les quelques jours à venir. Il sera, sans aucun doute, ce que décidera le président Bouteflika.