Les experts débattent des risques et opportunités de l’IA au sommet STRATCOM à Istanbul
- « L’IA change tout. C’est clair, et c’est très rapide », déclare Serdar Karagöz, président-directeur général d’Anadolu. « Elle transforme notre manière de créer, de partager et de comprendre l’information. »
Istanbul
AA / Istanbul / Seda Sevencan
L’intelligence artificielle transforme rapidement la manière dont l’information est produite, diffusée et perçue comme fiable, ont souligné plusieurs intervenants lors du Sommet international de la communication stratégique (STRATCOM) 2026 à Istanbul.
Lors de cette rencontre, le panel organisé samedi intitulé « L’avenir de l’IA dans la communication stratégique : défis et opportunités » était modéré par Serdar Karagöz, président et PDG de l’agence Anadolu, et réunissait des responsables et experts issus des secteurs public, médiatique et académique.
Ouvrant la discussion, Karagöz a mis en garde contre un rythme de transformation sans précédent, appelé à remodeler en profondeur l’écosystème mondial de l’information.
« L’IA change tout. C’est clair, et c’est très rapide », a-t-il déclaré. « Elle transforme notre manière de créer, de partager et de comprendre l’information. »
S’appuyant sur des projections internationales, il a rappelé que, selon certains rapports du Forum économique mondial, l’intelligence artificielle pourrait ajouter jusqu’à 15 000 milliards de dollars à l’économie mondiale d’ici 2030.
« C’est un changement majeur, et extrêmement rapide », a-t-il insisté.
« Certaines personnes perdront leur emploi, d’autres en trouveront de nouveaux. Bientôt, de nombreux contenus en ligne seront (créés) par l’IA », a-t-il poursuivi. « Cela va modifier la notion de confiance et la circulation de l’information pour les institutions, les médias et les agences de presse. »
Tout en reconnaissant le potentiel de l’IA pour améliorer la prise de décision et la communication, il a également souligné les risques associés à cette technologie.
« Peut-on lui faire confiance ? Qui contrôle l’IA ? Et qu’en est-il de la sécurité des données ? », a-t-il interrogé.
- Différents modèles à l’échelle mondiale
Fatih Dönmez, président de la commission parlementaire turque sur l’intelligence artificielle, a indiqué que le monde suit actuellement trois modèles distincts de gouvernance de l’IA.
Selon lui, la première approche est celle des États-Unis, qui privilégie généralement l’innovation rapide, la régulation intervenant dans un second temps.
L’Union européenne, a-t-il poursuivi, adopte une voie différente en mettant l’accent sur une réglementation précoce, une approche toutefois souvent critiquée.
« L’UE repose sur un modèle fondé sur la régulation et tente d’établir des règles en amont, comme dans de nombreux domaines », a déclaré Dönmez.
Un troisième modèle, a-t-il ajouté, est incarné par la Chine, où l’intelligence artificielle est placée sous une forte supervision de l’État.
« La Chine estime que si ses données sont utilisées et que sa population utilise ces technologies, l’État doit superviser l’ensemble du processus, des algorithmes jusqu’au traitement des données », a-t-il expliqué.
La Türkiye, a-t-il précisé, cherche à développer son propre modèle en s’inspirant de ces trois approches.
« Nous pensons pouvoir élaborer une approche spécifique à la Türkiye en intégrant les éléments adaptés de ces modèles », a-t-il affirmé. « Nous estimons que la régulation est nécessaire, mais qu’elle ne doit pas étouffer l’innovation. Nous parlons de régulation accompagnée d’innovation. »
- Un système en difficulté d’adaptation
Clara Hawking, directrice exécutive de Kompass Education basée à Barcelone, a estimé que les défis posés par l’IA ne traduisent pas un effondrement des institutions mondiales, mais plutôt une incapacité à s’adapter à des technologies en évolution rapide.
Elle a souligné que de nombreux systèmes internationaux construits après la Seconde Guerre mondiale ont été conçus pour un monde d’États, de frontières et de changements technologiques lents, alors que l’IA fonctionne au-delà des frontières et à une vitesse inédite.
« Ce que nous observons n’est pas une rupture du système international », a-t-elle déclaré. « C’est une transformation non maîtrisée. »
Elle a appelé les gouvernements et institutions à moderniser les structures existantes et à redéfinir les droits à l’ère de l’IA, afin de protéger l’autonomie et la dignité humaines.
- Inquiétudes sur l’influence des entreprises
Daniel Deme, rédacteur en chef de Hungary Today, a affirmé que les outils d’IA peuvent être utiles au journalisme, notamment pour la traduction et la vérification d’informations.
Cependant, il a mis en garde contre le fait que ces systèmes reposent sur des algorithmes contrôlés par des entreprises ayant leurs propres intérêts.
« Regardez ce qu’est l’intelligence artificielle », a-t-il insisté.
Selon lui, l’information est produite à partir d’algorithmes contrôlés par des entreprises qui peuvent dépendre des médias traditionnels que certains cherchent justement à éviter.
« Elle a des actionnaires, des investisseurs. L’algorithme lui-même, la manière dont il agrège les médias, est calibré pour répondre à certains intérêts », a-t-il expliqué.
Interrogé sur la possibilité de confier à l’IA des décisions éditoriales fondées sur des valeurs, il a répondu par la négative.
« Clairement, on ne peut pas déléguer certaines décisions de valeur à l’IA. Aller chercher la vérité et les faits relève de la dignité humaine », a-t-il affirmé.
« Il faut donc utiliser l’IA comme un guide, comme un chien-guide : utile lorsqu’elle l’est, mais sans lui confier la tâche de faire le travail qui nous revient dans la recherche de la vérité et des faits », a-t-il ajouté.
- L’IA, une “nouvelle génération de souveraineté”
Umit Onal, chef de la cybersécurité en Türkiye, a déclaré que les avancées de l’intelligence artificielle font de la souveraineté des données un élément central de la puissance nationale.
« Ces dernières années, les développements des technologies d’IA ont fait de la souveraineté des données l’un des éléments les plus importants de la souveraineté nationale », a-t-il indiqué.
Selon lui, la principale source de pouvoir à l’ère actuelle n’est plus uniquement économique ou militaire.
« Aujourd’hui, le pouvoir dépend de plus en plus de ceux qui collectent les données, les traitent et les interprètent », a-t-il déclaré. « C’est précisément là que l’intelligence artificielle intervient. »
Il a décrit l’IA comme une « nouvelle génération de souveraineté ».
La Türkiye, a-t-il ajouté, ambitionne de jouer un rôle de premier plan dans cet environnement numérique émergent à travers sa vision du “Digital Türkiye”.
« L’IA peut renforcer les États », a-t-il conclu, « mais nous devons aussi rappeler que si elle est mal utilisée, elle peut fragiliser les sociétés. »
- L’IA dans un monde “technopolaire”
Ömer İleri, vice-président chargé des technologies de l’information et de la communication du Parti de la justice et du développement en Türkiye, a estimé que les débats autour de l’intelligence artificielle découlent de sa nature technologique, de la compétition géopolitique et d’une prise de conscience croissante de ses impacts sociaux.
Il a déclaré que le monde entre dans une ère « technopolaire », dans laquelle l’IA ne se limite plus à améliorer la productivité, mais devient également un champ central de rivalité entre les États.
Il a rappelé que les expériences passées, de la Révolution industrielle à l’essor des réseaux sociaux, montrent que les avancées technologiques ne profitent pas toujours de manière équitable à la société.
« Nous devons diriger la technologie », a-t-il conclu. « La technologie ne doit pas nous diriger. »
* Traduit de l'anglais par Adama Bamba
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