Lassaad Ben Ahmed
14 Janvier 2018•Mise à jour: 15 Janvier 2018
AA / Tunis / Slah Grichi
On craignait que ce 14 janvier 2018, marquant le septième anniversaire du départ de Ben Ali, ne débouche sur une reprise et même un pic des contestations et de la violence, enregistrées tout au long de la moitié de la semaine dernière.
Motif : l’entrée en vigueur de la loi des finances 2018, accompagnée d'une lourde hausse des prix, décidée par le Gouvernement et adoptée par la Chambre des représentants du peuple, dans la foulée du débat du budget de l'Etat.
Il n'en fut pratiquement rien.
Les manifestations ayant accompagné la célébration de cette journée historique, ont tourné au presque festif, malgré la domination des revendications et les doléances présentées, à force de slogans et de banderoles : dénonciation du chômage, en particulier des haut diplômés, de la chute du pouvoir d'achat, de la corruption, de ce qui est perçu comme des alliances douteuses qui camouflent la publication de la liste définitive des "martyrs de la révolution" et l'aboutissement de l'instruction des affaires qui ont émaillé l'époque de la troïka (2011 - 2O14).
L'écueil est donc sauté, du moins pour l'instant, grâce sûrement et, entre autres, à l'effort soutenu des forces de sécurité qui ont neutralisé une grande partie des casseurs et des pilleurs et aux mesures prises lors du conseil ministériel restreint tenu samedi.
Youssef Chahed a, ainsi, lâché du lest en consentant des décisions en faveur des familles et des catégories sociales les plus démunies, qui vont de la généralisation de la couverture médicale à la hausse des allocations octroyées aux foyers nécessiteux et des pensions de retraites minimales.
Une initiative qui aurait été perçue autrement qu'une concession sous pression, si elle avait été prise délibérément avant l'éclatement des mouvements contestataires de la semaine écoulée.
En tout cas, elle a été soutenue par la visite effectuée par le président de la République à l'un des quartiers les plus défavorisés de la capitale (cité Ettadhamen), où ou il a inauguré l'ouverture d'un centre modèle de la jeunesse.
Il en a profité pour reconnaître qu'il fallait davantage faire les jeunes qui seront au centre des préoccupations de l'Etat au cours de l'année en cours et pour promettre que la liste définitive des martyrs sera promulguée mars prochain maximum.
Des facteurs qui ont absorbé les excès de la grogne et qui ont sûrement coupé l'herbe sous les pieds du Front national qui a fait de l'annulation pure et simple de la loi de finances 2018 son objectif central.
La mosaïque de l’avenue Bourguiba
Ainsi et malgré sa présence remarquée dans l'artère-symbole de l'avenue Bourguiba du centre-ville de la capitale et l'insistance sur cette revendication, le Front a été supplanté par d'autres groupes de manifestants que les forces de sécurité ont réussi à compartimenter pour éviter provocations ou affrontements.
De telle sorte que la belle promenade centrale a pris l'allure d'une bienveillante mosaïque qui a accueilli autant les militants de la gauche que ceux d'Ennahdha, les manifestants pour l'emploi que ceux pour la garantie des droits des martyrs. Sans parler des autres revendications...
A quelques mètres de là et à la place Mohamed Ali, fief de l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), Noureddine Taboubi, son secrétaire général favorable à la stabilité du Gouvernement, c'est à dire au maintien de Youssef Chahed, réitérait la nécessité d'accompagner la loi de finances de mesures d'aide aux familles nécessiteuses et même de gel de certains avenants de cette loi.
Quoi qu'il en soit, de ce dimanche tant craint, le Gouvernement ne sort certes pas fortifié, puisque sans les soutiens directs et indirects qui lui sont apportés, toutes les donnes auraient changé, mais il a désormais les coudées franches pour aller de l'avant. A lui de prouver qu'il a mis les voiles dans le bon sens du vent.
La crise n’est pas encore vraiment derrière.