Feiza Ben Mohamed
15 Mai 2024•Mise à jour: 16 Mai 2024
AA/Nice/Feïza Ben Mohamed
Le président français Emmanuel Macron propose aux responsables calédoniens, une réunion à Paris pour tenter de trouver une sortie de crise, a annoncé mercredi le premier ministre Gabriel Attal à l’Assemblée Nationale.
« Aucune violence n’est jamais justifiable, tolérable, aucune violence ne peut jamais être acceptée et je le redis, aucune violence ne sera jamais tolérée » a-t-il lancé à la tribune du Palais Bourbon assurant que l’urgence « aujourd’hui, c’est le rétablissement de l’ordre, et le retour du calme et de la sérénité ».
Rappelant qu’un couvre-feu a été instauré dans l’archipel le chef du gouvernement a par ailleurs fait savoir qu’Emmanuel Macron « a écrit à l’ensemble des responsables calédoniens pour leur proposer de se réunir à Paris et de tenter à nouveau de trouver un consensus ».
Plus tôt dans la journée, l’Elysée annonçait qu’Emmanuel Macron a demandé l’instauration d’un couvre-feu en Nouvelle-Calédonie après validation par le conseil des ministres.
À ce stade, 4 personnes sont décédées en marge des émeutes qui sévissent depuis deux nuits consécutives, dont un gendarme, qui a succombé à ses blessures après avoir été touché par balle.
Ces émeutes interviennent en réaction au débat, à l'Assemblée nationale, sur le projet de réforme constitutionnelle portant dégel du corps électoral de l'archipel calédonien et son élargissement aux Français qui ne sont pas originaires de Nouvelle-Calédonie.
Ce projet est fortement contesté par les autochtones Kanaks qui représentent près de 40% de la population et qui redoutent une perte de poids électoral par le biais de cette réforme.
Le projet a été discuté pendant deux jours (13-14 mai courant), puis adopté par l'Assemblée nationale française, tard dans la nuit de mardi à mercredi, avec 351 voix "pour" et 153 "contre".
Il avait été déjà adopté par le Sénat, le 2 avril dernier, avec 233 voix pour et 99 contre, il doit être validé par les deux chambres du Parlement réunis en Congrès.
Toutefois, le président Macron "a proposé d'inviter à Paris l'ensemble des parties néo-calédoniennes pour une rencontre avec le gouvernement visant à relancer le dialogue".
Le chef de l’Etat a également promis qu'il ne convoquerait pas -"dans la foulée" d'une éventuelle adoption du texte - le Congrès du Parlement, nécessaire pour modifier la Constitution, afin de laisser une dernière chance aux discussions entre les parties locales".
Pour rappel, le corps électoral en Nouvelle Calédonie avait été gelé grâce à une révision constitutionnelle en février 2007.
Cependant, et malgré ce gel, les autochtones Kanaks, dit aussi "indépendantistes", ont perdu les 3 référendums sur l'indépendance, tenus entre 2018 et 2021, ce qui a permis à l'archipel de rester français.
Par le dégel du corps électoral, le gouvernement français veut, aujourd'hui, permettre à environ 25 mille personnes de nationalité française, mais pas forcément Calédoniens, d'intégrer les listes électorales des provinciales.
Cet élargissement du corps électoral est présenté par le gouvernement français comme indispensable pour la "constitutionnalité du prochain scrutin".