Procès Lafarge : La question de la responsabilité de la fermeture de l’usine syrienne examinée
- « La décision de fermer l’usine ne pouvait être prise que par Bruno Lafont, l’ancien PDG », affirme Christian Herrault, ancien directeur adjoint aux opérations de Lafarge
Ile-de-France
AA / Paris / Esra Taskin
Dans le procès visant le groupe français Lafarge pour « financement d’organisation terroriste » en lien avec ses activités en Syrie pendant la guerre civile, la question de savoir qui détenait le pouvoir de fermer l’usine de ciment de l’entreprise sur place a été examinée.
Lafarge, en tant que personne morale, et huit individus sont jugés devant le tribunal correctionnel de Paris pour avoir, entre 2013 et 2014, financé des organisations terroristes via leurs activités en Syrie. Lors de l’audience, l’attention s’est portée sur l’autorité de la filiale syrienne, Lafarge Ciment Syrie (LCS), pour ordonner la fermeture de son usine dans la région.
Christian Herrault, ancien directeur adjoint des opérations de Lafarge entre 2012 et 2015, a affirmé avoir discuté à plusieurs reprises de la fermeture de l’usine avec l’ancien PDG Bruno Lafont. « Seul Bruno Lafont pouvait prendre la décision de fermer l’usine », a-t-il assuré, précisant que, selon lui, tout le monde en convenait.
Concernant la réunion du conseil d’administration du 27 août 2014, Herrault a déclaré : « Lors de ce conseil, j’ai proposé à Bruno Lafont de fermer l’usine. » Il a ajouté que lorsque l'État islamique a été inscrit sur la liste des organisations recevant des paiements, Lafont avait commenté : « Un racketteur de plus », indiquant que deux options étaient possibles : payer le « tribut » ou fermer l’usine.
L’avocate de Bruno Lafont, Jacqueline Laffont-Haik, a rappelé que Herrault avait reconnu, lors de l’enquête, détenir une autorité sur l’usine. Selon elle, cela signifie que l’ancien PDG avait connaissance des trois fermetures temporaires de l’usine et que ces événements ne pouvaient pas lui avoir échappé.
- « Êtes-vous le Père Noël de l'État islamique ? »
Grégoire Rialan, avocat de la partie civile, a rappelé que Bruno Pescheux, ancien PDG de Lafarge Ciment Syrie (LCS) entre 2008 et 2014, avait été informé via un e-mail d’un autre accusé que des téléphones portables avaient été offerts à un haut responsable de l'État islamique. Interrogé par Rialan : « Êtes-vous le Père Noël de l'État islamique ? », Pescheux est resté silencieux.
- L'AA avait publié des documents prouvant le financement de l'État islamique par Lafarge
Anadolu avait publié le 7 septembre 2021 des documents démontrant que le groupe français Lafarge avait financé l'État islamique avec la connaissance des services de renseignement français, provoquant une large résonance internationale. Selon ces documents, Lafarge informait régulièrement les services de renseignement français de ses relations avec l’organisation terroriste. Ces derniers n’ont pas alerté l’entreprise sur le risque de crimes contre l’humanité et ont consigné ces informations dans des rapports confidentiels. L'État islamique utilisait le ciment fourni par Lafarge pour la construction d’abris et de tunnels.
Dans le cadre de l’enquête ouverte en juin 2017, plusieurs hauts dirigeants, dont Bruno Lafont, ont été accusés de « financement du terrorisme ». Trois juges d’instruction ont décidé, le 16 octobre 2024, de juger le groupe Lafarge et quatre anciens dirigeants pour avoir financé des organisations terroristes, dont l'État islamique, et pour avoir violé l’embargo de l’Union européenne interdisant toute relation financière ou commerciale avec ces groupes.
*Traduit du turc par Ben Amed Azize Zougmore
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