Yusuf Özcan
29 Juin 2018•Mise à jour: 30 Juin 2018
AA – Paris
Le succès électoral du président de la République de Turquie, Recep Tayyip Erdogan, au cours des élections législatives et présidentielle du 24 juin, ont montré à l’Occident qu’il est un puissant leader, a déclaré Jana Jabbour, docteur en science politique associée au Centre de recherches internationales (CERI) et enseignante à Sciences Po Paris.
C’est dans le cadre d’une interview accordée à l’Agence Anadolu (AA) que Jabbour, auteur de l’ouvrage intitulé «La Turquie - L'invention d'une diplomatie émergente», a fait part de ses observations relatives aux résultats des élections anticipées.
«Les élections sont sans aucun doute une victoire écrasante pour Erdogan et son parti, a-t-elle déclaré. Erdogan a été en mesure de devenir un leader populaire aimé de son peuple.»
En référence aux allégations de fraudes électorales soulevées par les pays occidentaux et l’opposition turque, Jabbour a souligné que les résultats électoraux ne peuvent être remis en cause compte tenu de la grande participation électorale.
Selon elle, lors des élections, le président Erdogan a renforcé sa puissance tant au niveau national qu’international.
«Les élections ont démontré qu’Erdogan est une personne qui prend en considération les intérêts du pays puisqu’il a remporté 52,5% des voix contre cinq autres candidats, a-t-elle indiqué. C'est très important. Au niveau international, ces élections ont montré à l'Occident, persuadé qu’Erdogan ne pourrait remporter les élections dès le premier tour, qu’il est un puissant leader.»
- «Erdogan est un leader souverain qui tient tête aux grandes puissances»
Jabbour a également abordé les relations à venir entre la Turquie et les pays occidentaux à la suite de la réélection d’Erdogan.
Cette dernière a expliqué que le président turc, dont l’objectif est de faire de la Turquie un allié de l’Occident, pourrait, dans le cas où il ne parviendrait pas à atteindre ce but, se rapprocher stratégiquement de la Russie et de l'Iran.
De la sorte la Turquie ferait comprendre à l’Occident qu’il existe une alternative et qu’elle ne dépend pas de ce dernier, selon Jabbour.
Notant que de nombreux pays d'Europe et dirigeants ont une approche anti-Turc, Jabbour a indiqué que les Européens ne souhaitaient pas la victoire d’Erdogan parce qu’il «est un leader souverain qui tient tête aux grandes puissances».
«Contrairement à certains, Erdogan ne dépend de personne dans ses prises de décisions, a insisté Jabbour. L'Occident et l'Europe doivent reconnaître le fait qu'Erdogan a été de nouveau réélu et coopérer avec lui notamment sur les questions de la lutte contre le terrorisme et les demandeurs d'asile. Certes, ils sont insatisfaits de sa réélection mais il n’empêche qu’ils doivent travailler avec lui.»
Rappelant la campagne anti-Erdogan menée par les médias occidentaux et en particulier dans la presse française, Jabbour a précisé que cette dernière a produit un effet contraire à celui espéré.
En effet, selon elle, cette campagne a conduit la majorité des Turcs vivant à l'étranger à voter pour Erdogan et son Parti pour la Justice et le Développement (AK Parti).
- Relations entre la Turquie et la France
En ce qui concerne les relations entre la France et la Turquie, Jabbour a souligné que l’accueil, en janvier dernier, du président Erdogan par son homologue français, Emmanuel Macron, à l’Elysée, a mis en évidence la volonté de ce dernier de considérer la Turquie comme un allié.
Cela dit, selon Jabbour, la politique de l’Union européenne et la politique allemande, en particulier, font obstacle à cette volonté.
Enfin, elle a déclaré que la France devrait continuer à développer ses relations bilatérales avec la Turquie et que cela serait dans l'intérêt des deux pays.