AA / Bruxelles - Ankara / Agnes Szucs et Zehra Nur Duz
L'Union européenne a publié, jeudi, un nouveau train de sanctions contre la Russie, visant notamment le ministre de la Défense Sergueï Choïgou et 351 membres de la Douma pour violation de l'intégrité territoriale de l'Ukraine.
"Le Conseil (de l'Union européenne) a adopté aujourd'hui un ensemble de mesures pour répondre à la décision de la Fédération de Russie de procéder à la reconnaissance des zones non contrôlées par le gouvernement des oblasts de Donetsk et de Louhansk, en Ukraine, en tant qu'entités indépendantes, et à la décision ultérieure de déployer des troupes russes dans ces zones", a indiqué l'institution européenne, représentant les États membres, dans un communiqué.
Les sanctions sont prises en réponse aux actions menées lundi par la Russie, et non à l'intervention militaire de plus grande envergure qui a débuté jeudi et qui entraînera vraisemblablement des sanctions plus sévères.
À la suite de l'accord politique auquel sont parvenus, mardi, les ministres des affaires étrangères de l'UE, la décision a été officiellement adoptée mercredi. En vertu de cette décision, 23 personnes sont désormais interdites d'entrée sur le territoire de l'Union et leurs avoirs dans l'UE sont également gelés.
Figurent sur cette liste le ministre russe de la défense, Sergueï Choïgou, les vice-premiers ministres Dmitri Grigorenko et Marat Khousnoulline, ainsi que le ministre de l'économie, Maxim Réchetnikov, selon la décision publiée au Journal officiel de l'UE.
Sont également visés le chef de cabinet du président Vladimir Poutine, six militaires de haut rang, des banquiers et des oligarques, ainsi que d'autres responsables militaires et des figures de proue de la propagande d'État.
L'UE interdit également aux établissements financiers de l'Union de mettre des fonds à la disposition de trois banques qui soutiennent les opérations russes dans les territoires de Donetsk et de Louhansk, ou en tirent profit, ainsi que de ce qu'on appelle "l'usine à trolls" de Saint-Pétersbourg, qui mène une guerre de désinformation contre l'Ukraine.
Au total, 351 membres de la Douma d'État russe sont visés par des mesures restrictives pour avoir reconnu l'indépendance des régions de Louhansk et de Donetsk, ce qui constitue une violation de l'intégrité territoriale et de la souveraineté de l'Ukraine.
L'UE introduit également une interdiction sectorielle de financer la Fédération de Russie, son gouvernement et sa Banque centrale.
"En restreignant la capacité de l'État et du gouvernement russes à accéder aux marchés des capitaux et aux marchés et services financiers de l'UE, celle-ci vise à limiter le financement des politiques d'escalade et d'agression", ajoute le communiqué.
En outre, l'UE interdit les importations en provenance des enclaves de Louhansk et de Donetsk échappant au contrôle du gouvernement, de même qu'elle restreint le commerce et les investissements dans certains secteurs pour les opérateurs de l'UE.
La Russie a assuré, jeudi, qu'elle ripostera avec sévérité à la décision de l'UE d'imposer des sanctions au pays.
"Conformément au principe de réciprocité, qui est fondamental dans le droit international, nous prendrons de sévères mesures de riposte", a déclaré le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué.
"L'UE a décidé de soutenir la pratique illégitime des États-Unis consistant à imposer des mesures restrictives unilatérales à la Russie", indique le communiqué.
Soulignant que ces décisions sont "contraires aux règles internationalement reconnues", le communiqué précise : "Il n'est pas superflu de rappeler que les pays occidentaux n'ont pas de monopole en matière de droit international ou de ressorts du développement international."
- Régimes de sanctions de l'UE contre la Russie
À la suite de la crise dans l'est de l'Ukraine qui sévit depuis 2014, l’UE a appliqué divers régimes de sanctions.
L'une des listes de personnes mises à l'index cible les secteurs financier, militaire et énergétique russes pour leurs activités déstabilisatrices en Ukraine.
Les mesures limitent l'accès de certaines banques et entreprises russes aux marchés de capitaux de l'Union, interdisent aux opérateurs de l'UE de fournir des services aux institutions financières russes, et restreignent le commerce des matières liées à la défense et des technologies sensibles qui peuvent être utilisées dans le secteur énergétique russe.
Un autre train de sanctions vise les responsables de la violation de l'intégrité territoriale et de la souveraineté de l'Ukraine, ainsi que la réticence de Moscou à appliquer pleinement l'accord de Minsk destiné à instaurer un cessez-le-feu dans l'est de l’ancienne république soviétique.
Une troisième liste sanctionne l'annexion illégale de la Crimée et de Sébastopol, en ciblant les investissements financiers et le tourisme dans la région et en interdisant aux entreprises de l'UE toute exportation de services de télécommunications, de transport et d'énergie vers la Crimée.
*Traduit de l’Anglais par Mourad Belhaj