Le gérant du bar Le Constellation, à Crans-Montana, a été placé vendredi en détention préventive par le ministère public du canton du Valais dans le cadre de l’enquête sur l’incendie qui a fait 40 morts lors des célébrations du Nouvel An. La décision a été motivée par un risque de fuite, de collusion et d’interférences avec l’enquête, a appris France Télévisions de source proche du dossier, alors que de nombreuses auditions restent à mener.
Jacques Moretti, 49 ans, de nationalité française, a été entendu pendant environ sept heures à Sion par les autorités judiciaires, aux côtés de son épouse Jessica Moretti, 39 ans, laissée en liberté. Tous deux sont visés par une procédure ouverte pour homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence, a indiqué le parquet valaisan.
Il s’agissait de leur première audition dans le cadre de l’enquête pénale formellement ouverte à leur encontre le 3 janvier, deux jours après le sinistre. Le couple avait auparavant été entendu en tant que témoins au début des investigations. Les auditions menées vendredi ont porté sur leur situation personnelle et non sur les normes de sécurité de l’établissement mises en cause. Les avocats des familles de victimes étaient présents et autorisés à poser des questions.
Selon la procureure générale du canton du Valais, trois motifs peuvent justifier un placement en détention : le risque de collusion, de réitération ou de fuite. Le motif précis retenu par la justice n’a pas été officiellement précisé.
L’incendie, décrit par les autorités comme particulièrement rapide et violent, a ravagé ce bar fréquenté principalement par des adolescents et de jeunes adultes. Les victimes, âgées de 14 à 39 ans, comptent de nombreux ressortissants étrangers, notamment français et italiens. Le dernier bilan fait état de 40 morts et de 116 blessés.
Les causes exactes du sinistre restent à établir. Selon les premiers éléments de l’enquête, le drame aurait été provoqué par des bougies étincelantes de type « fontaines » qui seraient entrées en contact avec le plafond du sous-sol du bar. L’embrasement soudain et généralisé du local aurait alors piégé les clients. Des témoins évoquent également l’usage de feux d’artifice à l’intérieur de l’établissement. Les blessés les plus graves ont dû être évacués vers des hôpitaux voisins, les capacités de soins intensifs locales ayant été saturées.
L’affaire est également marquée par des polémiques sur l’absence initiale de mesures de privation de liberté à l’encontre des propriétaires du bar et sur des manquements présumés aux contrôles de sécurité. Les autorités communales ont reconnu que les inspections périodiques obligatoires de l’établissement n’avaient pas été effectuées entre 2020 et 2025. Une enquête administrative parallèle est en cours et un autre établissement exploité par le même gérant a été fermé à titre conservatoire.
Par ailleurs, Jacques Moretti est connu défavorablement de la justice française : il a été condamné en 2008 à Annecy à 12 mois de prison, dont huit avec sursis, pour proxénétisme aggravé, puis en 2010 à Bastia pour fraude aux aides personnalisées au logement. Son épouse ne présente, selon les autorités, aucun antécédent judiciaire.
Côté français, le parquet de Paris a ouvert une enquête dite « miroir » afin d’accompagner les familles françaises, tout en précisant que les autorités suisses demeurent compétentes pour établir les responsabilités pénales. Les investigations se poursuivent afin de déterminer les responsabilités liées à l’exploitation du bar et à la chaîne de contrôle en matière de sécurité.