AA / Istanbul / Sanaa Amir
L'ancien président sénégalais Macky Sall a défendu, jeudi, sa candidature au poste de secrétaire général des Nations unies (ONU), promettant une organisation « plus efficace », davantage tournée vers la médiation, la transparence financière et la réforme de l'architecture internationale du développement.
Auditionné pendant 90 minutes dans la salle de l'Assemblée générale de l'ONU, à New York, aux côtés de cinq autres candidats, Macky Sall a exposé sa vision de l'organisation face aux crises internationales, à l'accélération des mutations technologiques et aux difficultés budgétaires que traverse l'institution.
Les échanges, retransmis en direct sur la web TV de l'ONU, étaient alimentés par des questions tirées au sort, soumises par des États membres, des employés de l'organisation et des représentants de la société civile.
Seul candidat africain à briguer le poste, l'ancien chef de l'État sénégalais entend mettre en avant son expérience à la tête du Sénégal ainsi que de l'Union africaine (UA). Soutenue officiellement par Dakar depuis le début de la semaine, sa candidature intervient alors qu'aucun favori ne semble encore émerger dans une course où plusieurs observateurs estiment que la traditionnelle rotation géographique pourrait cette fois favoriser un candidat d'Amérique latine ou des Caraïbes.
Au cœur de son projet figure une modernisation du fonctionnement des Nations unies. Macky Sall estime que l'organisation doit revoir ses méthodes de travail afin de gagner en efficacité, notamment face aux défis liés à l'intelligence artificielle et à la transformation numérique.
« Il nous faut réinterroger nos méthodes de travail. Nous avons 40 000 mandats aujourd'hui qui ont été activés, plus de 27 000 réunions annuelles. L'impact doit être prouvé », a-t-il déclaré, estimant que l'ONU devait davantage mesurer les résultats concrets de ses actions.
Interrogé sur le rôle du secrétaire général dans la prévention et la gestion des conflits, le candidat sénégalais a insisté sur l'importance de la médiation. Selon lui, le futur chef de l'ONU doit être capable de maintenir le dialogue avec toutes les parties, y compris les membres permanents du Conseil de sécurité, malgré les tensions géopolitiques.
« Le secrétaire général doit pouvoir, avec toute l'autorité requise, parler aux principaux belligérants », a-t-il affirmé, estimant que cette fonction exige de devenir « un bâtisseur constant de ponts entre les pays et de création de la confiance ».
Pour illustrer cette approche, Macky Sall a évoqué son expérience à la présidence de l'Union africaine au début de la guerre entre la Russie et l'Ukraine. Il a rappelé s'être rendu successivement à Sotchi puis à Kiev afin de maintenir un dialogue avec les deux parties.
« Il fallait donc, malgré cette tension, aller à Sotchi mais aussi aller à Kiev. Le contact doit être en permanence établi, quelles que soient les tensions », a-t-il expliqué.
Le candidat a également fait de la restauration de la confiance entre les États membres et le Secrétariat l'une des priorités de son programme. Évoquant la crise de liquidité qui affecte régulièrement les Nations unies en raison des retards de paiement de certains États, il a estimé que les difficultés financières traduisaient avant tout une crise de confiance.
« Cette crise de liquidité, en réalité, elle met en sourdine une crise de confiance », a-t-il déclaré.
S'il est élu, Macky Sall promet d'instaurer une politique de transparence budgétaire. « J'ouvrirai "open book" les comptes de l'organisation. Je mettrai également à la disposition de tous les États membres les propositions de solutions de réformes, tant au plan budgétaire qu'au plan des ressources humaines », a-t-il assuré, estimant que « le premier acte, c'est de rebâtir la confiance ».
L'ancien président sénégalais a également consacré une large partie de son intervention à la réforme du financement du développement. Selon lui, les mécanismes actuels ne permettent plus de répondre aux besoins croissants des pays du Sud, confrontés à un coût de financement bien supérieur à celui des économies développées.
« Il faut aujourd'hui réformer l'architecture financière internationale. Le seul financement public ne suffit pas », a-t-il déclaré, plaidant pour une mobilisation accrue du secteur privé ainsi qu'une coopération renforcée entre États, institutions financières internationales, agences de notation et société civile.
Il a également dénoncé les conditions d'endettement imposées aux pays en développement, affirmant que ceux-ci « s'endettent cinq fois, voire huit fois plus cher que les pays développés ».
Ancien président du Sénégal de 2012 à 2024, Macky Sall figure depuis mars 2026 parmi les prétendants à la succession d'António Guterres au poste de Secrétaire général des Nations unies, dans le cadre d'un processus de désignation ouvert le 25 novembre 2025.
Sa candidature, formellement transmise le 2 mars 2026 par le Burundi pays présidant alors l'Union africaine , s'est distinguée par une configuration inhabituelle : ce n'est pas son propre pays qui l'a présentée aux instances onusiennes, une situation qui a nourri des interrogations sur la nature exacte de son mandat.
Plusieurs observateurs, dont la plateforme spécialisée Amani Africa, ont ainsi souligné que le Burundi avait agi en son nom propre plutôt qu'au titre de l'Assemblée de l'Union africaine, aucun organe continental n'ayant formellement endossé cette candidature. En mars 2026, une vingtaine d'États membres de l'organisation panafricaine s'étaient d'ailleurs opposés à son entérinement officiel.
Ce flou a longtemps pesé sur la campagne de l'ancien chef d'État, resté plusieurs mois sans le soutien explicite de Dakar, où les autorités actuelles le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko avaient par ailleurs mis en cause sa gestion du pouvoir, notamment la répression des manifestations entre 2021 et 2024 et la gestion de la dette publique.
La situation a évolué le 20 juillet 2026, lorsque le président Faye a annoncé le soutien officiel de l'État sénégalais à la candidature de son prédécesseur, chargeant le gouvernement et le réseau diplomatique du pays de la promouvoir auprès des États membres de l'ONU.
Macky Sall se retrouve désormais en concurrence avec cinq autres candidats l'Argentin Rafael Grossi, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique, la Costaricienne Rebeca Grynspan, l'ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, l'Équatorienne Maria Fernanda Espinosa et la Guyanienne Carolyn Rodrigues-Birkett.
Au-delà des enjeux liés à son parcours personnel, sa candidature s'inscrit dans un débat plus large sur la représentation régionale à la tête de l'Organisation : selon la tradition non écrite de rotation géographique qui prévaut à l'ONU, le prochain mandat reviendrait plutôt à un candidat d'Europe de l'Est, ce qui complique les chances d'un candidat africain.
Pour l'emporter, Macky Sall devrait donc réunir un soutien africain unanime et convaincre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité États-Unis, Chine, Russie, France et Royaume-Uni de s'écarter de cet usage.
Sur le plan procédural, le processus entre désormais dans sa phase décisive. Après une série d'auditions publiques devant l'Assemblée générale et de dialogues informels avec les membres du Conseil de sécurité Macky Sall ayant notamment été entendu le 7 juillet 2026 , il revient au Conseil de sécurité de formuler une recommandation unique, transmise ensuite à l'Assemblée générale pour approbation formelle. Cette dernière étape reste soumise à l'absence de veto de la part de l'un des cinq membres permanents.
Le nom du successeur d'António Guterres, dont le mandat s'achève le 31 décembre 2026, devrait être connu dans les prochains mois, afin de laisser au nouveau ou à la nouvelle Secrétaire général le temps de préparer sa prise de fonction, prévue le 1er janvier 2027.